Éléonore BounhiolÉléonore Bounhiol, Le vendredi 25 septembre 2026
Hôtels

Les plus beaux hôtels brutalistes du monde

Brut de décoffrage, le brutalisme ? Pas tout à fait avec ces 5 hôtels de luxe où béton, design léché et grand confort font bon ménage.
  • Les plus beaux hôtels brutalistes autour du monde © Paraderos Todos Santos
    Les plus beaux hôtels brutalistes autour du monde © Paraderos Todos Santos
Le mouvement connaît aujourd’hui un spectaculaire retour en grâce et inspire une nouvelle génération d’architectes

Il est massif, radical, volontiers austère et n’a jamais cherché à faire l’unanimité. Pourtant, près de soixante-dix ans après ses débuts, le brutalisme, courant mal-aimé de l’architecture du XXe siècle, prend sa revanche. Sous le soleil du Mexique, au cœur de Londres ou face aux pistes enneigées, ses blocs de ciment se muent en refuges design, ses lignes abruptes accueillent un confort cinq étoiles… Et le contraste fait mouche. La preuve avec 5 hôtels où le luxe s'habille de béton armé.

Le brutalisme en quelques mots

Du béton à foison, des lignes franches et des volumes qui ne font pas dans la dentelle : né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le brutalisme s’impose dans les années 1950 avant de connaître son âge d’or dans les décennies 1960 et 1970. Son nom dérive du « béton brut » cher à Le Corbusier (entre autres), laissé apparent avec ses aspérités et parfois même les traces de son coffrage. Pour les brutalistes, pas question de masquer la structure sous les ornements : poutres, piliers et matériaux assument pleinement l’esthétique du bâtiment, quitte à donner naissance à des silhouettes massives. Le brutalisme, un « vilain petit canard du design » ? C’était sans compter sur le cycle des esthétiques ; le mouvement connaît aujourd’hui un spectaculaire retour en grâce et inspire une nouvelle génération d’architectes, qui réchauffent sa radicalité à coups de bois, de végétation et de lumière naturelle… Jusque dans l’hôtellerie de luxe.

  • La façade de l’hôtel brutaliste © Hôtel Marcel New Haven
    La façade de l’hôtel brutaliste © Hôtel Marcel New Haven
     

1. Hôtel Marcel (New Haven) | Un hôtel brutaliste signé Marcel Breuer

À New Haven, dans le Connecticut, l’Hôtel Marcel s’est planté à quelques mètres de l’autoroute I-95, dans l’ancien siège de l’Armstrong Rubber Company. Le bâtiment ? Un imposant bloc de béton percé de centaines de fenêtres, suspendu au-dessus d’un socle plus bas par une faille de deux étages. Derrière cette drôle de silhouette achevée en 1970, un grand nom : Marcel Breuer, ancien maître du Bauhaus devenu l’une des figures majeures du modernisme et du brutalisme américain. Passé ensuite entre les mains de Pirelli puis d’Ikea (qui en démolira au passage une partie), l’édifice est abandonné pendant près de deux décennies avant d’être racheté en 2019 par l’architecte et promoteur Bruce Redman Becker. Trois ans de travaux plus tard, le mastodonte de béton s’offre une nouvelle vie sous drapeau Tapestry Collection by Hilton et, joli clin d’œil, emprunte le prénom de son créateur : bienvenue à l’Hôtel Marcel.

  • La Corner Room © Hôtel Marcel New Haven
    La Corner Room © Hôtel Marcel New Haven
     

Malgré son lifting, le colosse a conservé l’essentiel de son caractère, sa façade de béton préfabriqué et son impressionnante structure d’origine. Le cabinet Dutch East Design s’est plutôt employé à réchauffer les intérieurs avec du bois, du terrazzo, des textiles graphiques et un mobilier aux accents mid-century (la mythique chaise Cesca, dessinée par Breuer en 1928, s’est d'ailleurs invitée dans les 165 chambres et suites). Autre évolution, et non des moindres : ouvert en 2022, l’hôtel écoresponsable fonctionne sans combustibles fossiles et entièrement à l’électricité, notamment grâce à plus de 1 000 panneaux photovoltaïques alimentant son propre micro-réseau. Une icône brutaliste qui, un demi-siècle après sa construction, a donc décidé de se mettre au vert. Preuve que même le béton sait vivre avec son temps.

Hotel Marcel New Haven, Tapestry Collection by Hilton
165 clés, à partir de 159 dollars la nuit
500 Sargent Dr, New Haven, États-Unis

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2. Hôtel Totem (Flaine) | L'hôtel brutaliste à la montagne

Les chalets en bois, les balcons sculptés et les toits pentus couverts de neige ? Très peu pour Flaine, station haut-savoyarde au curieux destin. À la fin des années 1950, le géophysicien Éric Boissonnas et l’architecte Gérard Chervaz découvrent ce vallon du Grand Massif et font le pari d’y faire surgir une station de sports d’hiver moderne. Avec son épouse Sylvie, grande amatrice d’art, Boissonnas confie les clés du projet à Marcel Breuer (tiens, encore lui), ancien maître du Bauhaus et futur architecte du Whitney Museum de New York. Son parti pris ? Tourner le dos au folklore alpin et miser sur le brut : volumes géométriques, béton préfabriqué, pierre locale et façades taillées en « pointes de diamant »… Inaugurée à la fin des années 1960, Flaine s’est ainsi muée en étonnant laboratoire d’architecture à 1 600 mètres d’altitude, avec l’art contemporain pour compagnon de piste : une monumentale Tête de Femme d’après Picasso surgit près du Totem, les drôles d’arbres noirs et blancs de Dubuffet prennent racine sur le Forum, les Trois Hexagones colorés de Vasarely dominent la galerie marchande... Même l’Auditorium cache son trésor : une fontaine cinétique de Pol Bury.

  • © Hôtel Totem
    © Hôtel Totem
     

C’est dans ce drôle de musée à explorer skis aux pieds que se découvre le Totem, l’un des hôtels les plus insolites des Alpes. Sa façade exhibe les fameux panneaux préfabriqués en béton tandis qu’à l’intérieur subsistent plusieurs témoins de l’époque, dont deux cheminées monumentales conçues par Marcel Breuer & Associates (l’une s’admire côté bar, l’autre dans la Suite Loft).

  • La Suite Loft © Hôtel Totem
    La Suite Loft © Hôtel Totem
     

Entièrement rénové en 2015, l’hôtel de luxe à la montagne s’amuse des contrastes, opposant à la grisaille rigide du béton une esthétique joyeuse, tout en couleurs et clins d’œil arty. Les clés plus désirables mirent plein sud vers les pistes : de la chambre Classique Montagne de 18 m² jusqu’au spectaculaire Loft de 150 m² prolongé par 90 m² de terrasse, avec trois chambres, cheminée et vue panoramique sur les Alpes. À l’heure de passer à table, pas de nappe à carreaux ni de folklore savoyard forcé : la Friendly Kitchen résume l’esprit décontracté des lieux avec son mobilier rétro, ses grandes tablées et sa terrasse face aux montagnes. On y picore tapas et petits plats après le ski, et de généreuses assiettes de buffet le soir. Et pour achever de réconcilier béton et cocooning, l'hôtel spa à la montagne aligne trois cabines de soins, deux saunas et surtout un jacuzzi extérieur visant les sommets. Le brut sait aussi se faire franchement confortable.

Hôtel Totem - Friendly Hotel & Spa
96 clés, à partir de 169 euros la nuit
Flaine Forum, 74300 Arâches-la-Frasse

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C’est d’ailleurs ici qu’est née Sometimes Radio, la fréquence de la maison The Standard

3. The Standard (London) | L'hôtel brutaliste à l'esprit seventies

Parmi les hôtels brutalistes les plus singuliers, difficile de passer à côté de ce bloc de béton aux contours pop, posé face à la très victorienne gare de St Pancras et tout droit échappé des seventies. Avant de devenir The Standard en 2019, le bâtiment abritait la Camden Town Hall Annexe, édifice municipal achevé en 1974 et longtemps mal aimé des Londoniens. Menacé de démolition, l'hôtel brutaliste est finalement sauvé puis métamorphosé par l’agence Orms, qui conserve l’essentiel de sa structure (ses panneaux de béton préfabriqués, son rythme répétitif de fenêtres, ses plafonds à caissons) tout en lui greffant un spectaculaire ascenseur rouge extérieur qui grimpe le long de la façade jusqu’aux derniers étages.

  • La façade brutaliste de l’hôtel © The Standard London
    La façade brutaliste de l’hôtel © The Standard London
     

À l’intérieur, le béton change radicalement d’humeur. L’agence Shawn Hausman Design a puisé dans le répertoire des années 1970 pour imaginer un franc kaléidoscope de moquettes épaisses, de bois sombre, de courbes généreuses, de couleurs franches et de mobilier rétro futuriste. Les 266 chambres vont des petits cocons avec lit simple aux suites avec terrasse et baignoire extérieure, certaines laissant apparaître les plafonds de béton d’origine. Et puis, dans l’ancienne bibliothèque municipale, devenue Library Lounge, une petite cabine vitrée abrite le Sounds Studio, où artistes, DJs et autres oiseaux de nuit viennent enregistrer, jouer ou simplement prendre le micro. C’est d’ailleurs ici qu’est née Sometimes Radio, la fréquence de la maison The Standard.

  • Une suite de l’hôtel © The Standard London
    Une suite de l’hôtel © The Standard London
     

Pour s’imprégner des lieux le temps d’une soirée, on prend un verre au Double Standard, charmante adresse croisant diner américain et pub britannique au rez-de-chaussée, avant de filer au dixième étage avec le fameux ascenseur vitré pour goûter la cuisine mexicaine de Decimo et observer un bout de la ville à ses pieds. Juste à côté, le cocktail bar Sweeties cultive l’art du rooftop branché, avec DJ sets et concerts au programme. Une vraie machine à remonter le temps, bande-son comprise.

The Standard, London
266 clés, à partir de 207 pounds la nuit
10 Argyle St, London, Royaume-Uni

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Une forteresse néo-brutaliste qui, malgré ses lignes radicales, cherche à se fondre dans le paysage

4. Paradero (Todos Santos) | Un mirage de béton en Basse-Californie

Au beau milieu du désert de Basse-Californie, d’étranges bunkers couleur sable émergent entre cactus, palmiers et champs cultivés. Bienvenue à Paradero, refuge adults only ouvert en 2021 à quelques kilomètres de la petite ville bohème de Todos Santos. L’idée des architectes Yashar Yektajo et Rubén Valdez  ? Imaginer une sorte de forteresse néo-brutaliste qui, malgré ses lignes radicales, cherche à se fondre dans le paysage. Sur 12 000 m², le parcours serpente entre volumes en béton, patios, passages et escaliers qui apparaissent puis disparaissent selon l’orientation du regard. Même le jardin, signé POLEN Arquitectura de Paisaje, brouille les pistes : pendant plus d’un an, des espèces endémiques ont été élevées spécialement pour recréer les variations naturelles de la végétation du désert, sans irrigation superflue.

  • © Paraderos Todos Santos
    © Paraderos Todos Santos
     

Dans cet hébergement insolite, uniquement des suites aux murs de béton nu, en tête-à-tête avec le paysage : certaines s’ouvrent sur un jardin avec hamac ou baignoire extérieure, d’autres (les Sky Suites) grimpent sur les toits avec leurs étonnants « star nets », de grands filets suspendus où s’allonger pour observer le ciel nocturne. Au centre du complexe, les yeux avertis reconnaîtront peut-être la piscine à débordement et sa spectaculaire terrasse en demi-lune, portion la plus photogénique de l’hôtel au Mexique déjà aperçue dans bien des magazines. Et pour décrocher tout à fait, direction l’Ojo de Agua Spa, où massages et soins inspirés des traditions mexicaines côtoient yoga, méditation, sound healing et cérémonies de temazcal, l’ancestral bain de vapeur mésoaméricain. Le terroir se taille aussi une place à table : le restaurant Tenoch peaufine une cuisine mexicaine contemporaine mâtinée de précision japonaise, avec produits du potager, céréales nixtamalisées, fermentations et poissons locaux. Surf, randonnées dans le désert, cours de cuisine et farniente au soleil remplissent le reste de l’agenda. Un oasis d’un nouveau genre qui promet de réconcilier même les plus frileux avec le brutalisme.

Paradero Todos Santos
41 clés, à partir de 415 dollars la nuit
La Mesa KM 59 +3100, Degollado, Todos Santos, Mexique

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5. At Six (Stockholm) | Le grand hôtel brutaliste de Stockholm

Sur Brunkebergstorg, en plein cœur de Stockholm, At Six occupe un imposant bâtiment brutaliste imaginé dans les années 1970 par les architectes suédois Boijsen & Efvergren. Ironie de l’histoire : conçu à l’origine pour devenir un hôtel à Stockholm, le colosse n’accueillera finalement jamais ses premiers voyageurs et passera une bonne partie de son existence sous les couleurs de Swedbank. Il faudra attendre 2017 pour que le projet initial prenne enfin forme, à la faveur d’une vaste opération destinée à réveiller cette place autrefois mondaine, devenue au fil des décennies un quartier de bureaux… un brin austère. Les clés du chantier sont confiées à Universal Design Studio, qui, sans toucher à l’architecture d’origine (la façade est protégée) s’est attaqué à un défi autrement plus délicat : faire entrer chaleur et raffinement dans ce grand bloc brutaliste.

  • © Hôtel At Six
    © Hôtel At Six
     

Mission réussie dès le lobby, où les belles matières (pierre sombre, acier noirci, bois, cuir et marbre) installent une ambiance pointue. Dans la même veine, l’art se glisse partout dans l'hôtel : une monumentale tête de marbre signée Jaume Plensa accueille les visiteurs au pied de l’escalier, et des œuvres d’Olafur Eliasson, Julian Opie ou Sol LeWitt émaillent les dix étages. Les 343 chambres et suites, habillées de teintes sourdes et de mobilier aux lignes mid-century, profitent des grandes fenêtres du bâtiment d’origine, lorgnant Brunkebergstorg ou, plus haut, les toits de Stockholm. Certaines suites grimpent jusqu’à 115 m².

  • La brasserie de l’hôtel © Hôtel At Six
    La brasserie de l’hôtel © Hôtel At Six
     

Pour l’animation et les papilles, nul besoin d’aller bien loin : au balcon du rez-de-chaussée, la Brasserie At Six revisite les grands classiques européens avec quelques inflexions nordiques tandis que l’intimiste Blanche & Hierta invite à piocher parmi une belle sélection de vins et de petites assiettes à partager. La soirée peut se prolonger autour des créations maison du Cocktail Bar ou, aux beaux jours, en hauteur sur le rooftop Stockholm Under Stjärnorna : 1 200 m² de terrasses ouvertes sur les toits de la capitale, rythmées par les bars, concerts, DJ sets et séances de cinéma en plein air. Quarante ans après le rendez-vous manqué, le vieux bloc de bureaux a enfin trouvé sa vocation d’hôtel urbain : autant repaire lifestyle qu’adresse de caractère !

Hôtel At Six
343 clés, à partir de 190 euros
Brunkebergstorg 6, Stockholm, Suède

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