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Florence Valencourt, Le jeudi 14 octobre 2021
Food
"World's 50 Best" 2021 : ce que l'on retient au-delà du classement
Contrairement à ce que certains critiques voudraient faire accroire, les World's 50 Best ne se résument pas à un classement qui aurait une dent contre les Français... C'est aussi un mouvement d'encouragement des cuisines du monde entier et des chefs de demain. Les « 50 Next » ou les « Champions of Change » en sont la preuve.

À l'inverse du palmarès principal des World's 50 Best qui a récompensé Noma pour ce cru 2021, les « 50 Next » ne sont pas un classement. Il n'y a pas d'ordre de mérite. C'est simplement une liste qui distingue 50 des entrepreneurs de la gastronomie de demain, dont la vision est la plus novatrice, la plus porteuse de changement. Les candidats, qu'ils soient scientifiques, artistes, chefs, producteurs ou barmen, doivent avoir moins de 35 ans (exception faite des reconversions) et « repousser plus loin les frontières de la gastronomie ». La sélection est effectuée sur dossier, par les membres du bureau des 50 Best en concertation avec leur partenaire, le Centre Culinaire Basque. Les candidats retenus ne reçoivent pas de dotation, mais sont mis en lumière lors des différents événements de l'organisation.

C'est ainsi qu'à l'occasion de la remise des prix à Anvers le 4 octobre 2021, on a pu découvrir le travail passionnant de la jeune Adelaide Lala Tam, artiste "food designer", installée à Rotterdam. La jeune chercheuse s'intéresse plus spécifiquement aux moyens de rapprocher le citoyen des grandes villes du système de fonctionnement de la production alimentaire. Constatant que le consommateur final est souvent complètement décorrélé des réalités de l'agriculture, elle s'est investie très personnellement dans le processus pour ouvrir les yeux au grand public et ainsi pousser à une consommation plus responsable. C'est ainsi qu'est né le projet « Romie », du nom de la vache qu'Adelaide Lala Tam a achetée pour mener son expérience. Mêlant photo, data science, études de marché et psycho-sociologie, le projet Romie déroute et convainc à la fois. Un bel exemple de la volonté des 50 Next, donc. À noter qu'un événement dédié spécifiquement aux « 50 Next) devrait avoir lieu début janvier 2022 à Bilbao.

Les « Champions of Change » quant à eux, sont des personnalités de la gastronomie souvent méconnues du grand public, mais qui de par leur activisme, leur militantisme même, font bouger les lignes et favorisent une plus grande égalité et une plus grande inclusivité, dans la gastronomie, mais aussi dans la société tout entière. Ils font partie intégrante des 50 Best Awards 2021. Les trois lauréats, distingués pour leur action exemplaire pendant la pandémie, ont tous reçu une donation « subsantielle » provenant du « 50 Best Recovery Fund » pour les aider à mener leurs projets encore plus loin.

Parmi eux, le travail du chef Kurt Evans, basé à Philadelphie, est particulièrement intéressant. Pointant des chiffres accablants dans la communauté des Africains-Américains — 20% de la population des États-Unis pour 80% de la population carcérale du pays — le chef a lancé en 2018 « End Mass Incarceration », une série de dîners pour mettre à la même table les acteurs de la communauté et les politiques afin de trouver des solutions concrètes, de lancer des programmes d'aide et de réinsertion. En 2020, il a co-créé « Everybody Eats Philly », un vaste programme de distribution alimentaire dans des quartiers de la ville qui sont en proie à la plus grande insécurité alimentaire. Pendant la pandémie, Kurt Evans est évidemment monté au créneau et a participé à Drive Change, un programme pour faciliter la réinsertion des anciens prisonniers par le travail dans la restauration et a poursuivi cet engagement cette année en créant avec d'autres acteurs de la communauté « Down North Pizza » à Philly, dans le même but. Un véritable activiste dont on n'a vraisemblablement pas fini d'entendre parler !

On le voit, les activités du 50 Best à l'année vont bien plus loin que la désignation des 50 meilleurs restaurants du monde. Dommage que la plupart des observateurs, pourtant chantres du « monde d'après », se contentent encore aujourd'hui, quand le monde de la gastronomie aurait besoin d'être uni, de regarder exclusivement la partie émergée de l'iceberg...

Plus d'informations sur theworlds50best.com

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