Pierre GuntherPierre Gunther, Le jeudi 25 juin 2026
Grand angle

Que voir au Yunnan ? Les incontournables de la plus belle région de Chine

Au nord du Yunnan, les routes serpentent à flanc de gorges profondes et les monastères tibétains toisent des fermes centenaires accrochées à leurs champs en terrasses. Des ruelles pavées de Lijiang aux sommets de Shangri-La, voici les incontournables d'un voyage au Yunnan pour découvrir cette province fascinante aux confins du Tibet.
  • Que voir au Yunnan ? Les incontournables de la plus belle région de Chine, Lijiang © Pua Tresia
    Que voir au Yunnan ? Les incontournables de la plus belle région de Chine, Lijiang © Pua Tresia

Les rayons matinaux se lèvent doucement sur le petit temple perché face à la vallée de Benzilan. Il est 6h, les paysans s’activent déjà et brulent en offrande des branches de genévrier sur leur terrasse. Au temple, dédié à Guru Rimpoche qui importa le bouddhisme tibétain au Bhoutan et en Chine au VIIIe siècle, un papi fait de même, puis commence sa circumambulation autour de l’édifie modeste, sous les drapeaux de prière. Il dépose une pierre à chaque tour en petit tas, pour ne pas perdre le compte. Nous sommes au Yunnan, province chinoise frontière où la culture tibétaine se métisse de 26 autres ethnies - les Yi, les Naxi, les Bai… - présentent ici depuis des siècles, où les champs de riz se mêlent à l’orge, aux cerises, aux vignes importées par des missionnaires français et au thé, et où l’on peut visiter un matin un monastère bouddhiste, assister à une messe en tibétain en fin d’après-midi et photographier des slogans à la gloire du Parti Communiste Chinois gravés en lettres géante au flanc des montagnes. Une région de commerce, où l’ancienne Route du Thé et des Chevaux assurait la liaison entre les grandes villes de négoce, dont Lijiang, classée à l’Unesco, jusqu’à Lhassa au Tibet.

Lire aussi notre itinéraire d'une semaine à 10 jours du Yunnan au Tibet.

  • Le monastère de Songzanlin depuis l’hôtel Songtsam Shangri-La © Pierre Gunther
    Le monastère de Songzanlin depuis l’hôtel Songtsam Shangri-La © Pierre Gunther
     

Pour découvrir les incontournables du Yunnan, nous avons fais confiance à Songtsam, une collection d’hôtels fondée en 1999 par Baima Duoji, ancien réalisateur de documentaires né à Shangri-La, dont les 20 lodges et hôtels répartis entre le Yunnan et le Tibet partagent avec les voyageurs toute la diversité de la culture locale, de la religion à la gastronomie, en passant par le sens de l’hospitalité.

  • Shangri-La, lors d’un road trip au Yunnan © PG
    Shangri-La, lors d’un road trip au Yunnan © PG
     

1. Visiter le Yunnan : Shangri-La et le monastère de Songzanlin

Difficile d’utiliser le mot atterrir quand l’aéroport se situe à 3 300 mètres d’altitude. L’atterrissage n’est pas aussi chaotique que celui des passagers du roman Lost Horizon de James Hilton, publié en 1933, à partir duquel le village de Zhongdian a été rebaptisé Shangri-La au début des années 2000. Un joli coup marketing inspiré du succès littéraire, qui a braqué les projecteurs sur cette vallée oubliée de l’ancienne province du Kham, culturellement tibétaine, entourée de grands lacs et de hautes montagnes aux neiges éternelles. On y trouve pourtant le plus grand monastère bouddhiste tibétain du Yunnan, réunissant huit temples et quelque 700 moines qui naviguent entre les édifices dans leur robe rouge appelée kesa.

  • Les fidèles brulent du genévrier en guise d’offrande © PG
    Les fidèles brulent du genévrier en guise d’offrande © PG
     

Édifié au XVIIe siècle sous le règne du 5e Dalaï-Lama, le monastère de Songzanlin forme un petit village construit sur une colline. On passe d'une cour à l'autre par de nombreux escaliers de pierre, sous des façades rouges et jaunes dont la peinture s'écaille lentement tandis qu'en contrebas les paysans continuent de cultiver leurs champs comme ils le font depuis des générations. Dans les salles de prière obscures flotte l’odeur persistante des lampes votives au beurre de yack qui scintillent devant les autels. Les poutres peintes de couleurs vives racontent la vie des grands maîtres du bouddhisme tibétain, tandis que les fidèles murmurent inlassablement Om Mani Padme Hum, le mantra du bouddha de la compassion, inscrit également sur les drapeaux et les moulins de prière.

Songzanlin appartient à l'école Gelugpa, celle des « Bonnets Jaunes », fondée au XVe siècle par Tsongkhapa, dont l'immense statue dorée domine l'un des temples principaux. Autour de lui se déploie tout un panthéon où se côtoient le bouddha de la compassion aux mille bras, le futur bouddha Maitreya, représenté les jambes décroisées car prêt à revenir parmi les Hommes, ainsi que les dalaï-lamas et les maîtres qui ont façonné cette tradition spirituelle. Devant les statues s'accumulent les offrandes : pommes, mandarines, encens, gâteaux de farine colorés appelés torma, mais aussi briques de lait ou de jus de fruit et Snikers. Malgré ses siècles d'histoire, le bouddhisme tibétain reste une religion profondément ancrée dans la réalité.

  • Monastère de Songzanlin © Pierre Gunther
  • Monastère de Songzanlin © Pierre Gunther

 

Les pèlerins effectuent la chora, la circumambulation rituelle autour du monastère

À l'entrée de plusieurs temples, une immense fresque représente la roue de la vie, ou samsara, le cycle des renaissances dans lequel les êtres demeurent prisonniers de leurs actes passés. Les pèlerins qui effectuent la chora, la circumambulation rituelle autour du monastère, cherchent précisément à alléger ce fardeau. Une quête spirituelle qui semble parfois se heurter à la réalité du XXIe siècle. Dans les cours pavées, des visiteurs venus des grandes villes chinoises posent en déguisement tibétain fraîchement loué, smartphone tendu devant les temples séculaires. Quelques moines vendent bracelets, amulettes ou porte-bonheur, tandis que les groupes s'égaillent d'un pavillon à l'autre à la recherche du meilleur angle pour alimenter leur fil WeChat. La scène prête souvent à sourire… C'est aussi cela le Yunnan, et l’on retrouvera le calme de la vallée de Shangri-La à quelques minutes du monastère. Au bord du lac de Napahai, les chevaux paissent dans les prairies humides tandis que les échassiers traversent les eaux peu profondes. Selon la saison, le lac se rétracte ou s'étend sur plusieurs kilomètres, transformant le paysage en une vaste mosaïque de marais, de pâturages et de miroirs d'eau.

Songzalin © PG

 

Dormir face au plus grand monastère du Yunnan au Songtsam Linka Retreat Shangri-La

Ruisselant à flanc de colline, plein sud, l’hôtel de Shangri-La ressemble davantage à un village tibétain qu'à notre première étape de voyage au Yunnan. Derrière ses murs de pierre et ses charpentes en pin patiné, les poutres peintes du Songtsam Linka racontent des scènes du bouddhisme tibétain, des déesses volantes et des fleurs de lotus, tandis que les tangkas, les tapis anciens et les objets d'art himalayen rappellent la passion du fondateur Baima Duoji pour la culture de sa région natale. Un petit musée expose les plus belles pièces. Au-dessus de l'hôtel, gravé à même la montagne, le mantra du Bouddha de la sagesse - Om Ah Ra Pa Tsa Na Dhi - veille sur les lieux.

  • La vue sur le temple depuis l’hôtel Songtsam © PG
    La vue sur le temple depuis l’hôtel Songtsam © PG
     

L'ensemble compte une centaine de chambres réparties dans plusieurs pavillons disséminés sur la colline, trois restaurants, une boulangerie, un spa et même un terrain de tir à l'arc et d’astronomie. Pourtant, l'endroit conserve une atmosphère étonnamment intime. Depuis la salle du petit-déjeuner, les toits dorés du monastère de Songzanlin s’offrent en gros plan, pendant que l’on déguste fumant son thé salé au beurre de yack. Dans les chambres, le cuivre martelé est omniprésent, des vasques des salles de bains aux services à thé posés sur les tables basses. Certaines suites disposent d'un petit poêle et d'une terrasse ouverte sur la vallée ; d'autres d'une baignoire en cuivre et d'un lit à baldaquin dont les ornements rappellent ceux des temples bouddhistes visités quelques heures plus tôt.

  • Songtsam Shangri-La © Pierre Gunther
  • Songtsam Shangri-La © Pierre Gunther

 

L'attention portée aux détails se retrouve surtout dans l'assiette, sans doute l'une des plus belles surprises du voyage. Chaque établissement Songtsam possède son propre jardin potager, dont provient une partie des légumes servis à table. Le soir, autour d'une fondue tibétaine fumante à la viande de yack, encore plus savoureuse à cette altitude, difficile de ne pas se sentir loin des grandes métropoles chinoises. Découvrir la culture tibétaine passe autant par la table que par les paysages.

Songtsam Linka Retreat Shangri-La
92 chambres et suites, prix à partir de 430 euros la nuit Shangri-La City
songtsam.com

  • Chambre © PG
    Chambre © PG

 

2. Benzilan, au cœur des montagnes

En quittant Shangri-La, la route cesse progressivement d'appartenir aux Hommes. Elle s'enroule autour des versants, plonge dans des gorges vertigineuses, réapparaît plusieurs centaines de mètres plus haut dans un paysage qui semble avoir changé de saison. Les conifères remplacent les prairies, puis disparaissent à leur tour au profit de falaises ocres brûlées par le soleil et l’altitude. Au fond des vallées, le Yangtsé, le Mékong et le Salouen poursuivent leur course vers l'Asie du Sud-Est. Sur une centaine de kilomètres seulement, ces trois fleuves majeurs ont creusé des canyons de plusieurs milliers de mètres de profondeur, séparés par des chaînes montagneuses dont les sommets flirtent avec les 6 000 mètres.

  • La courbe du Yangtsé © PG
    La courbe du Yangtsé © PG
     

Petite oasis de douceur dans cette région des Trois fleuves parallèles, classée à l’Unesco, le hameau de Yujie en bordure de la ville de Benzilan fait figure de mirage. Quelques champs d'orge occupent les replats les moins abrupts, des cerisiers débordent des jardins et les fermes tibétaines s'égrènent le long de la rue principale. La vie rurale est bucolique, les vaches traversent la route quand elles en ont envie, des haut-parleurs diffusent des cris d'oiseaux enregistrés pour dissuader les étourneaux de s'attaquer aux vergers. Un petit ruisseau traverse le village et actionne un moulin à prières hydraulique, puis quelques mètres plus loin une meule qui transforme l'orge grillée en tsampa, la farine omniprésente dans la cuisine tibétaine. Et comme toujours sur la route de notre itinéraire au Yunnan, les drapeaux de prière flottent partout.

  • Détail d'une ferme © Pierre Gunther
  • Ring nous explique la rando-Songtsam Benzilan © Pierre Gunther

 

À partir du VIIe siècle, les caravanes de la Route du Thé et des Chevaux ont bravé cols enneigés, torrents et chemins en pierre pour rejoindre le Tibet. Lors d’un road trip au Yunnan, les randonneurs peuvent encore suivre par endroits les traces de cet ancien réseau commercial qui a façonné la région. Dans le village de Niding, à près de 3400 mètres d’altitude, certaines fermes aux façades blanchies à la chaux ont plus de 200 ans. En suivant le sentier, très vite, la forêt engloutit les dernières traces d'habitation. Les chênes de l'Himalaya succèdent aux pins, les rhododendrons colonisent les sous-bois et les torrents dévalent entre les blocs de granit couverts d’une mousse épaisse. Au printemps, les habitants viennent ici chercher les cordyceps, ce champignon parasite dont la réputation en médecine traditionnelle chinoise fait grimper les prix à des sommets vertigineux. Plus tard dans la saison arrivent les morilles, les cèpes et les matsutakes, trésors forestiers qui complètent les revenus des familles de la vallée. Après une heure de marche, les arbres s'écartent et devant nous se déploie la chaîne du Balagezong, immense muraille de roche, de glace et de neige.

  • Dans les montagnes © Pierre Gunther
    Dans les montagnes © Pierre Gunther
     

L'un des sommets, parfaitement pyramidal, est surnommé par les habitants le « stupa naturel ». Vu d'ici, le pic semble avoir été sculpté pour servir de monument votif à l'échelle d'une montagne. Un pique-nique monté par l’équipe Songtsam nous attend, royal et impromptu à cette altitude. D’autres randonnées rayonnent tout autour de Benzilan et permettent d’explorer les forêts de rhododendrons jusqu’aux plus hauts sommet. Les villages des alentours perpétuent quant à eux des savoir-faire anciens, de la poterie noire traditionnelle au tournage des bols en bois que l'on retrouve dans les foyers tibétains.

  • Pique-nique dans la forêt © PG
    Pique-nique dans la forêt © PG
     

Dormir parmi les champs d'orge au Songtsam Benzilan

C’est dans cette vallée au cadre pastoral que s’est installé le Songtsam Benzilan, un lodge de 12 chambres qui respire la tranquillité. Une ferme auberge traditionnelle qui semble perpétuer sa douce hospitalité depuis des siècles, déposée parmi les champs en terrasses des fermes alentours. Depuis sa grande terrasse, on respire l’air frais dispensé par la vigne vierge qui grimpe sur la façade, on observe les bébés yack qui font tinter leur cloche en passant la tête par le portail et on grignote quelques biscuits à l’orge et de la pastèque au tea time, avec vue sur le petit temple qui fait face à l’hôtel et surveille la vallée.

L’équipe est entièrement locale, point d’honneur de Songtsam, et nous accueille en tibétain ce qui laisse place à quelques incompréhensions, vite rattrapées par une envie de bien faire à toute épreuve. On ne quitte plus ses chaussons, offerts lors du check in, et avec lesquels on poursuivra le voyage, surtout dans les étages où les vastes chambres déroulent une atmosphère tranquille, toute de bois, presque comme un hôtel de montagne. Un marque page en cuivre martelé, quelques bols et une théière prête à l’emploi, une coupe en bois remplie de cerises, dont on ronge les noyaux en se penchant par la fenêtre pour sentir les effluves de terre argileuse et écouter le bruit de l’eau dans les rigoles.

  • Songtsam Benzilan © Pierre Gunther
    Songtsam Benzilan © Pierre Gunther
     

Une grande terrasse sur le toit permet d’observer les étoiles la nuit, et un potager au pied de l’hôtel, ponctué de quelques roses trémières laissées ici et là qui folâtrent entre les plans de légume, approvisionne en partie le restaurant où les mets locaux sont à l’honneur : viande de yack séchée, morilles, tsampa, asperges… Ici, rien n'a été mis en scène pour le voyageur.

Songtsam Benzilan Lodge
12 chambres
Benzilanzhen, Deqen, Diqing Tibetan Autonomous Prefecture, Yunnan

songtsam.com

  • Les bouquets changés chaque jour à l'hôtel Songtsam Benzilan © Pierre Gunther
  • Chambre Songtsam Benzilan © Pierre Gunther

 

3. Cizhong, les vignobles du Mékong

Mercredi, 19 heures, les fidèles arrivent par petits groupes dans l'église de Cizhong, certains en tenue tibétaine, d'autres en veste de travail et casquettes Mao. À l'intérieur, les chants s'élèvent en tibétain sous un plafond à caissons décoré de fleurs, de poissons, de soleils et de lunes. Dehors, les sommets enneigés dominent les méandres du Mékong. La scène paraît irréelle à quelques heures seulement des grands monastères bouddhistes de Shangri-La. L'histoire commence au milieu du XIXe siècle lorsque des missionnaires français remontent les vallées du Mékong pour évangéliser cette partie reculée de l'empire chinois. Ils fondent une église, introduisent le catholicisme et apportent avec eux quelques sarments de vigne destinés à produire le vin de messe. Selon la tradition locale, les plants auraient voyagé depuis la France piqués dans des pommes de terre afin de survivre à l'interminable traversée. Le cépage utilisé, le Baco Noir, s'acclimate progressivement aux pentes abruptes qui entourent Cizhong. Les caravanes de la Route du Thé et des Chevaux participent à sa diffusion. Pour mieux vendre le vin au Tibet, les marchands lui donnent même un nom plus évocateur : « Rose Honey ».

  • Les vignes de Yunling © PG
    Les vignes de Yunling © PG
     

Pendant plus d'un siècle, les vignes accompagnent discrètement la vie du village. Puis les grands travaux d'aménagement du Mékong bouleversent la vallée. La construction d'un barrage en 2018 entraîne le déplacement de nombreuses familles et une partie du patrimoine viticole disparaît sous les eaux. Certaines parcelles centenaires sont perdues et l'histoire aurait pu s'arrêter là. Elle connaît pourtant un nouveau chapitre quelques kilomètres plus haut, sur les versants escarpés qui dominent le fleuve. À Yunling - littéralement « le lieu où le vent souffle fort » - Songtsam développe depuis quelques années un ambitieux projet viticole. Les habitants racontent qu'autrefois un chant permettait d'appeler les bourrasques afin de sécher les récoltes de blé. Aujourd'hui encore, le vent reste l'un des principaux alliés des vignerons. L'air est si sec que les maladies cryptogamiques peinent à s'installer sur les ceps. Les vignes ne sont irriguées que deux fois par an grâce à l'eau issue des glaciers voisins.

  • La dernière parcelle de vigne dans Cizhong même © PG
    La dernière parcelle de vigne dans Cizhong même © PG
     

Les premières parcelles apparaissent vers 2 100 mètres d'altitude. Cabernet sauvignon, merlot et cabernet franc poussent sur seize hectares de terrasses suspendues. Plus haut encore, à 2 700 mètres, le chardonnay profite de nuits froides et de journées lumineuses. Dans cette région classée au patrimoine mondial de l'Unesco, la viticulture ressemble davantage à de l'alpinisme agricole. Près de quatre-vingts villageois travaillent aujourd'hui dans les vignes tandis que la cave de Songtsam, installée à Cizhong, cherche encore sa voie.

Première vendange en 2023, cuves inox étincelantes, jarres d'argile fabriquées au Sichuan, pressoir italien limitant le contact avec l'oxygène, fûts de chêne français : tout est encore en phase d'expérimentation. Une douce odeur de raisin flotte dans le chai. Ici, personne ne prétend reproduire les grands vins européens, mais plutôt à comprendre ce que peuvent raconter les montagnes tibétaines à travers le vin.

© PG

 

La réponse se trouve peut-être quelques kilomètres plus haut, au monastère de Beng Gong Si. Accroché à la montagne entre deux énormes blocs rocheux, ce sanctuaire de l'école Nyingma domine toute la vallée du Mékong. Selon la tradition, un maître de méditation s'y serait installé il y a près de mille ans avant d'attirer ses premiers disciples. Les drapeaux de prière claquent dans le vent. Les moulins tournent lentement. Une fresque représente les quatre grandes écoles du bouddhisme tibétain réunies dans une même composition, fait rarissime. Depuis le sommet, le regard porte jusqu'aux montagnes qui séparent le Mékong du Yangtsé à l'est, puis vers les reliefs qui annoncent déjà la Birmanie à l'ouest. Au loin se détache parfois la silhouette du Kawagebo, point culminant du Yunnan avec ses 6 740 mètres, montagne sacrée autour de laquelle les pèlerins accomplissent encore aujourd'hui plusieurs jours de circumambulation. Peu d'endroits au monde racontent avec autant de naturel la rencontre entre catholicisme, bouddhisme tibétain et culture du vin.

  • Beng Gong Si © Pierre Gunther
  • Beng Gong Si © Pierre Gunther

 

Au fil des verres se dessine une image du Yunnan où les influences tibétaines, chinoises et européennes se rencontrent jusque dans l'assiette

Dominer le Mékong au Songtsam Cizhong

Après les fermes de Benzilan et les routes suspendues au-dessus du Mékong, le Songtsam Lodge Cizhong marque un retour à un hospitalité plus contemporaine. Rénové et agrandi récemment, l'établissement de pierre et de bois à l’allure de lodge dans les Appalaches compte 26 chambres réparties dans plusieurs bâtiments dont chacun porte le nom d'un cépage… le vin est le véritable fil conducteur du lieu.

Les chambres ont sans doute moins de caractère que celles de Benzilan ou de Shangri-La, mais les espaces communs compensent largement. Le vaste restaurant et la salle du petit-déjeuner, baignés de lumière, ouvrent par d'immenses baies vitrées sur la vallée. D'un côté, les eaux vertes du Mékong s’écoulent lentement ; de l'autre, un petit temple tibétain semble veiller sur le domaine.

  • Dans le chai Songtsam © PG
    Dans le chai Songtsam © PG
     

Le cœur de l'expérience se trouve dans le chai installé au sein même de l'hôtel viticole. Après une visite de l’installation, la sommelière Zhang Lan Xu anime une dégustation particulièrement bien pensée de cinq vins, tous en monocépage cabernet sauvignon, qui mêlent cuvée Songtsam et bouteilles issues d'autres domaines du Yunnan. Le moment le plus ludique reste l'atelier d'assemblage : à partir de plusieurs vins élevés en cuve inox ou fut de chêne, chacun compose sa propre cuvée et mesure à quel point quelques millilitres peuvent modifier l'équilibre d'un vin.

  • Dégustation de vin © PG
    Dégustation de vin © PG
     

La gastronomie est à la hauteur. Le soir, les accords mets-vins imaginés autour des productions locales comptent parmi les repas les plus mémorables du voyage. Le dîner débute par un blanc de blancs du Sichuan servi avec une série d'amuse-bouches où se croisent foie gras, jambon de Nuodeng, maïs local et betterave. Suivent un cabillaud accompagné d'un chardonnay de Shangri-La, un tartare de yack fumé relevé par une syrah du Yunnan, puis un cabernet sauvignon de la maison Songtsam servi avec un wagyu grillé. Même le dessert joue le jeu, un tiramisu aux cèpes escorté d'un vin de goutte (sans pressage) issu d'un assemblage de cabernet sauvignon et de merlot. Au fil des verres se dessine une image du Yunnan où les influences tibétaines, chinoises et européennes se rencontrent jusque dans l'assiette.

Songtsam Lodge Cizhong
Cizhong Village, Yuqin County, Diqing Tibetan Autonomous Prefecture, Yunnan
songtsam.com

  • Songtsam Cizhong © Pierre Gunther
  • Songtsam Cizhong © Pierre Gunther

 

4. Lijiang, ancienne cité de la Route du Thé et des Chevaux

Après plusieurs jours passés dans les vallées tibétaines, l'arrivée à Lijiang marque un changement de décor. À 2 400 mètres d'altitude, le climat s'adoucit, la ville se fait dense et une multitude de canaux traverse la vieille ville avant de se disperser entre les maisons de pierre et les cours intérieures. Au petit matin, lorsque les rues sont encore désertes, Lijiang retrouve quelque chose de son passé marchand. Les commerçants soulèvent un à un les lourds panneaux de bois sculptés qui ferment leurs échoppes, les quelques lève-tôt traversent les ponts de pierre d'un pas tranquille et le clapotis de l'eau couvre encore le bruit des groupes organisés qui arriveront plus tard dans la journée.

  • Lijiang, sur un itinéraire au Yunnan © PG
    Lijiang, sur un itinéraire au Yunnan © PG

Classée au patrimoine mondial de l'Unesco, Lijiang fut pendant des siècles l'un des grands centres commerciaux du sud-ouest chinois. Han, Tibétains, Naxi, Bai, Yi ou Lisu s'y retrouvaient pour échanger chevaux, thé, céréales et marchandises venues des quatre coins des montagnes. Cette prospérité se lit encore dans l'architecture de la ville et dans ses temples composites où se mêlent influences chinoises, tibétaines, naxi et parfois népalaises. Au temple de Wenchang (文昌宫), fondé au XVIIIe siècle, les étudiants continuent aujourd'hui d'accrocher de petits rubans rouges en espérant réussir leurs examens. Plus loin, au temple Baima Longtan, des esturgeons glissent tranquillement dans les bassins tandis que l’on visite rapidement la résidence de Peter Goullart, explorateur russe devenu l'un des témoins les plus précieux du Lijiang cosmopolite des années 1940. La vieille ville a beau être devenue l'une des destinations les plus fréquentées d’un itinéraire au Yunnan, elle conserve par endroits la douceur du quotidien. Dans les parcs, les retraités s'affrontent autour d'échiquiers de xiangqi tandis que les différentes minorités de la région se retrouvent sur les places pour danser, en costumes traditionnels, au son de musiques populaires remixées sans lésiner sur les décibels.

  • Lijiang © Pierre Gunther
  • Vêtement traditionnel © PG

 

Typique également, le marché couvert, où l’on comprend que tout se vend, s’achète et surtout se mange. Y compris de délicieux petits gâteaux farcis de rose. Dans un café, une serveuse refuse poliment de nous préparer un thé Pu'er à emporter, car on doit prendre le temps de le savourer. Quelques rues plus loin, dans une boutique à mi-chemin entre une pharmacie traditionnelle et un grossiste en herbes médicinales, une marchande nous initie au rituel avant d’acheter une galette de thé. Les tasses trempent dans l'eau chaude, le thé est émietté dans un gaiwan puis infusé trois fois à peine quelques secondes, pour réveiller les feuilles et rincer les tasses. Seule la quatrième infusion mérite d'être dégustée.

Boutique de thé © Pierre Gunther

 

À quelques kilomètres du centre historique, Shuhe semble avoir trouvé un équilibre entre la conservation de son patrimoine et le tourisme de masse. Ancienne étape des caravanes, les cafés y sont aussi branchés qu'à Amsterdam ou New York, les boutiques de théières en argent côtoient les maisons traditionnelles restaurées et les berges de la rivière Qinglong invitent à la flânerie ou à un thé dans l’enceinte du temple Jiuding Longtan. Au restaurant The Bivou, des nouilles naxi relevées de porc épicé se dégustent face à un vaste potager qui fournit une partie des légumes de la cuisine, accompagnée de vin du Yunnan.

Shuhe © PG

 

Lijiang côté jardins au Songtsam Linka Après les lodges tibétains de Shangri-La et de Benzilan, le Songtsam Linka Lijiang marque une nouvelle transition. Construit en 2017 à l'écart de l'agitation du centre historique dans un quartier plein de pépinières, l'hôtel adopte l'esthétique de la minorité naxi qui a façonné la ville pendant des siècles. Les bâtiments de briques grises s'organisent autour d'une piscine-focale aux carreaux verts bordée de galeries couvertes, tandis que les fenêtres à meneaux de bois, les portes sculptées et les cours intérieures évoquent davantage une demeure traditionnelle qu'un hôtel contemporain.

  • Songtsam Linka Shangri-La © Pierre Gunther
    Songtsam Linka Shangri-La © Pierre Gunther
     

Ce qui frappe surtout, c'est l'omniprésence du bois. Bois des poutres, des planchers, des bibliothèques, des cloisons ajourées et jusque dans les détails les plus anodins. Les fenêtres se ferment à l'aide de loquets en bois, les portes s'ouvrent avec une clé et l'on actionne encore de simples interrupteurs plutôt que des écrans tactiles ou des tablettes domotiques. Un choix du geste simple qui participe à l'atmosphère des lieux. Les 42 chambres se répartissent dans plusieurs pavillons disséminés au milieu des jardins. Les plus agréables sont sans doute les dix suites en duplex installées au bord de la piscine, avec leur balcon à l'étage et leur petit jardin privatif à l'arrière. Quelques vieux pêchers subsistent encore sur la propriété, souvenir des vergers qui occupaient autrefois les terrains.

Songtsam Linka Shangri-La © Pierre Gunther

 

Le lieu le plus agréable reste sans doute le petit salon-bar qui fait face au bassin central. Lové dans un large fauteuil de tissu, une théière fumante posée sur la table basse, ou un Negroni, on peut facilement y laisser filer une heure ou deux à papoter. La salle du petit-déjeuner mérite elle aussi qu'on s'y attarde. Aménagée de quelques bibliothèques, elle s'ouvre sur une terrasse dominant les jardins et les toits de Lijiang. Chaque matin, on peut se faire préparer une soupe de nouilles et composer ensuite son assaisonnement : cébettes, coriandre fraîche, piment, soja fermenté, sauce soja et une multitude de condiments dont on ignore parfois le nom. Une manière gourmande de découvrir la cuisine locale avant même de quitter l'hôtel.

Songtsam Linka Shangri-La
Shangri-La City, Di Qing Zang Zu Zi Zhi Zhou, Yunnan
songtsam.com

Songtsam Linka Shangri-La © Pierre Gunther

Voyage sur mesure dans le Yunnan avec Songtsam

Séjour 11  jours/8 nuits, 6 450 euros avec Privilèges Voyages comprenant :

Vols Paris/Pékin/Paris en classe économique

Vols intérieurs Pékin/Shangri La et Lijiang/Pékin

7 nuits dans les hôtels Songtsam, transferts dans un véhicule haut de gamme, droits d'entrée et activités, hébergement en occupation double, repas, eau et collations, services de guides locaux anglophones (guide francophone en supplément)

Hébergement d'une nuit à Pékin au Waldorf Astoria en chambre double

Transferts aéroport/hôtel/aéroport à Pékin

Assistance sur place 7/7