Christine RobaloChristine Robalo, Le mardi 07 avril 2026
Grand angle

Marrakech, de Guéliz à Sidi Ghanem notre guide quartier par quartier

Marrakech séduit plus que jamais les Français. C’est une ville dans laquelle on revient volontiers, encore et encore, sans jamais s’en lasser. De la médina aux ateliers de Sidi Ghanem, elle se révèle morceau par morceau. Suivez le guide.
  • Marrakech, de Guéliz à Sidi Ghanem : les 5 quartiers à explorer pour comprendre la ville rouge © Annie Spratt
    Marrakech, de Guéliz à Sidi Ghanem : les 5 quartiers à explorer pour comprendre la ville rouge © Annie Spratt
  •  Marrakech, de Guéliz à Sidi Ghanem : les 5 quartiers à explorer pour comprendre la ville rouge © Jardins de la Médina
    Marrakech, de Guéliz à Sidi Ghanem : les 5 quartiers à explorer pour comprendre la ville rouge © Jardins de la Médina
  •  Marrakech, de Guéliz à Sidi Ghanem : les 5 quartiers à explorer pour comprendre la ville rouge © Jardins de la Médina
    Marrakech, de Guéliz à Sidi Ghanem : les 5 quartiers à explorer pour comprendre la ville rouge © Jardins de la Médina
Pour comprendre cette ville qui ne dort que d'un œil, il faut oser quitter les sentiers battus de la place Jemaa el-Fna

On croit connaître Marrakech, ses riads en dentelle, ses souks enivrants et ses palmiers découpés sur un soleil couchant de carte postale. Pourtant, la Ville Rouge ne se livre jamais d'un seul bloc. Elle se déguste par fragments, comme on effeuillerait une pastilla pour en révéler, sous le sucre glace, les couches successives de complexité, d'histoire et de pure création.

  • Marrakech ©Amani Allan
    Marrakech ©Amani Allan
     

Derrière les clichés, Marrakech se déploie aujourd'hui comme un kaléidoscope de quartiers, chacun possédant son rythme, sa lumière et son propre accent. Guéliz, la moderne, joue les bohèmes urbaines quand la médina, labyrinthique, continue de pulser au cœur du passé. Plus secrète, la Kasbah garde les traces du temps des sultans, tandis que l’Hivernage, chic et feutrée, vit à l’heure des palaces. Enfin, Sidi Ghanem, l’industrielle arty, insuffle un vent radicalement contemporain à la cité. Pour comprendre cette ville qui ne dort que d'un œil, il faut oser quitter les sentiers battus de la place Jemaa el-Fna. On y découvre alors cinq mondes, cinq atmosphères qui racontent la métamorphose d’une métropole où l’ancien dialogue sans complexe avec le design, la fête et l’avant-garde. Découvrez notre sélection des bonnes adresses à Marrakech.
 

1. Guéliz, la moderne bohème

Le quartier s’étire avec cette élégance un brin désuète des villes nouvelles coloniales, où les lignes Art déco des années 1930 croisent désormais les enseignes les plus pointues. Jadis conçu par les Français, ce morceau de ville a gardé son allure européenne tout en s’ouvrant à une modernité marocaine décomplexée. Ici, on vit à l’heure des cafés où se croisent créateurs et laptop addicts, sous une lumière que seule l'Afrique sait offrir.

  • Café, Guéliz ©Peter Thomas
    Café, Guéliz © Peter Thomas
     

C’est le long de l’avenue Mohammed-V, entre la Poste centrale de la place du 16-Novembre et la place Abd el-Moumen Ben Ali, que le pouls de la ville s'accélère vraiment. On y flâne entre galeries et terrasses design, là où les larges artères et les feux tricolores tentent d'imposer un ordre urbain, souvent mis au défi par le slalom créatif des mobylettes. Au cœur de ce ballet, le Carré Eden impose sa stature de verre, occupant l'emplacement où, il y a une éternité, un modeste marché aux fleurs réconciliait les amoureux pour le prix d'une botte de roses.

Aujourd'hui, le romantisme a changé de visage : les fleurs ont cédé la place aux balcons convoités et aux mètres carrés qui s’arrachent à prix d’or. Guéliz est devenu le territoire d’une jeunesse connectée et d’expatriés en quête d’une authenticité urbaine, loin du méli-mélo des souks. Le soir venu, la vie prend de la hauteur sur les rooftops, suspendue entre un verre de vin marocain et le murmure lointain des scooters qui irriguent les grandes artères.

Où dormir ?

L'hôtel 5 étoiles Le Radisson Blu a été le premier à parier sur cet îlot de béton et de verre. L’architecte Karim El Achak a imaginé ce lieu comme un grand square introverti de 2000 m², tournant le dos au vacarme du boulevard. À l’intérieur, on est loin du folklore : les décorateurs ont tricoté une atmosphère "zen-orientale" où s’affichent le noyer, le lin et les tapis berbères. Les 198 chambres sont séparées de la salle de bains par un paravent coulissant qui réinvente le moucharabieh. Dans les suites, si les baignoires signées Starck n’arrache pas un cri d'extase, l'artisanat chiné apporte ce supplément d'âme qui manque souvent aux grandes enseignes.

  • © Radisson Blu Hotel, Marrakech Carre Eden
    © Radisson Blu Hotel, Marrakech Carre Eden
     

Le véritable spectacle se joue au patio, autour d'une piscine chauffée aux parois de résine transparente qui dévoilent le ballet des baigneurs comme dans un aquarium géant.

Radisson Blu Hotel, Marrakech Carre Eden
193 chambres prix à partir de 209 euros la nuit
166-176, avenue Mohammed V, Marrakech

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Le Bab Hôtel joue une partition radicalement différente, loin de ce gigantisme. Avec seulement 45 chambres et suites tendues de blanc et de gris qui tranche avec l’ocre omniprésent. On vient ici pour l'insonorisation parfaite, un luxe rare dans cet hôtel de luxe à Marrakech qui mérite d’être souligné, et pour cette piscine tout en longueur perchée sur la terrasse qui invite à la paresse. On est à deux pas du Jardin Majorelle, mais, ici, l'agitation semble appartenir à une autre monde.

  • © Bab Hôtel
    © Bab Hôtel
     

Bab Hôtel
45 chambres, prix à partir de 158 euros la nuit.
Angle Bd Mansour Eddahbi et Med El Beqal, Guéliz

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Où manger ?

Le Grand Café de la Poste

Une escale immuable que l'on retrouve dans tous les guides de la planète, attirant une foule cosmopolite qui s’y presse avec la certitude d'être au bon endroit. L’attente pour une table en terrasse peut parfois s’étirer mais le décor signé par le Studio KO mérite que l’on patiente un peu. Les architectes ont magnifiquement ressuscité cet ancien relais postal pour en faire une brasserie coloniale au chic absolu. Une fois installé sous les ventilateurs de plafond, on retrouve les grands classiques du répertoire français : un tartare de bœuf coupé au couteau, un coquelet rôti ou un petit salé aux lentilles qui semblent sortir tout droit d'une brasserie parisienne. C’est bruyant, vivant, terriblement élégant le soir à la lueur des chandelles, et cela reste, malgré l'afflux touristique, le point de ralliement stratégique pour observer le ballet de la place du 16-Novembre. Angle Bd El Mansour Eddahbi et Av Imam.

  • Le Salon © Le Grand Café de la Poste
    Le Salon © Le Grand Café de la Poste
     

Sahbi Sahbi

Ici, le Studio KO a encore frappé ! À deux pas du Grand Café de la Poste, Karl Fournier et Olivier Marty signent avec Sahbi Sahbi (« l'âme sœur ») un manifeste architectural vibrant. Ici, l'artisanat se fait moderne sous un plafond déconstruit et des murs en zelliges cuits au noyau d’olive. On s’installe au bar pour observer le ballet central d'une brigade exclusivement féminine. C’est le triomphe des dadas : tanjia fondante au four à bois le soir ou couscous d'anthologie le vendredi. 37 Bd El Mansour Eddahbi.

 

  • © Sahbi Sahbi
  • © Sahbi Sahbi

 


 

Pétanque Social Club

Le jardin caché le plus convoité du quartier. C’est la résurrection spectaculaire d'un ancien boulodrome des années 1930, orchestrée par Kamal Laftimi (déjà derrière le Café des Épices). Repaire des "oiseaux de nuit" marrakchis, ils se retrouvent dans un décor d'upcycling savant où les volets sont devenus des tables et les fauteuils club proviennent de la Mamounia originale. Entre la bibliothèque pointue et le jardin arboré, on vient y siroter un Sahara Spritz (rose du désert et safran) au son d'une playlist impeccable. En cuisine, le poulpe grillé aux pois chiches et les pasta al forno au chèvre sauvage justifient à eux seuls de se perdre dans cette oasis urbaine, à l'abri du tumulte des boulevards. 70 Bd El Mansour Eddahbi.

  • © Petanque Social Club
    © Pétanque Social Club

 

Farmers

C'est une belle histoire de reconversion que celle d'Aziz Nahas, ancien banquier casablancais devenu le chantre de la permaculture locale. Dans son restaurant Farmers -l'un des meilleurs restaurants de Marrakech- il importe littéralement sa ferme de 10 hectares, le Sanctuary Slimane, au cœur du bitume de Guéliz. Dans cette salle de 44 couverts aux tables de noyer brut, sous les lièvres facétieux peints par Sarah Edwards, le chef autodidacte Driss Aloui compose une partition "nature". On y déguste des tacos d'agneau mémorables ou une dorade à la harissa, escortés de fleurs de courge frites et d'herbes fraîchement cueillies. La démarche est totale, jusque dans les verres : le cocktail Midnight Corbusier, à base de mahia distillée à la datte et de ras el hanout, est une petite claque sensorielle. C’est chic, engagé, et surtout diablement bon. 96, rue Mohamed El Bequal.

  • © Farmers
    © Farmers

 

Et aussi :

  • Blue Ribbon : La boulangerie-café attenante à Farmers, parfaite pour un petit-déjeuner tardif ou une infusion aux herbes du jardin dans un cadre qui fleure bon le Marrakech des années 1930.
  • Ice Mama : Pour une pause radicale, l'enseigne réinvente la glace artisanale. On y vient pour la pureté des produits et des saveurs qui claquent, comme la fleur d'oranger ou l'amlou.
  • +61 : Propulsé par un trio venu de Sydney, +61 (l'indicatif de l'Australie) injecte une brise décontractée et solaire au cœur de Guéliz. Dans cette cantine chic qui prône le partage, on se régale de poulpe au chimichurri ou de pâtes maison, le tout sourcé auprès de maraîchers bio locaux.

Où faire du shopping ?

Les sacs et pochettes en éponge de chez Lalla se sont imposés comme les indispensables de toute garde-robe marrakchie qui se respecte. On craque pour un tee-shirt en coton délavé au concept store Sook Paris, avant de succomber au charme d'une photo originale chez Marie Bastide. Le secret pour les initiés ? Chaque premier mercredi du mois, Marie convie sa communauté au sous-sol pour un tea time unique, moment de partage suspendu au cœur de Guéliz.

  • © Lalla
    © Lalla
Ce dédale de 600 hectares reste le plus vaste du Maghreb, un théâtre à ciel ouvert où 28 000 maisons s'agglutinent sous l'œil éternel de la Koutoubia

2. La médina, le cœur battant

Rien n’a vraiment changé dans la médina, ou presque. Inscrit à l’Unesco depuis 1985, ce dédale de 600 hectares reste le plus vaste du Maghreb, un théâtre à ciel ouvert où 28 000 maisons s'agglutinent sous l'œil éternel de la Koutoubia. Ce minaret du XIIe siècle, modèle de sobriété almohade, demeure le seul repère fiable pour qui refuse de s'abandonner totalement au chaos poétique des ruelles. Les artisans y martèlent toujours le cuivre et les senteurs d’épices s’élèvent des échoppes, mais le décor se fissure pour laisser place à l'avant-garde.

  • Dans les souks de la médina ©ElodieLvn
    Dans les souks de la médina ©ElodieLvn


Derrière les murs de pisé, les riads restaurés et les boutiques de créateurs ont transformé ce labyrinthe en un terrain d’expérimentation fascinant. On y dort dans des maisons centenaires réinventées et l'on y mange une cuisine métissée sur des terrasses dominant les toits et l’Atlas au loin. Pourtant, la Médina sait rappeler sa rudesse : sur la place Jemaa-el-Fna, « l’assemblée des Morts », les têtes de veaux ont remplacé celles des condamnés sur les étals nocturnes.

Si s’aventurer dans les souks est devenu un peu plus serein grâce à la brigade touristique, l'exercice reste sportif. Entre les charrettes et le ballet incessant des mobylettes, le piéton apprend vite à raser les murs par réflexe de survie.

Où dormir dans le quartier de la médina ?

Le Royal Mansour ne joue pas dans la même catégorie que ses voisins. Ici, le privilège s'impose dès la passerelle de l'avion avec un service fast track qui vous propulse hors de l'aéroport pour vous glisser dans le cuir d'une berline. Propriété du Roi, ce domaine de six hectares est une prouesse qui a mobilisé des milliers d'artisans pour ériger une médina privée au cœur de la ville. On oublie le concept de "chambre" : l'hôtel proche de la médina se compose de 53 riads individuels, des villas à louer réparties sur trois niveaux, avec patio à ciel ouvert et piscine privée en rooftop. C’est une ville dans la ville, où le personnel circule via des tunnels souterrains pour ne jamais troubler votre intimité.

  • © Le Royal Mansour
    © Le Royal Mansour
     

Côté table, le palais réalise l'exploit de réunir deux signatures multi-étoilées. Hélène Darroze a repris les rênes de la Grande Table Marocaine et de la Brasserie, tandis que les frères Alajmo font des miracles chez Sesamo. Leur risotto au safran et leur pizza vapeur sont des passages obligés pour tout gourmet qui se respecte. On finit inévitablement au spa de 2 500 m². Avec son incroyable entrée en moucharabieh immaculé et sa verrière baignée de lumière, c’est sans le plus bel hôtel spa où se ressourcer à Marrakech. On y oublie en quelques minutes que le chaos de Jemaa el-Fna ne se trouve qu’à dix minutes de marche.

Le Royal Mansour
93 chambres, prix à partir de 1195 euros la nuit.
Rue Abou Abbas el Sebti, Marrakech

Voir les prix sur booking.com 

 

Où manger dans la médina ?

Flowers

À l’entrée de Dar El Bacha, un nouveau toit-terrasse bouscule les codes de la Médina. Flowers n'est pas une énième adresse pour touristes, mais un véritable manifeste aux murs ocre, banquettes rayées et art contemporain percutant. L'ambiance y est d'une fraîcheur inédite, offrant une respiration végétale bienvenue qui tranche avec l'étourdissement des souks.

  • © Flowers
    © Flowers
     

C’est le terrain d’expression du chef globe-trotter Richard McCormick. Sa silhouette frêle, crinière longue et sourire communicatif, hante les lieux, du passe de la cuisine carrelée de rose jusqu’aux tables des convives. Tablier de cuir serré, il sonde, questionne et s’assure avec une humilité rare que l’expérience est à la hauteur. Son talent de styliste culinaire se lit dans chaque assiette : c'est une cuisine créative, généreuse et durable, qui bouscule les standards de la Ville Ocre avec une audace rafraîchissante. L'expérience débute souvent par un labneh surprenant au caramel d’olive et citron confit, ou des croquettes fondantes au feta et Jben relevées d'ail confit. Pour la suite, le choix est cornélien : des côtelettes d’agneau grillées au fenouil, un burrito de chou au beurre blanc et miso, ou encore un poulpe grillé au chipotle… Flowers s'impose d'emblée comme l'une des tables les plus excitantes du moment à Marrakech. 15 Derb Sidi Ali Tair.

La Famille

Passé la porte dérobée qui s’ouvre sur le souk, La Famille rompt net avec la frénésie du quartier. On débarque dans un jardin aux murs blanchis à la chaux, où les vignes et les figuiers imposent une ombre salvatrice. L’atmosphère lorgne vers une Méditerranée épurée, loin des clichés orientaux surchargés. C’est une cantine de plein air, orchestrée par une équipe féminine, qui a réussi le pari de faire de la cuisine végétarienne une évidence, même pour les plus réfractaires. La carte, courte et dictée par les arrivages du marché, se renouvelle chaque jour. On y pioche des salades composées avec une justesse rare, des dips parfumés à escorter d’un pain au zaatar encore tiède, et des tartes salées qui misent sur le produit brut. S'il y a un impératif, c'est le fondant au chocolat : une claque de gourmandise qui justifie à elle seule de s’attabler ici. L’expérience se prolonge dans un micro-espace boutique où l'on déniche un artisanat sélectionné à l'œil : des paniers en osier, des chemins de table en lin et ces fameux verres beldi. La Famille est juste une table  honnête. 42, rue Riad Zitoun Djid.

 

Et aussi :

  • Le Nomad :  surplombant la place des Épices, ce rooftop est devenu le quartier général d’une clientèle internationale venue chercher une cuisine néo-marocaine efficace et une vue imprenable sur l’Atlas.
  • Café Bacha : véritable capsule temporelle, fondé en 1910 et ressuscité en 2019, ce café historique, installé dans ce qui est aujourd'hui le Musée des Confluences, déploie un faste architectural rare. On y vient pour l’apparat, bien sûr, mais surtout pour une carte monumentale : plus de 200 variétés de cafés 100 % Arabica sourcées dans 35 pays. Ici, le temps s'écoule aussi lentement que l'infusion d'un grand cru.
  • Kabana : c’est le point de ralliement des soirées festives en altitude, où l'on vient pour l'ambiance jungle-chic, les cocktails précis et le coucher de soleil frontal sur la Koutoubia au son d'un mix électro-oriental.
     

Où faire du shopping ?

  • Maison Blaoui : Plus qu'une boutique, c'est une institution. On pénètre dans cette caverne d'Ali Baba par une porte dérobée pour découvrir des hangars entiers de tapis, de lanternes et de mobilier réalisés par des artisans locaux. Une adresse qui résume à elle seule la richesse des savoir-faire marocains.
  • Corinne Bensimon : Au 104 de la rue Dar el Bacha, la boutique de Corinne Bensimon détonne avec sa devanture vert menthe et son refus catégorique du copier-coller artisanal. Cette styliste de formation y expose des céramiques aux lignes épurées et des textiles "chill-glam", transformant des objets usuels comme la théière en véritables sculptures brutes à la patine contemporaine.
  • Le vrai luxe de la Médina reste encore de chiner au hasard des derbs, de discuter avec le tanneur ou le menuisier, et de dégoter la pièce unique qui n'aura jamais de nom de marque.
     

Que voir dans le quartier de la médina ?

  • Née de la rencontre entre deux collectionneurs, la Maison de la Photographie exhume des clichés rares qui documentent le Maroc des origines, des portraits de l'aristocratie de Fès aux scènes de vie rurale du Haut Atlas. L’ascension se termine invariablement sur sa terrasse, l’une des plus hautes du quartier, où la vue sur les toits en terre cuite offre une conclusion contemplative à cette immersion historique.
  • Restauré avec une minutie exemplaire, le Jardin Secret dévoile l'élégance d'un complexe princier dont les origines remontent à la dynastie saadienne. Divisé entre un jardin exotique où sont exposées de nombreuses espèces de plantes issues des cinq continents et un jardin islamique traditionnel, cet espace met en scène la maîtrise de la géométrie et des réseaux d'irrigation ancestraux, offrant un contraste de verdure et de marbre en plein cœur de la médina.
On y entre par la monumentale Bab Agnaou pour découvrir une atmosphère radicalement différente de celle des souks

3. La Kasbah, entre histoire et quiétude

Moins bruyante, plus résidentielle, la Kasbah garde la mémoire d’un Marrakech souverain, celui des murailles ocre et des palais secrets. On y entre par la monumentale Bab Agnaou pour découvrir une atmosphère radicalement différente de celle des souks : ici, les rues s'élargissent, le rythme ralentit et une certaine forme de gravité semble encore flotter dans l’air. Le quartier porte l’empreinte des grandes heures de la ville, des Tombeaux saadiens aux zelliges patinés jusqu’aux ruines du palais El Badi, vaste décor de terre et de silence où les cigognes ont, depuis longtemps, remplacé les souverains sur les murs de pisé.

Dans ce quartier, les riads se font plus intimes et les ruelles moins fréquentées offrent une retraite loin des décibels de la place Jemaa el-Fna. Si une nouvelle garde d'hôteliers et de restaurateurs investit désormais les lieux, la Kasbah ne s'est pas dénaturée pour autant. Elle reste ce territoire de passage où l’on croise des enfants jouant au ballon sous le regard tranquille des anciens. Quand la lumière dorée du soir s'écrase sur les remparts, le quartier n'a besoin d'aucun artifice pour imposer sa majesté.

  • Riad, Kasbah © Toa Heftiba
    Riad, Kasbah © Toa Heftiba

 

Où dormir ?

Les Jardins de La Medina

Dominant les remparts du quartier, Les Jardins de la Médina ne se dévoilent qu’une fois franchie la lourde porte d’une ancienne demeure princière. Ici, l’espace est un luxe : un jardin historique, planté de palmiers washingtonia centenaires et d'orangers, où séjournèrent jadis Churchill ou Farah Diba. L'adresse a su garder cette âme de résidence privée, loin des standards hôteliers anonymes, avec des chambres qui s'ouvrent sur une végétation dense et une piscine qui semble avoir toujours été là. Sous la direction d'Amina, l'établissement cultive une hospitalité de visages familiers et de silences partagés. La table, qui navigue entre tradition marocaine et cuisine végétarienne parfaitement maitrisées, profite de ce cadre végétal pour offrir une halte sérieuse dans le sud de la ville. C’est un refuge de caractère, ancré dans l’histoire de la Kasbah, qui privilégie la patine du temps et la douceur d’un jardin ombragé à l’ostentation des nouveaux palaces.

  • Sultane Suite © Jardins de la Médina
    Sultane Suite © Jardins de la Médina
     

Les Jardins de la Medina
36 chambres, prix à partir de 245 euros la nuit
21 Derb Chtouka, Marrakech

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Où manger dans le quartier de la Kasbah ?

Café Clock

Ce café alternatif, importé de Fès par son fondateur britannique, s'est imposé comme un carrefour culturel vibrant où les murs tagués et la déco vintage servent de décor à une scène artistique en ébullition. On y vient autant pour l'ambiance "Rock the Kasbah" des concerts Gnaoua et des soirées contées que pour une cuisine marocaine qui n'a pas peur de bousculer les codes. L'incontournable de la carte reste leur célèbre burger de dromadaire, audace culinaire qui côtoie des options végétariennes. 224 Derb Chtouka, Marrakech.

  • © Café Clock
    © Café Clock
C’est le territoire des palaces iconiques, des clubs feutrés et d’une certaine insouciance dorée

4. Hivernage, le chic feutré

Changement de décor. Quitter la Kasbah pour l’Hivernage, c’est un peu comme passer d'un roman d'époque à un magazine de style de vie contemporain. Ici, les remparts cèdent la place à de larges avenues bordées de jacarandas et de villas de maître. Ce quartier, historiquement résidentiel et diplomatique, s'est mué en l'épicentre du luxe et de la villégiature grand format. C’est le territoire des palaces iconiques, des clubs feutrés et d’une certaine insouciance dorée qui s’exprime sous le ciel de Marrakech. L’Hivernage ne cherche pas l’authenticité brute de la Médina, il cultive une sophistication cosmopolite. On y vient pour la promenade de l'avenue Mohammed-VI, pour le ballet des voitures de luxe devant les entrées de marbre, mais aussi pour cette douceur de vivre propre aux quartiers aérés. C’est ici que la ville montre son visage le plus international.

Où dormir dans le quartier de l'Hivernage ?

Dar Rhizlane

L’Hivernage a ses réflexes : larges avenues, marbre omniprésent, goût affiché pour la mise en scène. Dar Rhizlane prend le contrepied de ce décor en cultivant une autre allure, plus feutrée, presque domestique, derrière son portail de fer forgé. Ici, pas de grand lobby démonstratif, mais un jardin ancien, installé depuis près d’un siècle. On avance entre les bassins plantés de nénuphars et de papyrus, jusqu’à cette fontaine de zelliges que l’on couvre chaque jour de pétales de roses. La maison, imaginée par Ahmed Sadki, a le mérite d’échapper à l’uniformité hôtelière et au mobilier sans âme. Tout n’est pas irréprochable pour autant : certains partis décoratifs, avec leur patine assumée, pourront sembler un peu datés à ceux qui goûtent les lignes plus radicales ou le design contemporain. Mais le lieu a suffisamment de personnalité pour ne pas se réduire à cela. Ce qui emporte vraiment l’adhésion, au fond, c’est moins le décorum que la sensation d’être reçu dans une grande maison cachée, et surtout la table, installée au cœur du jardin, qui reste l’un des vrais atouts de l’adresse.

  • © Dar Rhizlane
    © Dar Rhizlane
     

Dar Rhizlane
19 clés, prix à partir de 255 euros la nuit
Av. du Président Kennedy, Marrakech

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Où manger ?

Comptoir Darna

Institution indéboulonnable de l'Hivernage depuis 1999, le Comptoir Darna cultive un sens du spectacle qui ne s'embarrasse pas de demi-mesures. Passé 22 heures, le restaurant bascule : les escaliers s'animent de danseuses orientales et les rythmes gnawa montent en puissance jusqu’à frôler la théâtralité. À la carte, le couscous royal et les tajines classiques côtoient des propositions internationales comme le « tigre qui pleure », servis dans un cadre Art déco saturé de lumières rouges et de velours. C'est l'adresse de ceux qui viennent chercher le Marrakech des mille et une nuits version "clubbing". Avenue Echouhada.

  • © Comptoir Darna
    © Comptoir Darna
     

Où faire du shopping ?

Côté shopping, l'Hivernage ressemble à un morceau d'avenue Montaigne parachuté sous les palmiers. On y déambule entre Louis Vuitton, Mauboussin et Dinh Van avec la certitude rassurante de ne jamais être dépaysé. Le quartier s'aligne si parfaitement sur les standards internationaux qu'on finit par chercher le Maroc derrière les vitrines lisses de l'horlogerie Mystère ou des joailliers Kallista. C'est le triangle d'or de la Ville Ocre : un luxe prévisible qui offre tout ce que l'on trouve déjà partout ailleurs, le dépaysement en moins.

Sous ses airs de banlieue brute et poussiéreuse, cette zone industrielle cache le véritable laboratoire créatif de Marrakech

5. Sidi Ghanem, l’esprit créatif

Oubliez le décor de carte postale. Pour rejoindre Sidi Ghanem, il faut s'extraire du centre et remonter la route de Safi jusqu'à cette zone industrielle qui, sous ses airs de banlieue brute et poussiéreuse, cache le véritable laboratoire créatif de Marrakech. Ici, pas de zelliges millénaires ni de porteurs d'eau : les anciens entrepôts de briques et de tôle ont été investis par des designers, des galeristes et des artisans qui ont fui la cherté de la Médina pour avoir de l'espace.

C'est un quartier qui se mérite, où l'on déambule entre les camions de livraison et les ateliers de soudure pour dénicher des showrooms pointus. Sidi Ghanem ne cherche pas à plaire au touriste de passage, c'est un lieu de travail, de bruit et de création pure, où l'on vient chercher l'objet que l'on ne verra pas ailleurs. Les enseignes comme LRNCE, Koulchi, ou Topolina y font vibrer le design marocain nouvelle génération. Cafés épurés, cantines végétariennes, galeries d’art et concept stores s’y multiplient. Un luxe plus contemporain, plus industriel, qui prouve que Marrakech sait aussi fabriquer le futur sans renier ses savoir-faire.


Où dormir ?

Sidi Ghanem n’a cure de l’hospitalité : ici, on soude, on dessine, on façonne. Le quartier est bien trop occupé par ses ateliers de ferraille et ses hangars de création pour s’encombrer, pour l'instant, de la mise en scène d’un riad ou de la douceur d’un hôtel. Peut-être qu'un jour, la poussière des ateliers laissera place à quelques chambres pour esthètes de passage, mais aujourd'hui, pour espérer trouver un lit, il faut encore battre en retraite et quitter cette zone brute pour regagner le confort plus prévisible des quartiers résidentiels ou la Médina toute proche.

Où manger dans le quartier de Sidi Ghanem ?

Um Mami

Au milieu de la brique et du métal de Sidi Ghanem, Um Mami vibre d'une humanité qui détonne. On y entre pour l'odeur des épices, mais on y reste pour l'énergie : celle d'une école-laboratoire où des jeunes, et parfois des moins jeunes, s'acharnent à réinventer leur trajectoire. On sent, entre les plans de travail, cette soif d'apprendre presque palpable, une urgence à maîtriser le geste juste pour tracer un nouveau destin. La chef Marie-Sophie Grønlund s’y emploie avec une rigueur habitée, transmettant bien plus que des recettes, elle livre les clés d'une gastronomie durable, entre fermentations et produits du terroir, à une génération qui voit ici sa chance. Le privilège, c'est de pouvoir s'attabler directement au cœur de ce Training Hub. En s’inscrivant sur leur réseau, on accède à des déjeuners ou des dîners communautaires sur le rooftop, où l'on teste en direct les avancées de ces apprentis. C’est une expérience brute, sans le filtre des nappes blanches, où chaque plat raconte l'effort et l'ambition de celui qui l'a préparé. Attention toutefois, l'adresse circule sous le manteau et les places s'envolent à la vitesse de l'éclair ; il faut être vif pour participer à ce "test kitchen" qui soutient directement la formation de ces futurs cuisiniers. 51 bis Sidi-Ghanem.

  • © Um Mami
    © Um Mami
     

 

Jajjah

À Sidi Ghanem, Jajjah est l'antre survitaminé d'Hassan Hajjaj, le pape du pop art marocain. On y entre comme dans l'un de ses tableaux : murs jaune vif, carrelage émeraude et boîtes de conserve customisées plantent un décor fun qui tranche avec la grisaille industrielle du quartier. Plus qu'un simple restau-salon de thé servant une street-food marocaine efficace, le lieu est un hybride qui abrite une galerie de talents émergents et une boutique où s'arracher les créations iconiques de l'artiste. C'est le spot idéal pour un petit déjeuner aux produits frais ou un thé signé Hajjaj, en immersion totale dans un univers visuel qui refuse obstinément la demi-mesure.

  • © Jajjah
    © Jajjah
     

Où faire du shopping ?

À Sidi Ghanem, chaque enseigne est une escale nécessaire. On y vient pour débusquer du mobilier chiné, des assises vintage ou des luminaires en cuivre à la découpe d'orfèvre dans des ateliers bruts, mais on y trouve aussi des structures plus imposantes, véritables piliers du quartier :

Maison Sarayan : Sarah Bentolila, ex-tradeuse à Dubaï, a transformé un entrepôt de 1 000 m² en un cabinet de curiosités monumental. On y déambule comme dans une demeure privée pour s'offrir des pièces de mobilier haute couture, où chaque combinaison de tissus est rigoureusement unique.

  • © Sarayan
    © Sarayan
     

Marrakine : Anna et Hélène traitent le tapis berbère comme une œuvre d'art sur-mesure. Ici, on ne choisit pas sur pile : on discute textures et teintes avec leurs artisans pour une création personnelle qui demande dix semaines de patience.

  • © Marrakine
    © Marrakine
     

Lalla : Le nouveau showroom de Laetitia Trouillet raconte son coup de foudre pour l'artisanat marocain, né sur les marchés de Portobello. On y trouve une maroquinerie joyeuse et colorée, bientôt rejointe par un atelier intégré.

  • © Lalla
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LRNCE : L'escale obligatoire pour les céramiques et textiles de Laurence Leenaert, dont le trait graphique a redéfini l'esthétique contemporaine de la ville.

Côté Bougies & Héritage Berbère : Deux références pour l'odorat, l'une pour ses cires artisanales épurées, l'autre pour ses fragrances qui capturent l'essence de la terre marocaine.

Que voir à Sidi Ghanem ?

Pousser la porte de la Galerie Rigotang, c’est d’abord rencontrer Cyrielle et Julien. Ce couple, tombé amoureux du Maroc il y a dix ans avec leur emblématique Riad Jardin Secret, insuffle ici une chaleur qui manque trop souvent aux cubes blancs de l’art contemporain. On sent immédiatement que ces 220 m² sur deux niveaux ne sont pas qu’une simple surface d’exposition, mais le prolongement naturel de leur vie de passeurs : un lieu de dialogue où les artistes en résidence viennent frotter leurs gestes aux savoir-faire locaux. On circule dans cet espace brut avec la sensation d’entrer dans l’intimité d’une recherche en cours, portée par des hôtes qui croient viscéralement à la transmission. C’est délicat, habité, et ça donne à Sidi Ghanem un supplément d'âme qui réconcilie enfin la création internationale avec la terre marocaine. Un vrai coup de cœur pour ce duo qui sait, mieux que quiconque, transformer une rencontre en un récit artistique.

  • © Galerie Rigotang
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