Emmanuelle Dreyfus, Le lundi 04 mai 2026Villa Médicis : dormir dans l’adresse la plus secrète de Rome
Le pitch | Une nuit enchantée dans l’histoire des arts
Peu de voyageurs savent qu’il est possible de dormir à la Villa Médicis, l’un des hôtels de Rome les plus secrets. Édifiée au XVIe siècle pour le cardinal Ricci da Montepulciano avant d’être acquise en 1576 par le cardinal Ferdinand de Médicis, fervent collectionneur et mécène, la Villa est devenue au fil du temps bien davantage qu’un palais romain. Elle incarne depuis des siècles la présence artistique française en Italie. On n’y dort pas dans une chambre ordinaire, mais dans un lieu où Berlioz, Debussy, Fragonard, David, Ingres, Lili Boulanger, Balthus, Jean-Michel Othoniel ou Eva Jospin ont travaillé, observé, douté, créé.
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Séjour artistique, le grand salon de l’Académie de France à Rome © Daniele Molajoli
Fondée en 1666 par Louis XIV, l’Académie de France à Rome s’y est installée en 1803 et accueille chaque année seize pensionnaires venus y développer leur recherche. Depuis 2009, des chambres sont également proposées aux visiteurs assez curieux pour connaître l’adresse et assez organisés pour réserver au moins deux mois à l’avance. Depuis sa nomination en 2020, Sam Stourdzé, ancien pensionnaire de la section cinéma, a donné une nouvelle impulsion à l’institution pour en faire un lieu en mouvement où patrimoine, design, artisanat et création contemporaine dialoguent. Sous son impulsion, le programme Réenchanter la Villa Médicis a confié salons, jardins et chambres à une nouvelle génération de créateurs. Une manière de rappeler que les grandes maisons ne survivent qu’à condition de continuer à se réinventer.
Vue d'ensemble | Quand la porte se referme sur les derniers visiteurs
Depuis les jardins de la Villa Médicis, Rome se déploie en contrebas. La façade blanche, ornée de bas-reliefs antiques installés à l’époque de Ferdinand de Médicis, domine les parterres ordonnés, l’obélisque du XVIe siècle et, au loin, le dôme de Saint-Pierre. Peu d’adresses offrent un tel face-à-face avec la ville.
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Façade de la Villa Médicis à Rome © Daniele Molajoli
À l’intérieur, la Villa superpose les temps au lieu de les opposer. Plafonds et décors peints par Jacopo Zucchi, gypsothèque peuplée de moulages, mobiliers modernisés sous l’impulsion de Richard Peduzzi, designer et directeur de la Villa de 2002 à 2008, salons réinventés par Kim Jones et Silvia Venturini Fendi, chambres ouvertes à la visite pimpées par India Mahdavi, fresques retrouvées patiemment restaurées : rien n’y sonne comme un décor figé. Le passé n’est pas sous cloche, il continue de produire du présent.
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Salon de la Villa Médicis au design contemporain © Daniele Molajoli
Mais c’est le soir que tout bascule, quand les visiteurs s’évanouissent derrière les lourdes portes qui se referment. Il temps alors de rejoindre sa chambre, par un escalier en colimaçon ou par une passerelle suspendue, et vivre, le temps d’une nuit, comme si l’on était l’un des pensionnaires.
Les chambres | Un pont entre passé et présent
Ne vous attendez pas à un service hôtelier, ici pas de concierge ni de room service, chacun monte sa valise dans sa chambre. D’un côté, il y a les chambres historiques installées dans le palais. De l’autre, les chambres d’hôtes de l’aile sud, anciens logements d’artistes transformés en manifeste de design contemporain. Dans le palais, deux chambres d’exception cultivent le grand récit. « Debussy » et « Galilée », du nom de leurs illustres occupants, redessinées en 2023 par India Mahdavi, marient couleurs franches, marqueteries graphiques et décors anciens avec une étonnante justesse.
Dans l’aile sud, six chambres d’environ 40 m2 viennent d’être repensées, grâce notamment au soutien de la Fondation Bettencourt Schueller. Confiées à des tandems de designers et d’artisans d’art, elles composent un panorama stimulant de la création actuelle. « Studiolo », signé Sébastien Kieffer et Léa Padovani avec Atelier Veneer, revisite le cabinet d’étude en bois recyclé. « Camera Fantasia », par Studio GGSV, Matthieu Lemarié et Paper Factor, transforme le papier en illusion minérale. « Il cielo in una stanza », imaginée par Zanellato/Bortotto avec Incalmi, enveloppe l’espace de bleus célestes et de cuivre émaillé. « Pars pro Toto », d’Eliane Le Roux, Miza Mucciarelli et Claudio Gottardi, préfère l’épure et la chaux mate. « Stratus Surprisus », de Constance Guisset avec Simon Muller et Pierre Gouazé, multiplie les surprises et les usages. Enfin, « Isola », conçue par Sabourin Costes avec Estampille 52, organise la pièce avec vue traversante autour d’une grande table en bois et d’une banquette rayée qui invite à s’y lover.
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Réserver la chambre Isola de la Villa Médicis, Italie © Daniele Molajoli
La chambre à réserver ? « Isola » pour son allure d’atelier idéal ouvert sur les jardins, d’un côté, et la ville, de l’autre, « Il cielo in una stanza » pour son lyrisme chromatique, « Debussy » ou « Galilée » pour dormir dans des chambres habitées par les grands noms qui ont fait la renommée de la Villa Médicis.
Ce que l'on a aimé à La Villa Médicis :
- Le jardin des parterres au petit matin, lorsque Rome scintille en contrebas et que les citronniers installés par l’artiste franco-japonaise Natsuko Uchino, dans leurs pots de terre cuite d’Impruneta gravés de vers de Laura Vazquez, semblent composer un poème à ciel ouvert ;
- La gypsothèque, ancien atelier devenu réserve des moulages en plâtre et cette fascinante statue passée de Napoléon à Louis XVIII au gré des régimes ;
- Les nouvelles chambres d’hôtes, où le design ne cherche jamais à impressionner mais à rendre l’espace plus juste, jusque dans ses détails les plus discrets.
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© Daniele Molajoli
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À voir, à faire à la Villa Médicis ?
- Avant même d’y passer la nuit, la Villa Médicis se découvre de jour à travers ses visites guidées des salons historiques, des jardins et de la gypsothèque, indispensables pour comprendre la richesse du lieu.
- On peut aussi profiter de l’une des expositions, nocturnes et rendez-vous culturels qui rythment la saison.
- L’été, la Villa s’anime encore plus avec des expositions d’artistes contemporains (Pol Taburet, cet été) et des pensionnaires, le Festival des Cabanes dans les jardins et des soirées spéciales.
- Depuis la Villa Médicis, Rome commence presque au pied des jardins. La Trinité-des-Monts et la place d’Espagne se rejoignent en quelques minutes, tout comme les allées du Pincio et le parc de la VillaBorghese, parfaites au petit matin. La Galleria Borghese, à réserver bien en amont, reste l’un des grands chocs esthétiques de la ville. Plus bas, le Palazzo Doria Pamphilj déploie ses salons baroques dans une relative discrétion. Pour déjeuner loin des zones saturées, cap sur Prati, de l’autre côté du Tibre, et ses restaurants de Rome sans folklore.
- Et pour finir la journée, direction l’Aventin. Au portail du Prieuré des Chevaliers de Malte, un trou de serrure suffit à offrir l’une des visions les plus romaines qui soient : une allée de jardin parfaitement cadrée, au bout de laquelle apparaît le dôme de Saint-Pierre.
Villa Médicis Académie de France à Rome
Viale della Trinità dei Monti, Rome
Chambres : 6 nouvelles chambres d’hôtes rénovées (aile sud) + 2 chambres historiques, prix à partir de 280 euros la nuit (chambres d’hôtes), 450 euros la nuit (chambres historiques)
Site officiel de l'établissement
Les demandes se font par e-mail à standard@villamedici.it, au moins deux mois à l’avance, en précisant le type de chambre et les dates souhaitées.







