Mireille Gignoux, Pierre Gautrand, le jeudi 12 février 2026Visiter Sainte-Lucie, itinéraire slow tourisme dans un paradis tropical
Pourquoi partir à Sainte-Lucie ?
Nichée dans l’arc des petites Antilles entre la mer des Caraïbes et l’océan Atlantique, visiter Sainte-Lucie est une très bonne idée : ce confetti volcanique au sud de la Martinique est le plus francophile des West Indies. Sa capitale Castries doit son nom au maréchal de Louis XIV, rappelant que durant 150 ans, entre le XVII et le XIXe siècles, elle a changé quatorze fois de mains (tantôt française, tantôt anglaise). Indépendante du Royaume-Uni depuis 1979, Sainte-Lucie garde l’anglais comme langue officielle, mais le kweyol, proche du créole martiniquais, est couramment pratiqué.
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Sainte-Lucie © DR
Depuis quelques années déjà, l'île fréquentée par un grand nombre d'Américains, Canadiens, et Britanniques, trace sa voie vers un avenir plus vert et plus responsable, en particulier dans le sud de l’île. Notre itinéraire pour visiter Sainte-Lucie en 8 étapes incontournables.
Où poser ses valises ? Des hôtels très green
1. Jade Mountain, le sanctuaire des Pitons
Fêtant ses 20 ans en 2026, ce cinq étoiles de Sainte-Lucie perché sur les hauteurs a été imaginé par l'architecte russo-canadien Nick Troubetzkoy avec une audace qui force encore aujourd'hui le respect : chambres ouvertes sans mur côté mer, piscines à débordement privatives dans chaque suite - un concept alors totalement inédit aux Caraïbes, devenu depuis une référence mondiale.
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Jade Mountain © DR
L'architecture est époustouflante. Sept niveaux entrelacés de ponts, passerelles, colonnes, sculptures en verre, jardins suspendus et bassins composent un ensemble qui ressemble davantage à une civilisation miniature qu'à un hôtel. Les 24 sanctuaires ; c'est le terme exact employé par Troubetzkoy, et il est parfaitement justifié ; affichent 180 m² en moyenne, quatre mètres de hauteur sous plafond, et une piscine à débordement offrant une vue à 180° sur les deux Pitons classés à l'Unesco. Pas une piscine partagée, pas un accès commun : une piscine par suite, point final. Le rooftop et son restaurant panoramique restent le clou du spectacle - coucher de soleil sur les Pitons, horizon infini, et cette lumière des Caraïbes qui transforme chaque fin de journée en événement.
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© Jade Mountain
Jade Mountain
A partir de 1,500 euros la nuit
100 Anse Chastanet Rd PO Box 4000, 1000 Soufrière, Sainte-Lucie
Bon à savoir ?
Avant que la conscience environnementale ne devienne une obligation, Nick Troubetzkoy, fut l’un des instigateurs de la Fondation Soufrière. Objectifs : promouvoir, encourager, faciliter les initiatives locales en matière de développement durable. Pour son premier hôtel Anse Chastanet en 1974, et pour le second Jade Mountain en 2006, ce visionnaire a mis en place des pratiques plus responsables qu’il a affinées au fil du temps : utilisation de matériaux locaux, gestion des eaux et de l’énergie, recyclage des déchets, éclairages extérieurs diffusant une lumière jaune (pour ne pas interférer avec le comportement des animaux ou ne pas désorienter les tortues qui viennent pondre sur la plage). Par ailleurs, il s’est engagé à différents niveaux avec les communautés locales, favorisant notamment les circuits courts pour ses restaurants. Il a conçu des chambres à trois murs, dépourvues de climatisation, la ventilation naturelle assurée par de grandes ouvertures. D’autres hôtels à Sainte-Lucie ont adopté une philosophie similaire, avec un cortège d’initiatives qui a valu à certains la certification Green Globe.
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© Ladera Resort
2. Cap Maison, le joyau du nord de Sainte-Lucie
Juché au sommet d'une falaise face à la Martinique, Cap Maison ressemble à une hacienda aux murs blanchis à la chaux, aux toits de tuiles, agrémentée de claustras et de balcons en fer forgé. Ce qui était à l'origine la maison de vacances d'une famille britannique est devenu en 2008 l'un des boutique-hôtels les plus séduisants des Caraïbes - et le seul Relais & Châteaux de l'île, distinction obtenue en 2023. Une reconnaissance méritée, portée en grande partie par un général manager qui infuse dans chaque détail un goût irréprochable. Les 50 chambres réparties dans 22 villas ont été récemment réinventées par le Studio IDC : l'atmosphère d'inspiration mexicaine - bois exotiques, carrelages hispanisants, murs clairs - a été enrichie de tableaux d'artistes locaux et d'objets design qui lui ont redonné un coup de peps bien senti. Les suites de 223 m² sur deux niveaux - salon et salle à manger en bas, lit king-size à baldaquin et dressing en haut - disposent d'un Japanese soaker tub privatif sur le balcon, face à l'océan.
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© Cap Maison
En contrebas du jardin tropical ponctué de patios et de petits bassins privés se cache l'une des plus belles plages privées de l'île. À midi, les pieds dans le sable au Naked Fisherman — sous son toit de chaume caribéen, grillades, snapper et dorado fraîchement pêchés, ambiance décontractée et shooters surprise le dimanche —, on se régale sans chichi. Le soir, on monte au Cliff at Cap, l'une des tables les plus courues de la région : le chef Craig Jones, formé à la française et inspiré par l'île depuis de longues années, y propose une cuisine fusion franco-caribéenne aux associations audacieuses : ceviche de conch et thon Ahi au jus de mangue balsamique, poitrine de Kurobuta aux palourdes et encornets en écume de coco. Face au couchant, avec Pigeon Island à l'ouest et la Martinique au nord, la table offre l'un des couchers de soleil les plus spectaculaires de l'île. La cave mérite une mention particulière : 365 références - Bourgogne, Bordeaux, Miraval - auxquelles s'ajoutent des vins de fruits locaux à la prune, au litchi et à la cerise, curiosités insulaires qui surprennent agréablement.
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© Cap Maison
Cap Maison
À partir de 530 euros la nuit pour une chambre double
Smugglers Cove Drive, Cap Estate, Sainte Lucie
Alternatives ?
Zoëtry Marigot Bay St. Lucia : Surplombant majestueusement la baie de Marigot, ce complexe 4 étoiles propose des chambres et suites élégantes au décor tropical avec balcon ou patio privé. Les hébergements sont dotés d'équipements haut de gamme comme une machine à expresso et un minibar, tandis que les vastes suites ajoutent une cuisine et un salon.
Où manger à Sainte-Lucie ? 2 tables à absolument tester
1. Pink Plantation
Perchée au sommet du Morne, cette colline qui domine Castries, la Pink Plantation surplombe le port, la mer des Caraïbes et, par temps clair, la silhouette lointaine de Moustique. Le cadre serait déjà suffisant. Mais ce qui fait de cette adresse l'une des plus appréciées de Sainte-Lucie, c'est d'abord Michelle - artiste, cuisinière, hôtesse - qui a fait de sa maison un lieu à son image : excentrique, chaleureux, et résolument inclassable. La cuisine fusion créole-française y est délicieuse, servie dans un décor où les toiles de Michelle côtoient des poteries peintes à la main qui ornent chaque table. Plus récemment, trois chambres ont été aménagées pour ceux qui souhaitent prolonger la soirée ou poser leurs valises le temps d'explorer l'île depuis ce promontoire idéalement situé. Chef Harry Drive, Castries Sainte-Lucie. Site officiel
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Pink Plantation © Pierre Gautrand
2. Satchell Orlando
Pas de menu pour ce restaurant à l'entrée du quartier de La Soufrière : uniquement les saveurs de Sainte-Lucie. Le chef Orlando Satchell, installé depuis 13 ans dans une ancienne plantation de café, propose king fish, gombo, soupe épinard-lait de coco et poissons locaux (tuna, mahi mahi). Ancienne règle de maison : ne jamais cuisiner de mauvaise humeur, ne jamais saler ni poivrer, et surtout, partager de l’amour ! Site officiel
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© Pierre Gautrand
Visiter Sainte-Lucie, 9 expériences incontournables
1. Faire l’ascension du Gros Piton
Emblème de Sainte-Lucie, symbolisé sur le drapeau national, les deux majestueux pitons, classés par l'Unesco en 2004, émergent des abîmes océaniques, leurs flancs escarpés recouverts d’une épaisse végétation. Au Petit Piton (743 m), dont le sentier jalonné de cordes aux passages difficiles est très endommagé, préférez le Gros Piton (786 m). Le trek avec un guide-ranger, au départ du village de Fond Gens Libre, est plus long et un peu moins technique, même s’il nécessite une excellente condition physique sur la deuxième partie du parcours. Compter 4 heures A-R avec un départ matinal pour éviter la montée sous la chaleur et prendre le temps d’observer faune et flore endémiques.
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Itinéraire à Sainte-Lucie © Daniel Oberg
2. Randonner sur le Tet Paul Nature Trail
Pour les moins aguerris, dans la zone agricole de Château Belair, le Tet Paul Nature Trail, balade familiale, offre plusieurs points de vue spectaculaires sur la baie de Jalousie et les Pitons. Le sentier d’un demi-mile sinue dans un immense verger tropical, où s’épanouissent goyaviers, avocatiers, bananiers, manguiers, papayers, gombos, ignames et bien d’autres cultures vivrières, ainsi que des plantes médicinales traditionnelles. Ce jardin créole de subsistance, immanquable lorsque l’on visite Sainte-Lucie, garantit une auto-suffisance alimentaire à la communauté qui l’entretient. C’est d’ailleurs un villageois qui guide la randonnée, dévoilant les techniques d’agriculture traditionnelle et les bienfaits des végétaux cultivés.
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Tet Paul Nature Trail, Sainte-Lucie © Mireille Gignoux
3. Visiter l'atelier au bout du monde de Llewellyn Xavier
Il faut un certain temps pour trouver sa demeure. Accrochée au sommet d'une colline du quartier de Cap Estate, la maison-atelier de Llewellyn Xavier s'inscrit d'emblée comme une œuvre en soi : blancheur immaculée, jardin intérieur, et depuis l'atelier, une vue qui embrasse à la fois la mer des Caraïbes et l'océan Atlantique. L'artiste reçoit là, à 80 ans, en compagnie de sa femme Christina et d'une dizaine de chats qui semblent avoir élu domicile dans chaque recoin de la maison.
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© Pierre Gautrand
Chevalier des Arts et des Lettres - distinction remise par Rachida Dati - cet originaire de Sainte-Lucie reste largement méconnu du grand public européen. Paradoxe pour un artiste dont les œuvres sont conservées dans les collections permanentes du Metropolitan Museum of Art et du MoMA à New York, ainsi qu'au Smithsonian Institution à Washington. Ses séries de peintures à l'huile à l'abstraction caribéenne pure juxtaposent couleurs, textures et formes en verre dans un jeu permanent de lumière et de matière - des œuvres sculpturales et lumineuses qui captent quelque chose d'insaisissable : l'énergie des Caraïbes, peut-être, ou simplement celle d'un homme aux multiples vies, qui, dans les années 80, voulait devenir moine bénédictin en Israël.
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© Pierre Gautrand
4. Faire de la tyrolienne à Morne Coubaril
Lors du déclin de la canne à sucre en Martinique, quelques colons européens se sont installés à Sainte Lucie, dont les frères Devaux établis sur ces 250 acres (101 ha) concédés en 1713 par Louis XIV. Racheté en 1960 par la famille Montplaisir, ce domaine préserve les traditions agricoles d’antan, notamment à travers divers ateliers (noix de coco, chocolat, moulin à sucre) agrémentés de démonstrations et dégustations. Des cabanes en bois reconstituées évoquent la vie dans la plantation il y a deux siècles. Tous les midis, un buffet créole permet de goûter saveurs locales et fruits des vergers. Une étape gourmande à ne pas manquer lorsque l’on visite Sainte-Lucie. Pour découvrir les superbes paysages avec une pointe d’adrénaline, direction la tyrolienne. Un parcours de huit câbles de différents niveaux offre des vues impressionnantes sur le Petit Piton et la forêt tropicale adjacente.
5. S’immerger dans l’éden botanique de Fond Doux
Propriété d’une famille de Castries jusqu’en 1949, Fond Doux Estate a été racheté en 2006 par Lyton et Eroline Lamontagne, passionnés d’architecture et d’écotourisme. Le couple a restauré dans une démarche durable 17 éco-cottages (parfois des cases d’esclaves) et remonté pièce par pièce une traditionnelle demeure coloniale du XVIIIe vouée à la démolition, la Villa Angelina (qui a abrité le prince Charles et Camilla Parker-Bowles lors d’un séjour sur l’île). Outre ces hébergements tout indiqué lors d’un itinéraire à Sainte-Lucie, ce jardin d’éden de 55 ha se prête à une balade botanique guidée à la découverte de plantes, de myriades de fleurs, de 50 espèces de fruitiers et de 120 espèces d’arbres, dont des cacaoyers qui peuvent atteindre 7 mètres de haut. Tapi dans cette végétation tropicale, le restaurant jardin cacao élabore des plats préparés avec les produits bio maison, les poissons et viandes achetés localement. Côté boisson, la spécialité de la plantation est le thé de cacao, infusion traditionnelle épicée à base de cannelle et de muscade.
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Villa Angelina © Mireille Gignoux
6. Fabriquer son chocolat au Rabot Estate
Autre plantation ancestrale, le domaine Rabot, qui, outre le 4 étoiles Hôtel Chocolat, abrite une ferme de cacao. Elle propose une expérience multi sensorielle, sous l’appellation Project Chocolat, un concept agrotouristique immersif, qui relie la culture éthique du cacao aux amateurs de tablettes chocolatées. Deux options : le Tree to Bar inclut une visite du domaine, qui explique chaque étape de la fève, du semis au produit final. Le Bean to Bar conte l’histoire du cacao, avec dégustation de pulpe d’une cosse fraîchement coupée. Dans les deux cas, le programme s’achève par la fabrication de sa propre barre de chocolat. À la boutique, on peut aussi tester la production-maison, où les arômes fruités, épicés ou floraux émoustillent les papilles.
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Atelier chocolat au Rabot Estate © DR
7. Plonger au cœur du volcan
La caldera Qualibou, ou volcan de la Soufrière, correspond à un effondrement de 12 km2 survenu il y a environ 32 000 ans. Au centre, encadré par les deux pitons, des lacs de soufre sont apparus en 1766 après la dernière éruption volcanique. Aujourd’hui, dans ce sulphur spring park, à faible distance derrière une palissade, on peut observer des solfatares, fumerolles bouillonnantes à l’odeur soufrée, projetées depuis 2000 m de profondeur. Ces petits geysers boueux émergent d’un paysage quasi-lunaire, cerné par une nature luxuriante.
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Visiter Sainte-Lucie et ses bains de boue © Mireille Gignoux
En contrebas, les bassins d’eau chaude naturelle (38-40 °C) de couleur gris-noir incitent peu à la baignade. Pourtant cette immersion, accompagnée d’un enveloppement de boue, constitue un excellent gommage corporel et apaise coups de soleil, piqures d’insectes et douleurs articulaires. Cette pratique ancestrale a été initiée en 1784 par le baron de Laborie, gouverneur de l’île. Les échantillons d’eau saturée de minéraux, analysés par les médecins de Louis XIV, avaient révélé des propriétés identiques à celles d’Aix-les-Bains. sulphurspringstlucia.com
8. Visiter la Distillerie Saint-Lucie
Dans la vallée de Roseau, l'une des plus fertiles et des plus verdoyantes de Sainte-Lucie, la St Lucia Distillers Group produit depuis plus d'un siècle le rhum le plus consommé de l'île. La visite, ouverte du lundi au vendredi de 9h à 15h, emmène dans les entrailles du processus : cuves de fermentation, colonnes de distillation, et explication détaillée de la transformation de la mélasse en rhum. Derrière la production, une famille - les Barnard, planteurs et distillateurs depuis plus d'un siècle - et une équipe passionnée de distillateurs, assembleurs et ingénieurs qui ont hissé la maison parmi les références mondiales du genre. Plus de 25 rhums et produits dérivés au catalogue, des récompenses accumulées dans les concours internationaux les plus exigeants, et cette conviction chevillée au corps que le meilleur rhum de Sainte-Lucie n'a pas encore été produit.
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© Saint Lucia Distillers
9. Explorer les fonds marins à Anse Chastanet
Nick Troubetzkoy a également contribué à la création de Soufriere Management Marine Area pour la préservation de l’écosystème marin. Au pied de ses hôtels, le récif de l’Anse Chastanet, habillé de gorgones, est habité de plus de 150 espèces de poissons. Pieuvres, turbots tropicaux, poissons-globes, plies de paon, hippocampes… Une profusion inhabituelle dans 20 à 140 pieds d’eau claire. Pas de brevet de plongée ? Optez pour le snorkeling à 10 m de la plage de l’hôtel pour admirer ce superbe panorama subaquatique (prêt de matériel pour les clients).
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Anse Chastanet, Sainte-Lucie © DR
Y aller ?
Rejoindre Sainte-Lucie n’a jamais été aussi simple. Grâce à une accessibilité aérienne renforcée, l’île bénéficie désormais de liaisons optimisées via la Martinique avec Air Caraïbes, en code-share avec Caribbean Airlines.Tout a été pensé pour la sérénité des voyageurs : un parcours fluide avec enregistrement des bagages jusqu'à destination et une arrivée en fin d'après-midi. Cette connectivité simplifiée rend l'évasion caribéenne plus immédiate que jamais.
Fréquences : Vols Paris-Orly (ORY) – Sainte-Lucie (SLU) opérés du jeudi au dimanche.
Assister au Jazz Festival
Événement majeur des Caraïbes, il se tient chaque fin avril sur l’ancienne île d’élevage de pigeons voyageurs. À côté : les ruines d’un fort et un musée de poche qui retrace l’histoire de l’île.





