Alice PolackAlice Polack, Le jeudi 22 octobre 2026
72 heures à...

Visiter Séville en 3 jours : les incontournables de la capitale andalouse

Derrière ses façades blanchies à la chaux se cachent des palais habités, des comptoirs centenaires et des patios encore baignés de soleil à l'automne. Trois jours pour découvrir la capitale andalouse, à condition de savoir où pousser les portes.
  • Que faire à Séville en 3 jours ? © Taisia Karaseva
    Que faire à Séville en 3 jours ? © Taisia Karaseva
Un patrimoine où se côtoient mosquée devenue cathédrale, palais mudéjar toujours habité et anciens quartiers mauresques aux ruelles blanches

Sur les rives du Guadalquivir, Séville a grandi au fil des dynasties almohade puis castillane, héritant d’un patrimoine où se côtoient mosquée devenue cathédrale, palais mudéjar toujours habité et anciens quartiers mauresques aux ruelles blanches. Son centre historique, l’un des plus vastes d’Europe, se parcourt à pied, entre terrasses animées et patios ombragés. Avec ses températures plus douces et ses journées encore ensoleillées, la ville est une destination idéale pour un week-end en octobre. À l’occasion d’un itinéraire en Andalousie, pourquoi ne pas consacrer trois jours à Séville ? Du centre historique à Triana, notre parcours pour découvrir les secrets de la capitale andalouse.

Comment aller à Séville ?

Séville est accessible depuis Paris en 2h30 de vol environ, avec plusieurs liaisons directes quotidiennes. L'aéroport de Séville-San Pablo se situe à une heure du centre-ville et est accessible en bus ou en taxi.

  • Découvrir Séville © Tom Podmore
    Découvrir Séville en 3 jours © Tom Podmore
     

Le mot du journaliste :

Ce qui frappe à Séville, c'est son architecture si particulière : influences mauresques, azulejos et patios mudéjars, jamais les mêmes d'une rue à l'autre. La ville semble à la fois petite et intimiste, presque un village qu'on traverse à pied, et pourtant si riche et vivante qu'on n'en fait jamais le tour. Notre conseil : déguster et partager toutes sortes de tapas autour d'un verre, en allant de terrasse en terrasse jusqu'à plus faim.

L'itinéraire en un coup d'œil :

Vendredi, centre historique : balade de la Tour de l'Or à Triana, dîner à Casa Marciano.

Samedi, Santa Cruz : Alcázar et cathédrale, déjeuner au Mercado de Feria, puis dîner gastronomique chez Cañabota.

Dimanche, Plaza de España : biscuits au Convento de Santa Inés, déjeuner de fruits de mer à la Cervecería Salmedina avant le départ.

Le véritable fil rouge de la maison reste la céramique : des milliers d’azulejos de différentes époques

Jour 1 : Du centre historique aux ruelles de Triana 


Check-in à la Casa del Limonero

Derrière l’imposante porte en métal de cet hôtel à Séville, en plein centre historique, se cache un ancien palais transformé en galerie d’art privée. Tableaux, sculptures et objets de collection occupent les moindres recoins, au point qu’un ouvrage, disposé à l’entrée, répertorie l’ensemble des œuvres de la maison. Un enchevêtrement de styles et d'époques qui n'a, sur le papier, aucune raison de fonctionner ensemble, et qui finit pourtant par faire sens, preuve d'un goût très sûr. Marie, la propriétaire, a construit sa collection au fil de ses voyages, des ventes aux enchères et des foires d'art internationales ; certaines pièces auraient même orné les vitrines de la boutique Hermès à Paris. Un ébéniste d'un village près de Cordoue a fabriqué sur mesure une partie du mobilier des chambres, chacune conçue comme un monde à part, à l'exact opposé de ce « quiet luxury » uniforme qui, à force de ne vouloir choquer personne, finit par n'avoir plus d'âme.

  • Vue sur la piscine de l’hôtel © Casa del Limonero
    La piscine de l’hôtel © Casa del Limonero
     

Avec quatorze chambres seulement, cet hôtel pour les amateurs d'art a conservé ses habitudes de demeure privée : petit-déjeuner servi face au jardin planté de citronniers et d'orangers presque sauvages, pause à la piscine ou au hammam pour tenir le rythme de la chaleur andalouse, mirador sur le rooftop de l'hôtel offrant l'une des plus belles vues de la ville.

Nous avons dormi dans L’Italienne, une chambre plus spectaculaire que bien des suites d’hôtels pourtant plus haut de gamme. Sous son plafond voûté entièrement restauré, difficile de ne pas se prendre pour une princesse. Mais le véritable fil rouge de la maison reste la céramique : des milliers d’azulejos de différentes époques, mis au jour pendant les travaux de restauration, ponctuent aujourd’hui les espaces et font toute la singularité des lieux.

Casa del Limonero
Prix à partir de 335 euros la nuit,
Calle Guzmán el Bueno nº4


Voir les prix sur booking.com



Pause sucrée à la pastelería La Campana

Ouverte en 1885 par Antonio Hernández Merino, La Campana règne depuis plus d'un siècle sur l'angle de la Calle Sierpes, décor classique intact et vitrines rutilantes de dorures. On hésite entre s'installer au comptoir avec un espresso ou repartir avec une de ces boîtes en fer joliment décorées, pensées pour être offertes. Parmi les classiques : le tocino de cielo, ce flan à l'œuf dense et caramélisé typique du sud de l'Espagne, les yemas sevillanas à base de jaune d'œuf et de sucre, les pastelillos de crema et les torrijas préparées durant la Semaine sainte. Calle Sierpes 1, dégustation sur place ou à emporter.

  • © Pastelería La Campana
    © Pastelería La Campana
     

Balade de la Tour de l'Or à Triana

On longe le Guadalquivir jusqu'à la Tour de l'Or, tour de guet almohade du XIIIe siècle qui gardait autrefois l'entrée du port fluvial. On traverse ensuite le pont Isabel II, premier pont métallique construit sur le fleuve en 1852, direction Triana : berceau historique de la céramique sévillane où les ateliers de la Calle Alfarería perpétuent un savoir-faire depuis des générations. Les boutiques rouvrent après la pause de l’après-midi. Le moment idéal pour flâner de vitrine en vitrine avant la fermeture. Compter 30 à 40 minutes de marche depuis le centre.

  • La Tour de l’Or à Triana © Spain.info
    La Tour de l’Or à Triana © Spain.info

     

Dîner : Des tapas à Casa Marciano

Installée face au pont de Triana, dans le quartier de l'Arenal, Casa Marciano fait revivre une ancienne épicerie fine de 1928. Il y a souvent la queue, alors on s'arme de patience. À l'intérieur : un long comptoir-bar qui fait face à un mur de pavés de céramique, un plafond gigantesque hérissé de collections de bouteilles, et un travail sur l'éclairage qui donne à l'ensemble un charme intimiste, presque magique. Ne pas passez à côté de la cassolette de morue et tomate et de la tortilla sauce whisky. Calle Reyes Católicos 25, ouvert du mardi au dimanche, le midi et le soir.

Jour 2 à Séville : Churros, palais royaux et marchés sévillans 


Déguster des Churros au Bar El Comercio

Ouvert en 1904 dans un immeuble du XVIIIe siècle de la Calle Lineros, l’ancienne rue des tisserands de lin, El Comercio en est à sa quatrième génération. Paula, l’actuelle propriétaire, y a grandi, comme ses parents et ses grands-parents avant elle, tandis que certains employés y travaillent depuis plus de trente ans. On y commande de longs churros préparés à la minute dans un grand chaudron d’huile bouillante, croustillants sous la dent, à tremper dans un chocolat si épais qu’il se mangerait presque à la cuillère. Pour beaucoup, ce sont les meilleurs de Séville, voire de toute l’Espagne. Calle Lineros 9. Ouvert du lundi au samedi jusqu’à 20h30.

  • Des churros © Rosy Ko
    Churros © Rosy Ko
     

Incontournable : visiter le Palais de l'Alcázar

Résidence royale toujours en activité (la famille royale espagnole y séjourne lors de ses passages à Séville), l'Alcázar est le plus ancien palais royal encore en usage en Europe. Construit à partir du XIe siècle sur les vestiges d'une forteresse omeyyade, puis remanié sous Pierre Ier de Castille par des artisans mudéjars venus de Grenade, il déroule patios, salles voûtées et jardins en terrasses sur plus de huit siècles d'histoire. Réservation en ligne obligatoire, idéalement plusieurs jours à l'avance : passé 11h, les groupes envahissent les patios et la lumière écrase les azulejos. Prix : 15,50 € (+ 5,50 € pour les Salons royaux), ouvert de 9h30 à 19h d'avril à septembre et jusqu'à 17h le reste de l'année.

  • L’Alcazar
    Le Palais de l'Alcazar
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La cathédrale de Séville et la Giralda

Bâtie à partir du XVe siècle sur l'emplacement de l'ancienne grande mosquée almohade, la cathédrale de Séville reste la plus grande cathédrale gothique du monde et abrite le tombeau de Christophe Colomb. La Giralda, ancien minaret du XIIe siècle conservé comme clocher, se grimpe par une rampe plutôt que des marches, pensée à l'origine pour que le muezzin y monte à cheval : le sommet offre un panorama à 360° sur la ville. Prix : 13 € en ligne, ouvert du lundi au samedi de 10h45 à 19h et le dimanche de 14h30 à 19h (visite gratuite le dimanche de 16h30 à 18h, sur réservation).

Déjeuner au Mercado de Feria

Fondé en 1719 sur un terrain racheté aux marquis de l’Algaba, le Mercado de Feria est le plus ancien marché encore en activité de Séville, même si l’on y faisait déjà commerce au XIIIe siècle. De l’extérieur, il ne paie pas de mine, mais derrière ses murs se cache un dédale de couloirs étroits où se côtoient plus de soixante étals : poissonniers, marchands de fruits et légumes et petits comptoirs à tapas, chacun tenant sa boutique à sa façon. On s’arrête au comptoir pour un café bien serré ou un verre de vino de naranja, ce vin doux parfumé à l’orange typique de la région. Calle Feria, horaires variables selon les étals ; marché aux puces le jeudi matin.

  • Le Mercado de Feria © Mercado de Sevilla
    Le Mercado de Feria © Mercado de Sevilla

Flâner dans le quartier de San Vicente : le Palais de las Dueñas et Metropol Parasol

À quinze minutes à pied du marché, le Palacio de las Dueñas appartient toujours à la maison d'Albe : c'est ici que naquit le père du poète Antonio Machado, et la duchesse Cayetana y a vécu jusqu'à sa mort en 2014. Plutôt que d'en faire un musée figé, la famille a conservé la demeure telle qu'elle était habitée avec les patios mudéjars et Renaissance à l'ombre des orangers et plus de 1 400 œuvres et objets accumulés au fil des générations. Prix : 8 €, ouvert de 10h à 20h (avril-septembre) et 18h (octobre-mars).

  • Metropol Parasol © Joan Oger
    Metropol Parasol © Joan Oger
     

En fin d'après-midi, direction la Plaza de la Encarnación et son Metropol Parasol, surnommé « Las Setas » pour sa silhouette de champignons de bois : signée par l'architecte allemand Jürgen Mayer, c'est la plus grande structure en bois du monde. Les fouilles ont mis au jour des vestiges romains et almohades aujourd'hui visibles à l'Antiquarium. La passerelle du dernier niveau, à 26 mètres de haut, offre une vue à 360° sur la ville à l'heure dorée. Prix : 2 € (Antiquarium compris), ouvert de 10h à 20h en semaine et jusqu'à 14h le dimanche.

Dîner gastronomiquer chez Cañabota

Sœur du restaurant Tribeca, la maison s'est imposée en quelques années comme l'un des restaurants de poisson les plus commentés d'Espagne, distinguée d'une étoile au Guide Michelin depuis 2022. Deux adresses se répondent sur la Calle Orfila : le restaurant étoilé, au numéro 1, pour la carte et les menus dégustation les plus techniques ; le bar, au numéro 5, pour une cuisine de la mer plus directe, sans nappe, au comptoir face à la plancha. Le chef Juanlu Fernández travaille les poissons entiers à la parrilla, avec une rigueur qui respecte le produit plus qu'elle ne le transforme : mérou frit à l'arête grillée, tartare de gambas blanches au caviar, huître à la crème d'épinards et au citron confit, foie de lotte. La rigueur d'une grande table de poisson, sans le formalisme habituel. Ouvert du lundi au vendredi de 13h30 à 17h et de 19h à minuit.

  • Le restaurant Cañabota © DR
    Le restaurant Cañabota © DR

Séville, jour 3 :De la Plaza de España aux bonnes tables de l’Alfalfa


Plaza de España

Bâtie entre 1914 et 1929 pour l'Exposition ibéro-américaine, la Plaza de España est l'œuvre de l'architecte sévillan Aníbal González, qui y mêla briques et céramiques dans un style régionaliste inspiré de la Renaissance espagnole. Semi-circulaire, elle est bornée d'un canal de 500 mètres que l'on peut remonter en barque, franchi par quatre ponts dédiés aux anciens royaumes d'Aragon, de Castille, de León et de Navarre. Le long de la façade, quarante-huit bancs en azulejos représentent chacun une province espagnole par ordre alphabétique, avec sa carte, ses armoiries et une scène historique peinte à la main. Le décor a servi de toile de fond aux films Lawrence d'Arabie et L'Attaque des clones. L'European Film Academy l'a classée en 2017 parmi les trésors du cinéma européen.

  • La Plaza de España © Tania Mousinho
    La Plaza de España © Tania Mousinho

On s’y rend tôt (vraiment tôt), avant l’arrivée des cars de touristes. À cette heure, seuls quelques joggeurs traversent la place. Le silence est presque total, les premiers rayons du soleil accrochent les céramiques polychromes des bancs représentant les provinces espagnoles, tandis qu’une légère brume flotte au-dessus du bassin. Une atmosphère presque irréelle, à mille lieues de l’agitation qui gagne les lieux à la mi-journée.

Un café à la Cafetería Plácido y Grata

Un café niché dans la cour intérieure de l'hôtel du même nom, cernée de hauts murs de pierre recouverts de végétation retombante : une poche de fraîcheur en plein centre-ville. La maison travaille les grains de Nomad Coffee (Barcelone) et The Barn (Berlin), et propose des bowls et tartines. Calle Monsalves 4, ouvert tous les jours de 9h à 18h.

  • © Cafetería Plácido y Grata
    © Cafetería Plácido y Grata
     

Les biscuits du Convento de Santa Inés

Fondé en 1374 par María Coronel, issue de la noblesse sévillane et entrée en religion après la disgrâce et la mort de son mari, le couvent abrite toujours une communauté de clarisses, des religieuses franciscaines qui vivent cloîtrées, à l’écart du monde extérieur. Pour vendre leurs pâtisseries sans entrer en contact avec les visiteurs, elles utilisent un torno, un tourniquet en bois qui permet d’échanger produits et monnaie sans se voir. Une tradition vieille de plusieurs siècles, encore pratiquée dans de nombreux couvents espagnols pour contribuer aux dépenses de la communauté.

  • Convento de Santa Inés © DR
    Convento de Santa Inés © DR
     

On pousse la porte, on entre dans la cour, on lit le panneau qui liste les biscuits disponibles, on sonne. Une religieuse invisible prend la commande à travers un tourniquet en bois, on y dépose son argent, on pousse à nouveau et on récupère ses biscuits et sa monnaie sans jamais voir personne. L'un des meilleurs souvenirs à rapporter de Séville. On y trouve cortadillos, bollitos de Santa Inés, mantecados et tourtes traditionnelles. Calle Doña María Coronel 5, ouvert de 9h à 13h et de 16h à 19h.

Déjeuner de fruits de mer à la Cervecería Salmedina

Dans le quartier animé de l’Alfalfa, cette cervecería tire son nom d’un rocher de Chipiona, représenté sur les azulejos qui décorent la salle, aux côtés de scènes consacrées au vieillissement de la manzanilla. À l’origine de l’adresse, Jaime Guardiola et Pedro Ruiz Ocejo, qui tenaient autrefois des restaurants de burgers gourmets à New York, associés à Miguel Criado et José Carpintero. Salmedina est depuis devenue un rendez-vous apprécié pour la sobremesa, cette habitude bien espagnole qui consiste à refaire le monde à table longtemps après la fin du repas. Côté produits, la maison partage ses fournisseurs avec Cañabota et Tribeca, deux autres adresses de la famille Guardiola. Eduardo, le frère de Jaime, approvisionne les trois restaurants en poissons depuis sa propre criée, Astaroth, installée dans le port de Rota. Du comptoir de quartier à la table étoilée, les poissons ont donc la même provenance.

  • © Cervecería Salmedina
  • © Cervecería Salmedina

 

On commande la parpatana, ce morceau noble de thon rouge pris entre tête et ventre, servie avec un sens du spectacle, mais aussi l'ensaladilla de crevettes, le pollo frito gaditano, la tosta de brandada de morue, ou les moules vapeur en gremolata. Les sauces jouent large sur l'ail : mieux vaut prévoir du pain en rab, et un verre de manzanilla de Barbadillo pour accompagner. Calle Guardamino 1, quartier de l'Alfalfa, ouvert tous les jours de 12h à 16h30 et de 20h à 23h30.

Questions fréquentes
Questions fréquentes: 
Combien de jours faut-il pour visiter Séville ? +
Compter 3 à 5 jours pour un bon aperçu de la ville, entre centre historique et Triana.
Quelle est la meilleure période pour visiter Séville ? +
Attention à la chaleur : même en septembre, le thermomètre grimpe encore à 38°C aux heures les plus chaudes, et l'air devient lourd. L'hiver, lui, expose à un froid humide et pénétrant. Les périodes les plus fréquentées restent septembre-octobre et mars-avril ; l'été est à éviter, faute de point d'eau pour se rafraîchir, Séville n'étant pas une ville de bord de mer. Les meilleures fenêtres : fin octobre et mai.
Quels quartiers visiter autour de Séville ? +
Le centre historique reste l'épine dorsale du séjour, avant de traverser le pont vers Triana, sur l'autre rive du Guadalquivir.
Peut-on visiter Séville sans voiture ? +
Oui, et c'est même conseillé : la vieille ville, conçue comme une cité fortifiée, multiplie les rues étroites et sinueuses où circuler en voiture relève de l'épreuve.