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David Ukaleq, Le lundi 14 juin 2021
Grand angle

Laponie suédoise en été : les merveilles du parc national d'Abisko

Après un voyage hivernal en Finlande, Yonder retourne en Laponie, cette fois du côté suédois et à la fin de l'été, quand les arbres s'illuminent de tons orange et jaunes. Nous partons à la découverte du parc d'Abisko, un des joyaux de la Suède, pourtant encore peu connu du grand public français.
  • Le parc d'Abisko vu depuis le télésiège de l'Aurora Sky Station. Au fond à gauche, la vallée de Lapporten, typique vallée en U qui doit sa forme à l'érosion glaciaire. On distingue au premier plan la rivière d'Abisko (Abiskojåkka) et, au-delà la Nissonjohka © YONDER.fr/DB
    Le parc d'Abisko vu depuis le télésiège de l'Aurora Sky Station. Au fond à gauche, la vallée de Lapporten, typique vallée en U qui doit sa forme à l'érosion glaciaire. On distingue au premier plan la rivière d'Abisko (Abiskojåkka) et, au-delà la Nissonjohka © YONDER.fr/DB
  • La randonnée dans la Kärkevagge (« Vallée des pierres »), qui mène au lac de Trollsjön est l'une des plus belles de la Laponie suédoise.
    La randonnée dans la Kärkevagge (« Vallée des pierres »), qui mène au lac de Trollsjön est l'une des plus belles de la Laponie suédoise.
  • Bouleaux à proximité de la gare de Låktatjåkka.
    Bouleaux à proximité de la gare de Låktatjåkka.
  • La végétation qui recouvre les pentes du mont Njullá depuis le télésiège de l'Aurora Sky station.
    La végétation qui recouvre les pentes du mont Njullá depuis le télésiège de l'Aurora Sky station.
  • Symphonie de couleurs d'automne lors de la première partie de la randonnée en direction de Trolljsön.
    Symphonie de couleurs d'automne lors de la première partie de la randonnée en direction de Trolljsön.
  • Le lac de Trollsjön, dont la transparence est telle qu'on peut voir jusqu'au fond.
    Le lac de Trollsjön, dont la transparence est telle qu'on peut voir jusqu'au fond.
  • Derniers rayons de soleil de la journée.
    Derniers rayons de soleil de la journée.
Où est-ce

 

Pour beaucoup d’entre nous, la Suède est associée à une mosaïque quasi-infinie de lacs et de forêts, avec ses cottages au bord de l’eau. Vision idyllique pour certains mais un tantinet ennuyeuse pour d’autres. Pourtant, que l’on monte au-delà du cercle arctique et l’on découvre, à l’ouest du pays, un paysage radicalement différent où la forêt laisse rapidement la place à la toundra.

 

Parcs naturels et développement minier : les paradoxes du développement industriel de la Suède

Le comté de Norrbotten, le plus septentrional de la Suède, abrite à l’ouest, non loin de la frontière norvégienne, plusieurs parcs naturels qui comptent parmi les plus anciens d’Europe. Mais paradoxalement la plupart des infrastructures de la région, et l’essor du tourisme, sont liées à l’exploitation minière qui a en retour modifié le paysage, y compris à proximité des parcs.

Rien n’illustre mieux cette contradiction que le parc de Stora Sjöfallet, littéralement « la grande chute d’eau ». Créé en 1909, il abrite alors l’une des plus grandes cascades d’Europe : mais 10 ans plus tard il est amputé pour aménager un barrage qui assèchera la cascade ! Il n’empêche, il gardera son nom. Et les parties restées intactes du parc, ainsi que le parc immédiatement voisin de Sarek sont restés parmi les plus sauvages du Vieux Continent. Nous consacrons un reportage à leur survol. Mais nous mettons dans cet article le cap sur le parc d’Abisko et ses environs, situé plus au nord.

 

Le parc d’Abisko : au cœur des Alpes scandinaves et du territoire same

Le parc d’Abisko a lui aussi été créé en 1909. Son histoire est intimement liée à celle de l’exploitation du minerai de fer. Dès le XVIIIe siècle on découvre des gisements de fer près de Galliväre et de l’actuelle Kiruna. Mais c’est seulement à la fin du XIXe siècle qu’on commence à les exploiter industriellement, ce qui ne devient rentable qu’en transportant le minerai en train. Au tournant du siècle, la ville de Kiruna est fondée et reliée à la ville côtière de Luleå par une ligne de chemin de fer. Toutefois, le golfe de Botnie étant gelé en hiver, l’exportation est rendue impossible pendant une bonne partie de l’année. On décide de prolonger la ligne vers l’ouest jusqu’au port norvégien de Narvik qui est lui libre de glace toute l’année. 

  • Les Navvys,ouvriers de la construction de la <i>Malmbanen</i>   («ligne du minerai de fer»), qui a permi le développement industriel de la région... et lancé le tourisme. © Länsstyrelsen Norbotten
    Les Navvys, ouvriers de la construction de la Malmbanen (« ligne du minerai de fer »), qui a permis le développement industriel de la région... et lancé le tourisme. © Länsstyrelsen Norrbotten


L’isolement et le climat de cette région rendent l’entreprise particulièrement difficile, comparable aux projets entrepris dans les Alpes à la même époque. Mais sitôt les travaux achevés démarre le tourisme. Une maison d’ingénieurs du chantier sera reprise par la STF, l’association touristique suédoise, pour y accueillir des visiteurs. Aujourd’hui l’Abisko Tourist Station s’est agrandie de multiples fois et reste le principal centre touristique local, à la fois auberge de jeunesse et hôtel. Elle loue également des bungalows, une forme de logement populaire en Suède où l’on fait volontiers sa propre cuisine plutôt que d’aller au restaurant.

La (toute) petite ville d’Abisko, est, elle, située juste en dehors du parc à quelques kilomètres à l’est. Elle s’est formée autour de la gare d’Abisko Östra (« Abisko Est ») et on y trouve la plupart des autres hôtels et logements. 

Alors que faire à Abisko ? Il y a évidemment de nombreuses possibilités, notamment de randonnées, mais nous avons sélectionné quelques-uns des highlights que l’on peut découvrir lors d’un séjour relativement court.

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1. Prendre le télésiège du mont Njullá

Si vous ne deviez choisir qu’une chose à faire à Abisko, ce serait peut-être celle-là. La montée en télésiège se fait dans un grand silence et à une allure qui permet d’admirer le panorama fantastique offert par le lac de Torneträsk et la végétation en contrebas. Il est possible de monter à pied — et plus encore plus de descendre — mais vous vous priverez alors de cette vue. Ce sera toutefois l’occasion d’observer de près les innombrables espèces de plantes qui couvrent les pentes du Mont Njullá (1169m). La forêt de boulots laisse rapidement place à la toundra : la limite des arbres se situe entre 500 et 700 mètres, or la station de départ est déjà perchée à presque 400 mètres.

  • Le télésiège de l’Aurora Sky Station offre une magnifique vue panoramique sur le lac Torneträsk. Les bâtiments au centre sont ceux de l’Abisko Tourist Station et plus au fond à droite se trouve la petite ville d’Abisko.
     
    Le télésiège permet de profiter d’une vue panoramique sur le lac dans un silence presque total. On aperçoit en bas l’Abisko Tourist Station puis, au fond à droite, la petite ville d’Abisko.

 

Si la station du haut est nommée Aurora Sky Station c’est parce que c’est un endroit idéal pour y observer les aurores boréales... ou le soleil de minuit, de la fin mai à la fin juillet. Attention toutefois aux horaires : en demi-saison le télésiège s’arrête bien avant la tombée de la nuit. Le chemin vers le sommet est facile à suivre et peut-être plus encore que la vue depuis ce dernier, on appréciera la marche dans ce milieu alpin. Il y a aussi de grandes chances d’apercevoir des rennes. Ces animaux semi-domestiques appartiennent aux Samis qui ont le droit de faire paître leurs rennes dans les parcs nationaux, comme le font leurs ancêtres depuis des siècles (avant de les domestiquer ils les ont chassés pendant des millénaires). 

Il est aussi possible de s’éloigner du chemin sans aucun danger de se perdre, par exemple pour approcher ces créatures. Pour des raisons inconnues, des dizaines d’entre eux s’étaient rassemblés sur une plaque de neige fraiche lors de notre visite. Le lendemain, ils n’étaient plus là, mais deux familles suédoises de Luleå y pique-niquaient, et les enfants étaient fascinés de voir de la neige en été (début septembre). En les prévenant naïvement qu’ils auraient pu voir des rennes la veille, on nous fit remarquer qu’ils en voyaient toute l’année et étaient aussi excités à la vue des rennes que peuvent l’être les enfants de nos campagnes en voyant des vaches !

  • Depuis la station supérieure, la randonnée vers le sommet est courte et facile. Le paysage verdoyant a cédé la place à la  toundra. Au fond à gauche on distingue la vallée "iconique" de Lapporten, archétype d’une vallée en U creusée par les glaciers.
    Depuis la station supérieure, la randonnée vers le sommet est courte et facile. Le paysage verdoyant a cédé la place à la toundra. Au fond à gauche on distingue la vallée "iconique" de Lapporten, archétype d’une vallée en U creusée par les glaciers.

 

Avant de redescendre, il est possible de s’arrêter prendre un café à la station. Étonnamment, c’est le même employé qui commande le télésiège (celui-ci doit être arrêté à chaque fois qu’un passager monte ou descend) et tient la cafétéria. Pour que ce ne soit pas trop monotone, il alterne ce poste avec celui de la station du bas selon les jours. 

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2. Se balader le long du canyon d’Abisko

Ce canyon, creusé par la rivière Abiskojokk, est un des endroits les plus fameux du parc. Il s’étend de part et d’autre de la route principale. Si vous êtes allé à la station de télésiège vous en aurez déjà eu un aperçu car la route qui y mène passe juste au-dessus. Il suffit de tourner à gauche juste avant le pont (à pied) en allant au télésiège pour rejoindre le chemin qui longe le canyon. Il est possible à la fois de rejoindre la partie située au nord de la route via un petit tunnel, ou de continuer vers le sud. Certains touristes font l’un ou l’autre sans se rendre compte que le canyon se prolonge de l’autre côté. Il s’agit plus d’une promenade que d’une randonnée car le canyon est long de quelques centaines de mètres.

  • Le fameux canyon creusé par la rivière Abiskojokk. Une balade classique et facile depuis l’Abisko Tourist Station.
    Le fameux canyon creusé par la rivière Abiskojokk. Une balade classique et facile depuis l’Abisko Tourist Station.

 

Mais si vous voulez marcher plus longtemps, le chemin continue bien au-delà dans la direction sud. N’espérez pas en atteindre le bout dans la journée car il s’agit en fait du début du Kungsleden (littéralement le "sentier royal"), légendaire chemin de randonnée long de... plus de 400 km ! Il est toutefois possible de faire l’aller-retour jusqu’au lac d’Abiskojaure (aller-retour 13 km et peu de dénivelé) voire jusqu’à Alesjaure (22 km) pour les plus courageux.

 

3. La vallée et le glacier de Kårsa, en hélico...

La compagnie Kallaxflyg propose différents tours en hélicoptère. L’hélipad est situé juste derrière l’Abisko Mountain Lodge, un des endroits les plus confortables où séjourner à Abisko. Par beau temps, vous pourrez y prendre un verre au soleil en attendant votre vol.

Nous avons testé un vol touristique qui remonte la vallée de Kårsa (Kårsavagge ou Gorsavággi selon la graphie utilisée) située juste au sud du massif où culminent les monts Njulla (voir ci-dessus) et Slåttatjåkka (1191m). S’y écoule la rivière Kårsajåkka qui relie plusieurs lacs avant de rejoindre l’Abiskojokk mentionnée plus haut, la rivière qui passe à travers le canyon avant de se jeter dans le grand lac de Torneträsk. À l’ouest la vallée se termine par le Kårsaglaciaren, également appelé Gorsajökeln, qui a énormément reculé depuis qu’il a été mesuré pour la première fois en 1884. C’est le glacier suédois qui a fait l’objet d’observations scientifiques sur la période la plus longue quoique de manière disparate. Vu depuis l’hélicoptère il semble relativement modeste ; mais en dépit de son déclin rapide il couvre encore 0,85 km² et s’étend sur presque 2km. Il faut dire que l’hélicoptère vole à basse altitude et que l’on n’en voit pas la partie la plus haute.

  • L'extrémité de la vallée de Kårsa avec le glacier au fond à droite. Les cours d'eau en tresse ou anastomoses sont liés aux sédiments rejetés par le glacier.
  • Bajimus Gordsajávri, le plus grand des lacs glaciaires qui occupe la vallée de Kårsa, vu du nord-ouest.
  • Le glacier de Kårsa.

Signalons une curiosité : des scientifiques ont retrouvé à proximité de ce glacier des restes de bois de pins et de boulots, qu’ils supposent avoir été rejetés par ce dernier, et qu’ils ont pu dater entre 7000 et 12 000 ans avant l’époque actuelle. Et même de la tourbe datée d’il y a un peu plus de 3000 ans ! Ceci suggère que non seulement le glacier n’existait pas à cette époque, et qu’il résulte d’une reglaciation relativement récente (il y a entre 3000 et 4000 ans), mais aussi que la limite des arbres était à cette époque plusieurs centaines de mètres au-dessus de son altitude présente. Ces résultats spectaculaires sont toutefois controversés car ils n’ont pu être reproduits. Ce qui est certain en revanche c’est que la limite des arbres a nettement remonté au XXe siècle et, dans le contexte de fort réchauffement actuel, il faut s’attendre à ce que cette tendance se poursuive. Le parc d’Abisko et ses environs sont très affectés par le changement climatique.

Rendu du glacier de Kårsa par Erik Schytt Mannerfelt. Voir la version interactive sur sketchfab.

 

 

4. ... ou, pour les plus aguerris, en randonnée

Une randonnée relativement classique consiste à rejoindre, depuis Abisko, la cabane de Karsavagge maintenue par la STF. Le chemin comporte certaines sections très humides que des planches aident à franchir plus à sec. La cabane se situe juste à l’ouest du 2ème lac. De là les cartes indiquent un chemin qui continue dans la vallée, en direction du glacier et avant de monter vers Kåbbletjåkko (1448m). Mais attention, il s’agit d’un sentier non marqué, décrit comme "challenging". À réserver aux plus expérimentés donc, et après avoir pris l’avis du centre de visiteurs Naturum Abisko.

Aussi étonnant que cela puisse paraitre, le chemin commence par longer... un terrain de golf ! Celui-ci se targue d'être le golf le plus septentrional du monde.

5. Aller randonner, dormir ou... golfer à Björkliden

À 10 km au nord-ouest d’Abisko se trouve la station de sports d’hiver de Björkliden. On aurait cependant tort de se priver d’y aller en été car c’est le point de départ de belles randonnées comme celle qui rejoint le lac de Kratersjön. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le chemin commence par longer... un terrain de golf ! Celui-ci se targue d’être le golf le plus septentrional du monde et il est en tout cas particulièrement pittoresque avec sa vue panoramique sur le lac Torneträsk.

Plus que le petit lac de Kratersjön, c’est la variété de la végétation et sa symphonie de couleurs qu’on admirera en chemin. Si vous êtes à court de temps vous pourrez donc faire demi-tour avant le lac, sans avoir beaucoup manqué. Si au contraire vous souhaitez aller plus loin, le chemin redescend ensuite en direction de Tornehamn où se trouve le cimetière des Navvys, ainsi qu’on appelait les ouvriers qui ont participé à la construction de la ligne de chemin de fer.

Mais Björkliden est aussi un endroit où dormir car l’hôtel Fjället, contrairement à la propriété jumelle de Riksgränsen, est encore ouvert à cette saison (celui de Riksgränsen est parfois ouvert en été mais seulement s’il est possible de skier). C’est d’ailleurs le seul hôtel au sens traditionnel dans les environs d’Abisko. Là encore, nous autres Européens du sud pouvons être surpris de voir la boutique de l’hôtel vendre... des surgelés. C’est parce qu’ici aussi il est possible de louer des chalets. 

  • La vue depuis l’hôtel Fjället à Björkliden est l’une des plus belles des environs.
    La vue depuis l’hôtel Fjället à Björkliden est l’une des plus belles des environs.
 

Le principal atout de l’hôtel, outre ses chambres confortables, est incontestablement sa vue fantastique sur le lac, Abisko et au fond la fameuse vallée de Lapporten. Elle doit sa forme en U à l’érosion causée par les glaciers aujourd’hui disparus. Si vous séjournez à l’hôtel prenez absolument une chambre qui donne dans cette direction. Et nous vous conseillons quoiqu’il en soit d’y dîner : pas de repas gastronomique en vue mais une cuisine honnête, dans un cadre très agréable et avec la meilleure vue que l’on puisse imaginer dans les environs. Et, vous l’aurez compris, il n’y a de toute façon pas beaucoup de concurrents en matière de restauration...

Signalons enfin la très belle « cascade argentée » (Silverfallet), dont le parking se trouve environ 500 m avant la route qui monte vers l’hôtel.

6. Une des plus belles randonnées de Suède : vers le lac de Trollsjön

Finalement, continuant sur la route en direction de Riksgränsen (voir l’article sur Niekhu), la petite gare de Låktatjåkka est le point de départ de l’une des plus belles randonnées de la région, et même probablement de Suède si l’on s’en tient aux endroits facilement accessibles. Elle est située à quelques centaines de mètres de la route, séparée de celle-ci par une forêt de boulots. Un parking permet de se garer facilement.

Survol du parc d’Abisko et des environs.

L’intérêt de cette randonnée est triple. La première partie, qui présente le plus de dénivelé, permet de gagner une vue dégagée en direction du lac de Vassijaure et de la gare éponyme. On suit ensuite la « vallée des pierres » (Kärkevagge), ainsi nommée en raison des très nombreux blocs dont elle est parsemée. Certains sont de dimension particulièrement impressionnante, atteignant les 20 mètres de diamètre. Ajoutez à cela la météo changeante, le brouillard ou les nuages bas qui font tour à tour apparaître et disparaître des pans de montagnes et vous obtenez une ambiance mystérieuse dans un décor à la Tolkien.

  • La Kärkevagge ou «Vallée des pierres».
    La Kärkevagge ou « Vallée des pierres ». Nuages bas et temps changeant contribuent à l’atmosphère mystérieuse. Le halo de lumière à droite est lié à une averse soudaine.
     

Il faut grimper encore un peu plus pour atteindre le fameux lac du Troll ou, en Sami, Rissájávri, c’est à dire « le lac qui étincelle ». Sa particularité est son incroyable pureté. Une transparence telle qu’on peut voir jusqu’au fond du lac, 34 mètres en-dessous de la surface. Un coup d’oeil à la carte montre que la Kårsavagge (voir plus haut) se situe juste derrière la montagne de Biran qui surplombe le lac : les deux vallées sont presque alignées l’une avec l’autre. La montagne à droite, c’est-à-dire directement à l’ouest du lac, est le sommet le plus haut du massif de Vassitjåkka, qui forme le versant ouest de la vallée. Elle est partiellement recouverte d’un glacier. Et le col entre les deux nous sépare... du bas du glacier de Kårsa. La boucle est bouclée !

  • Blocs dans la «Vallée des pierres».

    Blocs dans la Kärkevagge, la « vallée des pierres ».


Si l’on rejette les explications fantastiques à la présence de tous ces blocs et que l’on se tourne vers les géologues, la question n’est pas tranchée de manière définitive. Un des scénarios les plus probables est la rupture soudaine d’un pan de la montagne, liée à la déglaciation il y a environ 9 000 ans. En arrivant à la hauteur du lac, vous remarquerez, sur la droite, une cavité qui forme un angle aigu dans sa partie supérieure. Son volume correspond à peu près au volume estimé de l’ensemble des blocs de la vallée. C’est certainement l’origine de ceux qui forment la digue retenant le lac en contrebas. Mais qu’en est-il de ceux qui s’étendent plusieurs kilomètres en aval ? L’hypothèse d’une avalanche (de pierres) qui les auraient entrainés à une si grande distance apparaît moins vraisemblable que le transport par le glacier qui aurait encore occupé la vallée lors de leur chute. C’est en tout cas remarquable d’un point de vue géologique.

  • Le lac de Trollsjön.

    Le lac de Trollsjön « lac du Troll » ou, dans la version Sami, Rissájávri, c’est à dire « le lac qui étincelle ».
     

Revenons pour terminer à l’aspect pratique de cette randonnée. Sachez qu’il y a deux chemins parallèles qui suivent la vallée, un chemin haut, que l’on peut considérer comme le plus courant, et un chemin bas, situé 50-60 mètres en contrebas et à proximité de la rivière. Comme on peut s’y attendre, le premier offre une meilleure vue, tant sur les fameux blocs que sur les prairies verdoyantes et sur la rivière. Le chemin inférieur est aussi plus lent car il y a d’avantages d’obstacles, rochers ou petits ruisseaux. Nous vous conseillons d’emprunter le sentier haut au moins pour le trajet aller. Celles et ceux qui n’aiment pas repasser au même endroit, ou qui ont un intérêt particulier pour la végétation et les fleurs pourront revenir par le sentier du bas.

Comment y aller ?

Pour un voyage à moindre intensité carbone, on prendra le train depuis Luleå voire depuis Stockholm. Il y a un aéroport à Kiruna mais les vols sont beaucoup moins fréquents que vers Luleå. Comme on l’a vu, le tourisme à Abisko doit son existence à la ligne de train et on peut donc descendre à quelques mètres seulement de son hôtel. La route, elle, date seulement des années 1980 ! Mais il faut reconnaitre qu’il est commode d’avoir une voiture sur place et le compromis le plus confortable consiste probablement à voyager en train jusqu’à Kiruna, où l’on pourra louer une voiture et gagner Abisko par la route. Le trajet en train est bon marché et la route entre Luleå et Kiruna présente de toutes façons peu d’intérêt à notre avis.

 

 

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Toponymie

Ne vous étonnez pas de voir 2 noms différents pour un même endroit, ou un nom avec 2 graphies. En effet la plupart des toponymes sont d'origine same. Historiquement transcrits en Suédois, on tend aujourd'hui de plus en plus à utiliser la graphie same. Mais rien n'est simple, parfois le nom same a lui-même une partie empruntée au Suédois !

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