Céline Dassonville, Le jeudi 08 octobre 2026Voyage en jet : pourquoi la propriété fractionnée séduit les ultra-riches
Le voyage commence bien avant le décollage, directement en bas de chez nous. Une heure (oui une heure, pour un vol international) avant l’embarquement, une berline vient nous chercher pour rejoindre Le Bourget, l’aéroport parisien réservé à l’aviation d’affaires. La compagnie de jet fractionné Flexjet y opère depuis un FBO « Fixed-Base Operator » (terminal dédié à l’aviation privée) partagé avec d’autres compagnies.
À l’intérieur, dans un décor de boutique-hôtel feutré, bien loin de celui d’un hall d’aéroport surpeuplé, quelques passagers détendus patientent dans des fauteuils en cuir, au milieu de sculptures et de photographies d’art, avec boissons et snacks à disposition. Une hôtesse récupère notre passeport, qui nous est rendu quelques minutes plus tard, tandis que les bagages sont pris en charge. Le tout aura pris moins de vingt minutes. Quelques instants plus tard, nous sommes sur le tarmac, prêts à embarquer dans notre jet.
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Gulfstream G650
Paris-Londres en 39 minutes
Pour ce Paris-Londres, nous embarquons à bord d’un Embraer Praetor 600, l’un des deux modèles de jets exploités par Flexjet en Europe. Ce super-midsize peut accueillir jusqu’à neuf passagers et affiche une autonomie de 7h45. Pour les vols très long-courriers, la compagnie dispose du Gulfstream G650, un jet pouvant voler jusqu’à 14h sans escale et accueillir jusqu’à douze passagers à bord.
La cabine de 8,13 mètres de long sur 2,08 mètres de large et 1,83 mètre de haut (c’est largement suffisant pour que notre - très grand - compagnon de vol puisse aisément se tenir debout) dévoile un univers raffiné de boiseries laquées, moquette épaisse, fauteuils inclinables, tables escamotables, tons crème et finitions en nickel fumé. Flexjet conçoit en interne ses intérieurs, déclinés en différents univers au sein de sa LXi Cabin Collection, puis travaille avec les constructeurs et des artisans spécialisés pour leur réalisation. Le pilote vient nous donner les informations du vol, tandis que la cabin server distribue des serviettes chaudes délicatement parfumées.
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Le tea service à bord du Praetor 600 Driftwood Champagne © Flexjet
Temps de vol annoncé pour rejoindre Londres : 39 minutes. C’est presque trop court. Mais suffisant long tout de même pour déguster un tea time servi sur nappe blanche : macarons, chocolats, champagne Ruinart Blanc de Blancs… À peine le temps de terminer sa coupe que l’Angleterre apparaît déjà sous l’aile.
À l’arrivée, aucune file ni même de passage devant un agent d’immigration : les informations des passagers ont été transmises en amont aux autorités britanniques et les contrôles effectués à distance. Un partenariat pensé dans une logique de voyage porte-à-porte : les clients Flexjet bénéficient d’avantages spécifiques dans les établissements du groupe (The Berkeley, Claridge’s, The Connaught, The Emory, parmi les plus beaux hôtels à Londres et The Maybourne Riviera, hôtel de luxe sur la Côte d'Azur) tandis que les clients Maybourne ont accès à des expériences exclusives avec Flexjet.
Le vrai luxe, c’est la maîtrise du temps
Car Flexjet ne vend pas seulement des heures de vol. Son modèle repose sur la propriété fractionnée : plutôt que d’acheter un jet entier, ses clients acquièrent une quote-part d’un appareil, qui leur donne accès à un nombre d’heures de vol défini chaque année. La compagnie se charge de l’exploitation de l’appareil : équipage, maintenance, assurance, planification (le propriétaire n'est d’ailleurs pas nécessairement amené à voler dans « son » avion, mais dans un appareil équivalent de la flotte). Un modèle qui permet de bénéficier des avantages de l’aviation privée sans avoir à gérer, ni à en supporter, seul son coût. Chez Flexjet, la porte d’entrée commence à 1/16e d’avion, soit 50 heures de vol par an, et peut aller jusqu’à la moitié d’un appareil, correspondant à 400 heures annuelles (ticket d’entrée : 2 millions de dollars selon nos informations).
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La cabine du Praetor 600 © Flexjet
Autour du vol, Flexjet développe une pléthore de services : terminaux privés, conciergerie, transferts, restauration, hébergement… A l’issue de ce vol, on comprend aisément ce que viennent chercher les quelques 3 000 clients Flexjet dans le monde. Pas seulement le luxe des fauteuils en cuir pleine fleur… mais plutôt du temps. Ou, plus exactement, la maîtrise du temps. Dans cette logique, la compagnie propose, depuis juin 2026, aux clients de certaines suites des hôtels partenaires londoniens un transfert en hélicoptère Sikorsky S-76 jusqu’au London Heliport de Battersea. Douze minutes de vol contre jusqu’à 90 minutes par la route : potentiellement plus d’une heure gagnée sur le trajet. Un confort auquel on prend manifestement vite goût : Flexjet revendique un taux de fidélisation de 97 %, dont 35 % de clients présents depuis plus de dix ans.
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Sikorsky S-76
Flexjet s’offre son propre terminal en Europe
L’ouverture du nouveau terminal de Farnborough, inauguré en septembre 2026 au sud-ouest de Londres, s’inscrit dans cette même logique. Premier terminal privé de Flexjet entièrement dédié à ses clients en Europe, cet investissement de 34 millions de dollars permet à la compagnie de contrôler encore davantage la chaîne du voyage, avec un parcours au sol entièrement dédié, jusque dans les contrôles de sécurité et d’immigration.
Le bâtiment flambant neuf de 2 098 m² tient davantage de l’hôtel de luxe que du terminal d’aéroport. Derrière de grandes baies vitrées donnant sur les pistes, des salons privés côtoient un grand bar central, des salles de réunion, un espace lounge… Clou du spectacle : une reproduction grandeur nature de la cabine du Gulfstream G700, le fleuron ultra-long-courrier de la flotte maison.
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Flexjet Farnborough Terminal
L’étage accueille le centre européen des opérations de Flexjet. Dans une salle aux faux airs de QG de la NASA, les équipes suivent en temps réel, sur un mur d’écrans géants, les avions, les équipages, la météo ou encore la maintenance. La concentration est palpable. Derrière le calme apparent se joue une logistique extrêmement sophistiquée, celle-là même qui permet à Flexjet de tenir le niveau de service promis à ses clients. Le terminal accueille également la Red Label Academy, le centre de formation destiné aux 300 cabin servers de Flexjet dans le monde.
Une nouvelle génération d’ultra-riches
La propriété fractionnée pourrait bien avoir de très beaux jours devant elle, portée par une clientèle qui se renouvelle et rajeunit. Selon Kenn Ricci, son âge moyen a baissé de près de dix ans ces dernières années avec, notamment, l’émergence de nouveaux millionnaires et milliardaires, souvent plus jeunes, issus de la tech, l’IA ou les cryptomonnaies. De quoi pousser Flexjet à investir lourdement pour accompagner cette nouvelle génération : en 2025, la compagnie a levé 800 millions de dollars pour accélérer notamment le renouvellement de sa flotte et le développement de ses infrastructures.
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A l’intérieur du Gulfstream G650 © Flexjet
Reste l’éléphant dans la cabine : l’impact environnemental du jet privé. Flexjet s’est fixé un objectif de 12 % de carburant d’aviation durable dans sa consommation annuelle d’ici 2030. Un effort qui ne rend évidemment pas le jet privé « durable », mais témoigne des enjeux auxquelles le secteur devra répondre s’il souhaite continuer à se développer.
Alors, la propriété fractionnée, avenir de l’aviation privée ? Elle en est en tout cas devenue l’un des moteurs, avec un modèle qui semble particulièrement séduire une nouvelle génération d’ultra-riches, davantage intéressée par l’accès permanent à un service que par la possession d’un appareil.



