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Mathieu Belay, Le jeudi 26 mars 2015
Food
On a testé l’Atelier Etoile de Joël Robuchon : notre verdict en 5 points
On a testé l’Atelier Etoile de Joël Robuchon : notre verdict en 5 points
De Singapour à Tokyo en passant par Paris, la superstar de la gastronomie Joël Robuchon a décliné son concept d’Atelier partout dans le monde avec l’ambition intacte de proposer une gastronomie décontractée et accessible. Pari réussi ?

On poursuit notre tournée des tables étoilées parisiennes, en s’attaquant cette fois à un mythe de la gastronomie française, Joël Robuchon (20 restaurants dans 11 villes pour un record de 25 étoiles au Michelin) et son fameux concept d’Atelier qu’il a popularisé auprès des gourmets du monde entier.

La philosophie des Ateliers du chef le plus étoilé au monde (pas moins de 28 étoiles à travers le globe) ? Désacraliser la très codifiée gastronomie française, en la rendant plus accessible, tant par ses prix que par son approche inspirée des comptoirs japonais, le tout dans un esprit snack de luxe dans l’air du temps.

Un pari ambitieux donc pour celui qui prête dans le même temps son nom à des plats préparés qui n’ont de gastronomiques que le nom. Le résultat est-il à la hauteur des deux étoiles que le Guide Michelin a attribué au restaurant de la Rive Droite ? Notre opinion sur le sujet ci-dessous.

Le contexte

Déjeuner à l’Atelier Joël Robuchon le mercredi 10 mars 2015, deux convives.

Dans la salle

Une fois n’est pas coutume, on commence notre article par le cadre du restaurant car il contribue à tracer les contours du concept de l’Atelier lui-même.

C’est donc sur des tabourets que l’on prend place, face à un comptoir en L derrière lequel est installée la cuisine, ouverte, du restaurant.

Volontairement sombre, simplement parsemé de touches de couleur rouge, l’univers est résolument masculin, reprenant à son compte les codes des fumoirs chics ou clubs pour gentlemen. Plongé dans ce décor atypique, l’attention sans cesse attirée par l’action en cuisine, on finit même par apprécier l’absence de fenêtre, comme s’il s’agissait de se couper du monde pour mieux apprécier l’instant présent.

On notera enfin qu’une salle plus traditionnelle cohabite avec le comptoir mais ne présente que peu d’intérêt : l’absence de lumière naturelle, le manque de volume et les coloris sombres rendant la pièce oppressante.

Dans l’assiette

Soucieux de ne ni trop dépenser, ni trop manger, on opte pour ce déjeuner pour la formule le plus abordable du menu : 43€ pour un amuse-bouche, une entrée, un plat et un dessert.

C’est donc avec un « royal de foie gras, cappuccino de parmesan au porto » que les hostilités commencent. On est immédiatement séduits par cet amuse-bouche qui se joue du sempiternel foie gras pour le revisiter avec une légèreté particulièrement bienvenue.

Voilà qui est de bon augure pour la suite.

L’amuse-bouche de ce déjeuner : royal de foie gras, cappuccino de parmesan au porto.
L’amuse-bouche de ce déjeuner : royal de foie gras, cappuccino de parmesan au porto.

 

On continue avec l’entrée : l’œuf de Poule mollet et friand, salade de pissenlit au magret de canard fumé. Si on est un peu circonspect quant à l’utilisation de la vaisselle à motif, on ne peut qu’applaudir la cuisson en tout point parfaite de l’œuf. A défaut d’être originale, cette entrée est à la fois désarmante de simplicité, diablement précise et drôlement gourmande.

Subsiste tout de même un léger doute sur l’assaisonnement de la salade, qui nous paraît un peu trop prononcé... Rien de grave pour autant.

L’œuf de Poule mollet et friand, salade de pissenlit au magret de canard fumé : une entrée gourmande et superbement exécutée.
L’œuf de Poule mollet et friand, salade de pissenlit au magret de canard fumé : une entrée gourmande et superbement exécutée.

La composition simple de la dorade en tartare onctueux aux sucs de tomates épicés ne doit pas faire oublier à quel point le produit est bien travaillé. Pas plus de révolution que pour l’œuf de poule, mais une constance dans l’exécution, toujours irréprochable.

La Dorade en tartare onctueux aux sucs de tomates épicés 
La dorade en tartare onctueux aux sucs de tomates épicés

On poursuit le déjeuner avec le plat principal (qui requiert un supplément de 12€) : L’Agneau, mijoté doucement aux épices, mousseline de patate douce. Une bouchée suffit pour comprendre la philosophie du plat – et celle de l’Atelier de manière générale. Pas de velléités créatives particulières mais la volonté, omniprésente, de sublimer des plats aux saveurs bien connues de nos palets.

Et on ne peut qu’applaudir devant la réussite de ce pari : l’agneau, incroyablement fondant, est à tomber. Tout comme la purée. Jamais un plat, aussi simple de par sa composition, nous a semblé si bon. Chapeau bas.

 

L’agneau, mijoté doucement aux épices, mousseline de patate douce 
L’agneau, mijoté doucement aux épices, mousseline de patate douce.

On termine par les choux glacés à la vanille de Tahiti, chocolat coulant. Des profiteroles en somme. Même principe : un plat connu de tous, souvent « lourdingue », mais préparé ici avec beaucoup de finesse. On est en cran en dessous de l’agneau mais l’esprit est là ; la gourmandise, maître mot de ce déjeuner, intacte.

Les choux glacés à la vanille de Tahiti, chocolat coulant.
Les choux glacés à la vanille de Tahiti, chocolat coulant.

 

Le service

Décontracté sans jamais être désinvolte, le service reste professionnel et sympathique en toutes circonstances. On apprécie, entre autres, le fait de ne jamais être poussé à la consommation. Et on a pu constater la capacité des serveurs à fournir moult explications sur le menu, y compris en anglais, auprès des clients en faisant la demande.

Les prix

Ils sont étonnamment abordables pour un restaurant doublement étoilé. Il faut dire que malgré ses deux étoiles, l’Atelier n’a pas vocation à concurrencer les grandes tables des Ducasse, Alléno, Fréchon ou Le Squer.

On pourra ainsi déjeuner à partir de 43€ pour une formule incluant un amuse-bouche, entrée, plat, dessert ou fromage. Les portions sont réduites mais nous paraissent amplement suffisantes pour un déjeuner. Pour 20€ de plus (soit 63€) on pourra ajouter une entrée supplémentaire, pour 83€ c’est un second plat qui s’ajoutera au menu qui s’effectuera alors en six services.

Le rapport qualité/prix est tout bonnement excellent (malgré la présence de suppléments de 12€ pour certains plats) ; la présence de vin au verre à 7€ le verre ne gâche rien.

Le soir, les formules disparaissent et les prix augmentent, forcément. Comptez 130 à 180€ pour les menus dégustation, 80 à 160€ à la carte.

Atelier Etoile de Joel Robuchon - L’addition 
L'addition de ce déjeuner : 120€ pour deux convives.

 

Notre verdict

On se demandait si l’Atelier n’était pas qu’un « coup marketing » de l’un des papes de la gastronomie française. La réponse est clairement non. Cadre chic, concept séduisant cuisine impeccable, rapport qualité-prix exceptionnel (en particulier dans le 8ème arrondissement, réputé pour ses tables chères et médiocres), on reviendra déjeuner à l’Atelier Etoile les yeux fermés.
 

Pratique

L’Atelier Etoile de Joël Robuchon

133 avenue des Champs Elysées (à l’entresol du Publicis Drugstore)
75008 Paris

Ouvert tous les jours de 11h30 à 15h30 et de 18h30 à minuit

Tél : +33 1 47 23 75 75
Site Web 

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