Pascale Missoud, Le lundi 12 octobre 2026Les plus beaux hôtels de São Tomé-et-Príncipe
Le tourisme en est à ses balbutiements et les deux îles principales avouent une offre hôtelière des plus timides. Volontairement réduite à Principe, elle atteint un bon voire un excellent niveau de confort grâce à la fondation de Mark Shuttleworth qui veille, avec une conscience écoresponsable aigüe, à la préservation de l’île. C’est après avoir résidé au Datai Langkawi, conçu par l’architecte Didier Lefort, que le milliardaire sud-africain a décidé de lui confier la réalisation de l’ensemble de ses hôtels à São Tomé-et-Príncipe : quatre à Principe, dont un en travaux, et un à São Tomé, pensé comme une escale.
1. Sundy Praia | 14 suites entre jungle et océan à Príncipe
D’abord une route goudronnée. Puis, une piste aménagée. On arrive à une ancienne plantation, l’une des plus grandes de l’île. Elle marque l’entrée dans une jungle dense, touffue à souhait. Vingt minutes d’un trajet chaotique, salué par le rire moqueur des cercopithèques. La forêt referme peu à peu son étreinte, avant de s’entrouvrir devant ce lobby à l’atmosphère à la fois chaleureuse et épurée : des étagères pour quelques souvenirs, un long bureau de bois pour vous accueillir, en même temps que ce rafraîchissement bienvenu. On s’installe sur de confortables banquettes ornées de coussins pour un check-in informel.
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Une villa de l’hôtel Sundy Praia © DR
Direction l’une des 14 suites de 70 à 150 m2, certaines avec piscine privée, éparpillées dans ce décor à la Indiana Jones, à l’intimité préservée par la végétation. Sundy Praia est le seul des hôtels du Groupe Principe collection à avoir été construit de toutes pièces. Et l’unique Small Luxury Hotels du pays. Il se devait, pour répondre à la philosophie de l’architecte, de minimiser son impact environnemental. Pas de fondation, mais un procédé ingénieux : d’énormes vis maintiennent un plancher de bois, et des mâts soutiennent une toile épaisse, adaptée au climat et nettoyée tous les trois mois.
Clin d’œil aux maisons de pêcheurs locales, les murs s’habillent de bardeaux. Du bois, il y en a partout. Oui, pour partie importé, afin de ne pas toucher à la précieuse forêt. Un généreux coin salon, deux dressings encadrant un lit king size à baldaquin et, ouverte mais pudiquement dissimulée à l’arrière, la salle de bains : une baignoire en granit, deux lavabos bien distincts. Séparées aussi, une très vaste douche avec fenêtre sur la jungle et, de l’autre côté, les toilettes. On apprécie les produits d’accueil Paciência, créés par les habitants dans la ferme biologique du groupe. Une drôle de malle cabine ; elle cache plateau de courtoisie accompagné de biscuits et un minibar avec un large choix de boissons, à siroter sur la terrasse de 50 m2 aménagée. Tout ici mise sur une élégance discrète, reposante et dépaysante, un Out of Africa qui ne dit pas son nom.
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Le restaurant de l’hôtel Sundy Praia © DR
Les espaces communs prolongent cette même sensation. Le bar, en surplomb de la piscine à débordement qui se confond avec l’océan, réunit les hôtes à l’heure de l’apéritif. Et que dire du restaurant, spectaculaire, que l’on rejoint par une passerelle au-dessus d’un ruisseau qui se jette dans le golfe : conçue entièrement en bambou, cette cathédrale végétale en forme de poisson affiche 24 m de long et une charpente asymétrique de 3 à 11 mètres de haut. Elle joue volontiers avec les lumières naturelles tout au long de la journée.
Le service, anglophone, parfois francophone, une organisation encore hésitante par une réelle gentillesse, et les assiettes la finesse par la générosité et les présentations soignées. Selon les jours, le dîner se fait table d’hôte avec un menu resserré autour d’un combiné entrée-plat-dessert (et des variations pour les éventuelles allergies), ou propose un ou deux choix supplémentaires, se hisse même en repas gastronomique. Un des atouts des hôtels Principe Collection, réside dans leurs excursions en majorité incluses dans le forfait. A chaque jour ses découvertes, qui varient selon les saisons. Et 25 € par client (à partir de 13 ans) et par jour sont reversés pour la protection des écosystèmes de Príncipe et le soutien aux communautés.
On aime : cette crique aux eaux cristallines, bordée d’une plage idyllique, forcément privée. Le seul autre moyen d’y accoster est par la mer.
Sundy Praia
14 suites, prix à partir de 810 euros la nuit
Roça Sundy, Santo Antonio
2. Belo Monte Hotel | Une roça historique transformée en hôtel à Príncipe
Autre étape incontournable, cette roça, une ancienne plantation de cacao, dans le giron du groupe Principe collection depuis 2014. Restaurée une première fois avec soin par Didier Lefort, elle vient tout juste de subir un lifting en profondeur. Toujours par ce même architecte et toujours dans l’optique d’en préserver l'architecture coloniale tout en racontant son histoire. Ainsi, au bout d’un chemin chaotique, l’entrée monumentale étonne autant qu’elle amuse, avec ses créneaux et ses deux tours. De style néomédiéval typiquement portugais, elle marquait le prestige de la plantation. Une belle cour, tout juste aménagée, façon jardin de curé.
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Une lounge de l’hôtel © Belo Monte Hotel
L’ancienne maison de maître abrite les suites et chambres les plus spectaculaires. Hautes de plafond, flanquées de terrasses au rez-de-chaussée, de petits balcons au premier, elles offrent l’apaisante vue sur le golfe de Guinée. Les anciens logements pour les ouvriers, également aménagés en chambres et suites, ouvrent sur la forêt primaire, un spectacle dont on se repaît tout autant. Didier Lefort a la double casquette d’architecte et de designer intérieur. C’est donc lui aussi qui a supervisé l’ensemble de la décoration. Résolument contemporaine, et avec des touches toujours africaines.
Des parquets et des tomettes dans la maison principale, de grands carrelages dans les dépendances mais aussi des sculptures éthérées ou des tableaux colorés, des rayures bien tempérées, le confort d’un fauteuil ou d’un canapé : l’accord parfait pour une pointe d’excentricité, où le luxe s’infiltre avec naturel. Jusque dans les espaces communs, où le mélange des genres confère à l’atmosphère un indubitable charme : des photos locales, des tableaux modernes, des lustres anciens, au bar comme dans le restaurant aux étagères emplies d’objets d’art. On dîne le plus souvent sur la terrasse, salués par le ballet quotidien des chauve-souris.
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Une chambre de l’hôtel © Belo Monte Hotel
Les plats ? On apprécie leur présentation soignée et, pour les gourmands, leur générosité. On peut dîner en amoureux, éclairés de chandelles, au bas de l’escalier, près de la piscine. Rénovée et relookée, elle est surveillée par un second bar. A l’élégance des bâtiments en latérite, également repeints, s’ajoute la beauté des panoramas, époustouflante. On dégringole une vingtaine de minutes à pied pour explorer l’une des plus belles plages du pays, Praia Banana. Eau turquoise et sable fin : le décor avait d’ailleurs séduit pour une publicité une célèbre marque de rhum dans les années 1990. En remontant, on admire le contraste saisissant avec cette végétation particulièrement dense tout en grands arbres et fougères, lianes et mousses, ces collines couvertes de forêt primaire. Quant à ces petites maisons, délivrant encore une autre vue sur la mer, elles hébergeront très bientôt un petit spa et une salle de fitness.
On aime : de novembre à février, à la nuit tombée, on contemple les tortues marines qui viennent pondre sur Praia Grande. Puis, jusqu’en avril, c’est le ballet des nouveau-nés qui rejoignent l’océan.
Belo Monte Hotel
17 clés, prix à partir de 495 euros la nuit
Roça Belo Monte, Île de Príncipe, Santo António
3. Hôtel Bom-Bom | Entre forêt tropicale et océan
Sortie du petit aéroport de Principe, moins d’1/4 d’heure après, vous voici arrivé. Il revient de loin cet hôtel en bord de mer du groupe Principe Collection, le premier sur lequel a travaillé Didier Lefort. Lorsqu’il le visite, en 2012, l’hôtel est en piteux état ; à tel point que la question se pose de le détruire. Mais la philosophie de l’architecte et du commanditaire Mark Shuttleworth prône, au moins dans un premier temps, la rénovation.
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© Hôtel Bom-Bom
Et, finalement, avec ses 18 bungalows tout en matériaux locaux, l'hôtel 4 étoiles a vraiment fière allure. Ce n’est pas sur la superficie que l’on choisit son cocon - tous affichent 20 m2 - mais l’emplacement : entre les bungalows avec vue sur la piscine, ceux perchés sur une colline, enfouis dans la végétation tropicale ou contemplant l’océan et, nos préférés, ceux situés directement sur la plage. Tous climatisés, ils se prolongent par des terrasses aménagées de 15 à 25 m2. Du lobby au beach club, la décoration, contemporaine, célèbre l’Afrique par petites touches : un tableau très coloré ici, une photo en noir et blanc, des coussins aux motifs géométriques ailleurs.
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Le bar de l’hôtel © Hôtel Bom-Bom
On s’installe sous le toit de chaume du restaurant ou sur la terrasse. Certes, il faut savoir être un peu indulgent : les plats sont authentiques, préparés avec des produits de saison et locaux, mais la carte est courte et le service un peu désorganisé. Deux plages, une de chaque côté, du sable fin : difficile de rêver meilleure porte d’entrée vers l’océan.
On aime : Au départ de l’une des plages, la balade en pirogue à moteur pour admirer, depuis les flots, la superbe forêt primaire, les pics de l’île et ces étonnants orgues de basalte.
Bom Bom Hotel
18 clés, prix à partir de 450 euros la nuit
Sundi, São Tomé-et-Principe
4. Roca Sundy | Une plantation historique bientôt métamorphosée
Quelques mots sur le 4e établissement du groupe à Principe. Actuellement fermé, il va subir une transformation radicale, sans pour autant altérer sa personnalité : Didier Lefort reste à la tête du programme. Pour l’heure, on en visite toujours la partie plantation, pour tout connaître de la cabosse à la tablette de chocolat. Deux ans de travaux sont prévus pour aménager des hébergements de 3 à 5 étoiles entre chambres sobres dans les anciennes senzalas, les logements rudimentaires destinés aux esclaves puis aux travailleurs, coquette guest-house et maison de maître réhabilitée. Prévus également, un restaurant, une piscine dans les anciennes écuries et même un spa. Mais le projet va plus loin, avec notamment la création d’un centre culturel avec artistes en résidence pour quelques mois, un amphithéâtre et des boutiques. Le but ? Valoriser l’ensemble des arts locaux, de la poésie à la musique, de l’artisanat – balbutiant aujourd’hui – à la sculpture, de la littérature à la peinture.
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© Roca Sundy
5. Omali São Tomé |
Seul établissement du groupe Principe Collection sur l’île de São Tomé, il n’est qu’à 5 minutes de l’aéroport. Il sert de pied-à-terre - indispensable au vu des horaires d’avion - avant de s’envoler pour Principe. Un accueil accort, dans ce petit lobby vite envahi et, en fil conducteur, une atmosphère africaine très chaleureuse. Pour rejoindre l’une des 30 clés, 10 chambres et 20 suites de 20 à 55 m2, réparties dans des petits bâtiments peints en bleu pastel, on traverse un vaste jardin verdoyant au cœur duquel trône une piscine entourée de transats. Un pool bar où l’on se retrouve immanquablement le soir, et même un terrain de tennis, oublié dans un recoin. On peut l’avouer, nonobstant la qualité de la literie et pour simple mais joyeuse que soit la décoration, l’ensemble des chambres nécessite un rafraîchissement. Le bâtiment principal, bien plus pimpant, accueille un salon de lecture, un autre bar et le restaurant, adresse prisée des locaux et des hommes d’affaires étrangers.
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La classic room © Omali São Tomé
La cuisine reste fidèle à l’esprit de l’île : locale, saisonnière, sans sophistication inutile mais bonne et servie avec générosité. Comme le petit déjeuner buffet, riche en pâtisseries maison. Généralement, les touristes restent ici une ou deux nuitées au retour de Principe pour visiter également la grande île. Son atout principal - la proximité de l’aéroport - devient alors un inconvénient. Il faut compter 25 minutes à pied, souvent sous un soleil de plomb, pour relier le centre de la capitale. Pas de navette - elle ne sert que pour les transferts depuis et vers l’aéroport - mais des taxis aux prix très élevés : on privilégie alors la location d’une voiture avec ou sans chauffeur pour préserver sa liberté.
On aime : L’efficacité du service de réception, prompt à dégotter un guide francophone, même au dernier moment.
Omali
30 clés, prix à partir de 203 euros la nuit
Omali São Tomé
6. Roça São João dos Angolares
On quitte la capitale pour filer sur la côte sud-est de l'île, dans la région de São João dos Angolares, face à la baie de Santa Cruz. Cette roça faisait partie des grandes plantations de cacao de l’île avec sa maison de maître, ses bâtiments agricoles et ses logements d’esclaves. Elle fut sauvée par un homme, João Carlos Silva, à la personnalité haute en couleurs, qui rencontra un vif succès dans une célèbre émission culinaire portugaise. Tout à la fois cuisinier, artiste plasticien, entrepreneur culturel, il se veut le gardien d'une certaine mémoire de São Tomé.
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Roça São João dos Angolares © Secrets du Monde
Ainsi, il a transformé cette belle demeure en établissement singulier mi-hôtel, mi-guest-house, adresse confidentielle doublée d’un lieu culturel. La déco ? Tout en mobilier ancien, objets retrouvés sur place, agréablement éclectique. En sus de la dizaine de chambres (mais on se concentre sur les 6 de la maison principale avec vue sur la mer), d’une bibliothèque et d’une galerie d’art, il y installe son restaurant gastronomique, considéré comme la meilleure table du pays.Sa cuisine repose sur une idée évidente et une envie sincère : raconter son île dans l'assiette, à travers les poissons et le cacao, les plantes et les épices de son jardin et les fruits tropicaux. On y vient aussi pour la douceur de vivre qui en émane et la vue, à couper le souffle sur la baie.
On aime : Au risque de se répéter, la qualité et l’inventivité du restaurant
Roca Sao Joao dos Angolares
6 chambres, prix à partir de 54 euros la nuit
4JQX+J3J São João Angolares, São Tomé



