Céline Dassonville, Le mardi 28 juillet 2026Notre avis sur Hando Champs-Élysées : derrière la hype, le hand roll à son meilleur
Adrien Albou, l'homme derrière Hando
S’il y a bien une règle à laquelle Adrien Albou ne déroge pas, c’est celle de conjurer l’atavisme. Autrement dit : ne pas se contenter de l’héritage familial et toujours chercher à en faire davantage. Népo baby du sérail parisien de la mode, Adrien Albou était un cool kid avant même que le terme n’existe. Il ne s’en cache pas. Sa mère, Sophie Mechaly, a fondé Paul & Joe ; ses grands-parents Garage, marque de chemises culte dans les années 1980 portée par Rod Stewart, Prince et Madonna. Mais belle naissance - et carnet d’adresses - ne font pas tout. Que construire lorsque ceux qui vous précèdent ont déjà connu le succès ?
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Adrien Albou, fondateur de Hando Paris © lfvrobin
On l'attendait forcément sur le terrain de la mode. Il l'a investi, tout naturellement. En 2015, il lance Garçons Infidèles, un vestiaire unisexe nourri de références rock, vintage et seventies, imaginé autour de belles matières et d’imprimés exclusifs. Après l'arrêt de sa marque, il entreprend de relancer Garage, en l'élargissant à un vestiaire plus complet. Depuis 2022, il est le directeur artistique des collections homme de Paul & Joe, bouclant ainsi la boucle familiale.
Était-ce suffisant ? Évidemment non.
Fondu de musique, DJ au Baron et au Silencio, Adrien Albou est aussi artiste et producteur, a lancé son propre label Betsu Betsu. Des carrières parallèles qui nourrissent aussi sa troisième casquette : celle de fondateur de Hando, les comptoirs à hand rolls, parmi les meilleurs restaurants japonais, qui cartonnent à Paris.
Notre avis sur Hando Champs-Élysées
Nous le retrouvons dans son flagship des Champs-Élysées. Filiforme, jean pattes d’eph, tee-shirt vintage, regard bleu glacier étrangement aussi doux que sharp. Et puis, ce sens de l’accueil dont le naturel impressionne. Volubile, débit réglé sur x2, Adrien Albou parle de cette dernière ouverture avec passion et une vraie vision. C’est peut-être là que notre homme transcende son héritage : dans tout ce qu’il met de lui-même dans chacun de ses projets.
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Hando Champs-Elysées, la nouvelle adresse d’Adrien Albou © lfvrobin
Sur le papier, on craignait un énième comptoir monoproduit, après les bars à sushis, à huîtres ou à crêpes Suzette, rentables (coucou les économies d’échelle !) mais sans âme ni saveur. Force est de constater que c’est exactement l’inverse qui s’est produit. Après trois adresses qui font le plein (rue de Sèvres, près de la Place Vendôme et dans le Marais), Hando Champs-Élysées réussit l’impossible : concilier resto branché et démarche sincère, cuisine pointue et décor curaté, dans cette adresse qui, franchement, ne se moque pas du client.
Un décor signé Friedmann & Versace
Le décor, déjà. Homme de goût, Adrien Albou y signe un travail de curation remarquable, pointu et dans l’air du temps. L’ensemble du projet - 150 m², 100 couverts, terrasse comprise - a été confié au studio d’architecture Friedmann & Versace (derrière MoSuke, le restaurant de Mory Sacko, ou encore Ciro’s, un des meilleurs restaurants de Deauville porté par Barrière). Exit nobori, paravents et vague d’Hokusai, la scénographie mise sur des références contemporaines plutôt que le folklore d’usage. L’esthétique est ultra maîtrisée, tout est fait sur mesure. On y retrouve des matériaux bruts : béton ciré, parquet en chêne huilé, inox brossé, une palette de tons naturels, un comptoir de 33 places complété, nouveauté chez Hando, de plusieurs alcôves avec banquettes pour six, dont un espace privatisable pour des événements.
L’œil se pose sur une magnifique bibliothèque en chêne laissée nue (hormis ces samouraïs sculptés) signée Jean-Guillaume Mathiaut, designer et ami du boss connu pour ses « meubles-paysages », puis glisse vers les chaises habillées de kimonos chinés, et s’attarde sur les panneaux de frêne ornés de tissus racés (Loro Piana, nous glisse-t-on à l’oreille).
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Le plafond peint à la main de l’artiste Shinsuke Kawahara © lfvrobin
La pièce maîtresse, c’est ce plafond peint à la main de l’artiste Shinsuke Kawahara. Sur quatre panneaux de feuilles d’argent, il déploie une fresque onirique où évolue son lapin fétiche, Usagi, simplement esquissé au trait noir, comme bénissant les convives - créatrices de mode, entrepreneurs, socialites vus dans les slide shows de Say Who mais aussi chefs japonais habitués des lieux (si ça, ce ne pas un gage de qualité) - qui engloutissent les bouchées nippones préparées sous leurs yeux.
Que mange-t-on chez Hando Champs-Élysées ?
Voilà pour le décor. Reste l’assiette. Devant tant d’efforts déployés dans le contenant, la chroniqueuse culinaire (à ses heures) que nous sommes pourrait redouter le contenu. Il n’en est rien. Et même mieux : c’est avec sa cuisine qu’Hando emporte la mise. Si les hand rolls, les fameux rouleaux signatures de la maison, restent le cœur de l'expérience, la carte s'enrichit de nouvelles créations imaginées par la cheffe Chiharu (ex Takara à Paris). Ça déroule dès l’entrée une salade de sole en tempura croustillante à la farine de riz, sauce au shichimi, miso blanc, kimchi et œufs de truite. Plus, un dôme d’épinards luisants, imbibés d’une sauce cacahuète-sésame qui se laisse engloutir sans demander son reste. Les aubergines miso ? Fondantes, parfaitement légères malgré la teneur en huile. Quelques nigiri pour les protéines dont un toro chauffé au binchotan et un bœuf de Kobe, Tajima-gyū grade A5 avant la star du bal : ce handroll au black cod, la gourmandise incarnée entre poisson nacré, riz tiède et nori à la croustillance 2000.
On avait dit UN mochi. Raté. La version sésame haricot rouge dévorée, on commande illico celle au matcha, encore meilleure. Normal : ils sont signés Tomo, l’un des meilleurs pâtissiers japonais de la capitale qui offrira bientôt à l’adresse deux desserts signature, un cheesecake et tiramisu au matcha.
Les prix : Plus sages qu'on ne l’imagine. Comptez entre 35 et 50 € pour vraiment profiter de l'expérience, desserts compris.
Verdict : Derrière la hype, du cœur à l’ouvrage, une passion sincère et une vraie cuisine respectueuse des produits et des traditions. Dans le Paris des concepts qui font beaucoup de bruit pour pas grand-chose, mérite plus qu’un coup de chapeau : allez-y.
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Les créations de la cheffe Chiharu © studiomagenta
Hando Champs Elysées
63 rue Pierre charron, Paris 8e
Ouvert 7j/7, service continu (dernière commande à 23h30)
01 43 59 78 78
La musique fait aussi partie de l'expérience. Chaque mois, Hando invite un artiste à composer la playlist diffusée dans ses restaurants. Aurélie Saada, Papooz, Molly Lewis, Sam Quealy ou encore La Femme se sont déjà prêtés à l'exercice, leurs sélections sont disponibles en libre écoute sur Spotify.





