Christine Robalo, Le vendredi 16 octobre 2026Restaurants ouverts le dimanche à Paris : 5 tables pour sauver son week-end
Paris le dimanche offre un spectacle bien connu : la ville feint d'appuyer sur pause, les familles promènent au parc des enfants qu'elles ont à peine croisés de la semaine, et l'on se bouscule au musée pour rentabiliser un pass culture avec des ados boudeurs. Mais pendant que certains s'infligent cette marche forcée, la bonne gastronomie, elle, prend massivement sa RTT. Le piège ? Céder au premier piège à gogos par pure flemme, ou se résoudre à une médiocre option livrée devant la télévision. Qu'on cherche un vrai grand déjeuner dominical qui s'éternise, une envie spontanée en milieu d'après-midi ou un dîner d'esthète pour faire un bras d'honneur au spleen du lundi matin, voici cinq restauranst ouverts le dimanche àP aris qui valent le détour.
1. Matka : la revanche de la gastronomie polonaise
Parmi les restaurants ouverts le dimanche à Paris, Matka réconcilie avec la cuisine d’Europe de l’Est que l'on croyait condamnée au triste sort des pommes de terre à l'eau, du chou triste et des lendemains de guerre froide. C’était compter sans Piotr Korzen. Façonné à la rigueur d'un trois étoiles chez Thierry Marx au Mandarin Oriental, le chef polonais s'est mis en tête de réhabiliter le patrimoine culinaire de sa mère (Matka en VO). Derrière une devanture qui ne paye pas de mine rue Quincampoix, l'architecte Aurélia Chalier a concocté un boudoir mi-bistrot, mi-datcha contemporaine : lourds rideaux et coussins à fleurs champêtres, boiseries sombres et banquettes rouge profond où s'avachir mollement pour oublier le marasme du dimanche.


Dans l'assiette, la réhabilitation du terrois slave relève du miracle d'ingénierie : la zalewajka, subtile déclinaison du żurek, la soupe au levain de seigle, réveille le palais avec son bouillon acidulé escorté d'uszka aux champignons des bois, de pickles et de pommes de terre, les pierogi (les raviolis locaux) troquent leur pâte épaisse pour une finesse quasi nippone et le gołąbki, modeste chou farci à l'agneau, ressort du four nappé d'un laquage si gourmand qu'il ferait pleurer une grand-mère de Cracovie. On termine avec un sernik (le cheesecake local) retravaillé au potimarron, pain d’épices, poires et coings, histoire d'achever d'un coup de cuillère les derniers vestiges de notre scepticisme.
Le verdict : C'est la claque hédoniste que personne n'avait vue venir. On y va pour terrasser le spleen dominical à coups de réconfort slave, et l'on repart avec l'envie pressante d'annuler tous ses prochains brunchs pour ne plus jurer que par le chou fermenté.
Les prix : Formules déjeuner 39 €. À la carte, entrées à partir de 12 € et plats à partir de 24 €.
Matka
78, rue Quincampoix, Paris 3e
Site officiel de l’établissement
2. The Bell : le pub anglo-indien qui pimente les Halles
Le quartier des Halles le dimanche sert trop souvent de point de chute stratégique pour la banlieue venue coloniser la capitale à la sortie du RER. C’est là, sur la place Marguerite-de-Navarre, que Felipe Da Silva et Stanislas Denet ont eu la folle idée d'implanter un pub hybride, loin des rades poisseux à la moquette douteuse et des chaînes de restauration rapide sans âme. Le designer écossais Jim Hamilton y a sculpté un décor feutré où les boiseries profondes, le marbre et les banquettes en cuir feignent la respectabilité britannique sous un éclairage intelligemment tamisé.


Le vrai choc culturel se joue en cuisine. Passé par les brigades sur-diplômées des palaces à Paris Le Peninsula et le Ritz, le chef Felipe Da Silva applique la rigueur du palace à un mashup britanno-indien jubilatoire. Les pakoras de chou-fleur et d'oignon se canaillent à l'ossau-iraty, tandis que le Mumbai rarebit dézingue la tradition galloise avec un cheddar gratiné au vadouvan et des pickles d'oignons rouges sur baguette croustillante. Mention spéciale au sandwich de haddock pané à la mayonnaise au curry et au butter chicken mijoté dans les règles de l'art à partir de volaille française bien née. Le tout s'arrose de bières artisanales locales ou de cocktails au kummel qui font oublier instantanément que demain c’est lundi !
Le verdict : Une vraie belle surprise culinaire que ce restaurant ouvert le dimanche au milieu du désert gastronomique des Halles. On y vient pour la curiosité de l'assemblage britanno-indien, on y reste pour la maîtrise technique des assiettes et la justesse d'épices qui réveille le palais sans l'anesthésier.
Les prix : entrées à partir de 4 € et plats à partir de 13 €.
The Bell
8 place Marguerite de Navarre, Paris, 1e
Site officiel de l’établissement
3. ChoCho : du hip-hop, de la fermentation et zéro concession
L’axe branché de la rue de Paradis héberge la résidence d'un ex-candidat de Top Chef qui a eu l'élégance d'éviter l'écueil du piège à fans. Formé au Pratt Institute de Brooklyn puis affûté dans les brigades de Thierry Marx et d'Atsushi Tanaka, le chef franco-américain Thomas Chisholm déroule un manifeste culinaire décloisonné, rythmé par du hip-hop nineties sous de grands néons rouges. Dans cette vaste salle pensée autour d'un imposant comptoir ouvert, le sourcing ultra-pointu fait bon ménage avec les expérimentations du sous-sol, transformé en laboratoire de lacto-fermentations, vinaigres et condiments.
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Le restaurant ChoCho ouvert le dimanche à Paris © DR
À la carte, le format tapas à partager impose sa liberté : les assiettes défilent avec une obsession pour le goût fumé au binchotan. On navigue entre un chawanmushi de tête de veau marinée pimpé d'une ravigote percutante, des haricots verts à la braise associés à la pêche de vigne et un miso de noisette, ou un crabe mou en tempura escorté d'une vinaigrette de bisque et satay. Les carnivores se disputeront le ragoût de fraise de veau aux pleurotes et myrtilles picklisées avant d'exécuter le rituel maison : le fameux « plat à saucer », une fin d'assiette gourmande à nettoyer avec un pain dédié.
Le verdict : Une vraie leçon d'audace culinaire qui prouve qu'un restaurant branché dans le 10e arrondissement peut aussi aligner une certaine rigueur d'exécution. C'est vif, créatif, porté par l'énergie communicative de la salle.
Les prix : assiettes entre 13 € et 29 €.
ChoCho
54, rue de Paradis, Paris 10e
Site officiel de l’établissement
4. La Base (La Fondation) : la brasserie qui fait oublier la comédie hôtelière
Dans un 17e arrondissement souvent coincé entre la rigueur bourgeoise du parc Monceau et le gentrification policée des Batignolles, un ancien parking des années 1960 a subi un ravalement de façade à plusieurs millions d'euros. Bienvenue à La Fondation, navire amiral 5 étoiles revu par le studio new-yorkais Roman & Williams, où le béton brut et les néons croisent le très chic marbre sans trembler. Mais au lieu de réserver ses mètres carrés au snobisme d'initiés, le rez-de-chaussée héberge La Base : une brasserie grand angle qui s'ouvre généreusement sur la rue Legendre. On adorait déjà son club de sport exclusif on aime pouvoir s’y attabler le dimanche.
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La Base © La Fondation
En cuisine, le chef Thomas Rossi (ex-brigade Jean-François Piège) s'attelle à dépoussiérer le registre bistrotier sans céder aux tics de l'époque. La carte déroule des classiques français envoyés avec une technique qui fait mouche à tous les coups : l'œuf mimosa s'émancipe à l'ail noir, la tatin d'oignons de Roscoff s'escorte d'une crème crue au thym, et l'aubergine se fait carrément traiter comme un steak au poivre. Pour les orthodoxes de l'assiette, le tartare de bœuf flanqué de jaune d'œuf confit et de sa brioche à piquer ou le poulet rôti et son jus corsé font le travail sans fausse note. On s'achève avec une charlotte aux fruits de saison avant de filer gratter une vue panoramique au rooftop de l'hôtel.
Le verdict : Le couteau suisse idéal du dimanche pour s'offrir le cachet d'un palace new-yorkais sans devoir subir le folklore guindé du service d'hôtel.
Les prix : Entrées à partir de 12 €, plats à partir de 22 €.
La Base (La Fondation)
40, rue Legendre, Paris, 17e
Site officiel de l’établissement
5. Sharmaji : l'assassinat en règle des clichés gastronomiques de Bollywood
Avec sa complice Sangmi Lee, le chef Manoj Sharma pose un vrai pavé dans la mare des restaurants indiens de la capitale. Diplômé des recettes familiales et libéré des chichis d'apparat, le couple orchestre dans un écrin pourpre et ocre signé Marine Castanier une brasserie contemporaine qui remet les pendules à l'heure : zéro folklore poussif, mais une cuisine d'auteur brute, sincère et percutante.
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© Sharmaji
Dans les assiettes, les clichés volent en éclats dès le premier coup de cuillère. L'épaule d'agneau Lamb Ghee Roast aux saveurs du Karnataka aligne un juteux qui donne envie de saucer jusqu’à la dernière goutte, tandis que le Goan Beef Rôti, un plat-de-côtes aux épices de Goa ou les calamars sautés au piment et feuilles de curry montent sérieusement la tension. Les végétariens ne sont pas là pour faire de la figuration : le Paneer Safran Korma d'inspiration moghole dispute la vedette aux Three Lentille Texture relevées de tamarin. On arrose cette orgie d'épices avec des Garlic Naans brûlants servis minute et un Gulabi balancé à la vodka, fraise et cardamome.
Le verdict : Ce restaurant du 15e s'avère le contre-pied parfait aux adresses sans âme, idéal pour s'offrir un vrai choc des saveurs le dimanche sans risquer le coma digestif.
Les prix : Entrées à partir de 14 €, plats à partir de 27 €.
Sharmaji
16, rue Frémicourt, Paris 15e
Site officiel de l’établissement
6. Imperial Treasure : le sacre de la haute voltige chinoise à deux pas du Triangle d'Or
Les Champs-Élysées le dimanche bruissent trop souvent de fausses promesses culinaires et de pièges à touristes égarés. Pour échapper à cette comédie, il faut filer discrètement rue de Bassano, où l'architecte Jean-Philippe Nuel a sculpté un écrin feutré mariant le chic haussmannien à la préciosité des traditions asiatiques. Seul restaurant chinois étoilé de l'Hexagone, Imperial Treasure ne joue évidemment pas dans la catégorie du buffet à volonté dominical. Ici, le chef Gao Xiaosheng, figure tutélaire de la cuisine Huaiyang, originaire de Yangzhou, applique une rigueur impériale à un répertoire où chaque geste frôle l'orfèvrerie.


L'attraction centrale reste le canard laqué pékinois (Silver Hill), préparé selon un rituel immuable : séchage millimétré, double cuisson et découpe orchestrée sous vos yeux. On en déguste d'abord la peau croustillante à sec, comme les empereurs de la Cité Interdite, avant d'enrouler la chair tendre dans de fines crêpes faites main. Le reste de la carte s'articule autour d'un travail d'une précision diabolique sur les dim sum : Xiao Long Bao shanghaiens gorgés d'un bouillon brûlant, Chang Fen de riz vapeur croustillants à la crevette, ou cette poitrine de porc shanghaienne qu'un vernis ambré et caramélisé transforme en pur pêché de gourmandise. Pour arroser ce banquet, la cave aligne près de 300 références de grands crus et des flacons de Moutai rares qui remettent quelques idées en place !
Le verdict : Le luxe ultime du dimanche pour qui veut snober le brunch à Paris tiède et s'offrir une véritable immersion dans la haute gastronomie chinoise. Une démonstration de maîtrise technique sans équivalent dans la capitale.
Les prix : Menu déjeuner en 6 temps à 86 €. Entrées à partir de 18 €, plats à partir de 32 €.
Imperial Treasure
44, rue de Bassano, Paris, 8e
Site officiel de l’établissement



