Emmanuelle DreyfusEmmanuelle Dreyfus, Le vendredi 22 mai 2026
Hôtels du mois

Notre avis sur La Fiermontina Ocean, retraite éco-luxe ancrée dans le Maroc rural

Sur la côte atlantique, au sud de Tanger, La Fiermontina Ocean s’éloigne des standards du luxe balnéaire. À l’écart des circuits touristiques, le séjour s’ancre dans un territoire, entre attention portée à l’environnement et engagement concret auprès des populations locales. Un projet familial, autant qu’une prise de position.
  •  Notre avis sur La Fiermontina Ocean © Mr Tripper
    Notre avis sur La Fiermontina Ocean © Mr Tripper
  •  Notre avis sur La Fiermontina Ocean © Mr Tripper
    Notre avis sur La Fiermontina Ocean © Mr Tripper
L'arrivée se fait par cinq kilomètres de piste à travers une forêt de chênes-lièges

Le pitch | Immersion entre terre et mer dans un nord marocain méconnu

Le projet de cet hôtel au Maroc est porté par Fouad et Yasmina Filali. Frère et sœur, ils prolongent une histoire familiale marquée par plusieurs déplacements entre l’Italie, la France et le Maroc. Leur grand-mère maternelle, Antonia Fiermonte (qui donne son nom au groupe hôtelier), artiste installée dans les Pouilles dans les années 1930 puis à Paris auprès du sculpteur René Letourneur, incarne un premier héritage. Leur grand-père paternel, Thami Filali, représente un autre ancrage.

  • Fiermontina Ocean @PH FRANCISCO TRAVELS
    Fiermontina Ocean @PH FRANCISCO TRAVELS


Ces deux trajectoires distinctes sont réunies aujourd’hui dans un même projet. Le point de départ n’a rien d’hôtelier. A la fin des années 1990, Fouad découvre cette portion du littoral marocain. Il y revient, s’y attache, puis commence à acquérir des terrains. Le paysage compte, mais il n’est pas seul en jeu. Les conditions de vie dans les douars voisins (les villages ruraux) s’imposent rapidement. Avec sa sœur Yasmina, fondatrice de la Fondation Orient-Occident, ils amorcent un travail de terrain centré sur des besoins essentiels comme la mise en place de l’eau courante et la rénovation des écoles. 

  •  Panoramic Suite @Mr Tripper
    Panoramic Suite @Mr Tripper
 

Puis viennent les coopératives, notamment agricoles, qui structurent progressivement une économie locale. L’idée d’un hôtel arrive plus tard. Non comme un projet autonome, mais comme un prolongement. Une manière d’inscrire ces initiatives dans la durée, en créant une activité capable de générer des revenus et de maintenir sur place celles et ceux qui y vivent. Le site grandiose, balayé par les vents, avec ses collines verdoyantes et ses plages désertes, s’inscrit dans la région des Jebala, au nord-ouest du Maroc. Le terme, dérivé de jbel - la montagne - désigne des populations rurales dont les pratiques agricoles, artisanales et sociales restent étroitement liées au territoire. C’est dans ce contexte que La Fiermontina Ocean prend forme.

Vue d'ensemble | Une architecture en retrait

À une vingtaine de minutes de Larache et quarante-cinq de Tanger, l’arrivée se fait par cinq kilomètres de piste à travers une forêt de chênes-lièges. Ballotés par le sentier chaotique, on y croise des bergers, des enfants sur le chemin de l’école ou même personne, juste le silence chahuté par le moteur de la voiture. Le trajet agit comme une transition, il ralentit le regard et prépare à ce qui suit. La réception de l’hôtel se découvre au dernier moment, construite, comme l’ensemble des chambres, en pierre de Taza aux teintes dorées, qui se confondent presque avec le relief. Dès l’entrée, le regard bascule vers l’océan.

 

La vue est imprenable, large et sans aucun obstacle. Le site se dévoile peu à peu, les constructions de plain-pied étant disséminés plutôt que regroupées et s’ancrent dans une nature verdoyante et vallonée qui évoquent par moments certaines campagnes irlandaises. À un kilomètre, dans le douar de Dchier, quatre autres maisons traditionnelles ont été construites dans la continuité de celles du village, prolongeant cette logique d’implantation diffuse. Ce n’est qu’en descendant vers la plage que le parti pris apparaît clairement. Les pieds dans le sable, dos à l’océan, le panorama est saisissant : aucune construction n’est visible. L’intervention de l’homme est réelle et pourtant elle reste hors champ.

  •  ©  Davide Alemanno
    © Davide Alemanno

Les chambres | Des suites ouvertes sur le paysage

Onze suites privatives de 65 à 105 m², chacune prolongée par un jardin et une piscine, deux villas familiales de 300 m², ainsi que quatre maisons situées au cœur du village composent l’ensemble. Les suites proposent différentes configurations selon leur capacité, avec des formats pouvant accueillir jusqu’à quatre personnes grâce à une organisation en deux chambres. L’une d’elles est accessible aux hôtes à mobilité réduite. Les hébergements s’inscrivent dans le site sans rupture, ouverts sur l’extérieur grâce à de larges baies vitrées qui laissent entrer la lumière à toute heure et maintiennent un lien constant avec le paysage. Dans le douar, la Maison du Cadi constitue l’option la plus singulière. Dédiée à Thami Filali, grand-père paternel des fondateurs, elle rassemble photographies, objets et archives qui retracent l’histoire familiale.

  • Une chambre de la Fiermontina Ocean © Alessio Mei
    Chambre, Fiermontina Ocean © Alessio Mei
     

Côté décoration, chaque suite et villa joue sa propre partition en juxtaposant des influences italiennes, françaises et marocaines, sans aucun effet d’accumulation : tapis de l’Atlas, poufs berbères, meubles peints traditionnels, pièces chinées, livres, œuvres d’art, photographies, luminaires italiens des années 1950 à 1970 (l’une des marottes de Fouad, collectionneur aguerri) coexistent en totale harmonie.

Le kif ? Finir la journée dans sa piscine face à un coucher de soleil flamboyant.

La table | Un aller-retour entre l’Italie et le Maroc

Deux cuisines, une seule table. Celle de l’Italie et celle du Maroc, qui cohabitent sans chercher à se mélanger. Le chef Alessandro Pascali et son équipe déroulent une partition italienne large et très maîtrisée -  pizzas, spaghetti cacio e pepe, parmigiana - en regard de recettes marocaines : couscous d’orge aux épices, tajine d’agneau en cocotte de terre cuite, harira, chebakia au miel et au sésame...

  • La table de l'hôtel © La Fiermontina Ocean
  • La table de l'hôtel © La Fiermontina Ocean

 

Les produits proviennent du potager de l’hôtel et des cultures maraîchères développées avec les villages voisins : fruits, légumes, herbes, tout est cultivé à proximité. Simples et savoureuses, les assiettes jouent la carte de l’authenticité et du terroir. Aux beaux jours, le restaurant offre une terrasse qui surplombe les dunes et laisse filer le regard jusqu’à l’Atlantique.

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L'offre bien-être | Le rituel du hammam

Comme un retour aux sources, l'hôtel avec spa propose un hammam logé au cœur du village de Dchier entouré de plantes médicinales et d’herbes aromatiques. On franchit un ancien portail pour accéder à un spa de 300 m² qui combine tradition marocaine et protocoles de soins plus contemporains : vapeurs chaudes, gommage au savon noir, massage à l’huile d’argan, drainage lymphatiques... dans des espaces où le marbre règne en maître. 

  • Le hammam du village de Dchier © Valentina Rosati
    Le hammam du village de Dchier © Valentina Rosati
     

Parmi les cérémonies signatures, le Rituel du voyageur se distingue : massage des pieds aux huiles essentielles de menthe et de myrte sauvage, compresse de boue pour stimuler la circulation, massage du dos puis des jambes à l’huile essentielle de géranium, à la fois drainant et tonifiant. La séance se prolonge au Café Maure, autour de fruits, d’une tisane ou d’un thé à la menthe. La relaxation est à son climax.

  • Café Maure @Alessio Mei
    Café Maure @Alessio Mei

Ce qu'on a aimé à La Fiermontina Ocean au Maroc, hôtel vertueux :

  • L’engagement social qui ne relève pas du beau discours, mais qui est bien réel et mesurable : 60 emplois créés dans les villages voisins, eau courante apportée, écoles rénovées, coopératives agricoles soutenues. À Larache, la Fondation Orient-Occident, en lien avec La Fiermontina Ocean, a ouvert une école de formation aux métiers de l’hospitalité, qui permet aux jeunes de la région d’accéder à des emplois en cuisine, à l’accueil ou à l’entretien.
     
  • Le petit-déjeuner chez l’habitant : accueilli avec de l’eau de rose et du thé à la menthe, on partage harira, bessara, rghaïf au miel et amlou aux amandes et à l’huile d’argan dans une maison du village. Un moment simple, sans mise en scène, qui donne à voir un quotidien auquel on n’aurait pas accès autrement.
  • Le petit-déjeuner chez l’habitant © Eric Martin
    Le petit-déjeuner chez l’habitant © Eric Martin
     
  • L’architecture, sobre et ancrée dans le site : pierre locale, bois, volumes bas, lumière naturelle largement exploitée. Rien ne cherche à s’imposer, tout est pensé pour accompagner le relief et prolonger le paysage plutôt que le contraindre.
     
  • Une démarche environnementale structurée : production d’énergie via une installation photovoltaïque de 160 kW, circulation interne en véhicules électriques, recours à des produits éco-bio et écolabel.
     
  • La plage, restée sauvage : aucune construction visible, des dunes intactes et l’Atlantique à perte de vue. Hors saison, on a vraiment l’impression d’être seul au monde. À l’arrivée de l’été, une paillote accueille les résidents de La Fiermontina, mais on reste loin des bords de mer surbondés.

 

À voir, à faire dans la région de Larache ?

  • Le site archéologique de Lixus, à quelques kilomètres : l'une des plus anciennes villes d'Afrique du Nord (XIIe siècle av. J.-C.), où les Romains produisaient le garum exporté dans tout l'Empire. Subsistent 150 cuves de macération, les vestiges d'un amphithéâtre, de thermes et de mosaïques. Incontournable et très peu fréquenté.
  • Asilah, la ville blanche à la casbah ocre : idéale pour une demi-journée de flânerie près de l'océan. En été, l'Asilah Arts Festival transforme les murs de la médina en galerie à ciel ouvert.
  • Les souks de Larache et leurs épices, bien moins touristiques que ceux de Tanger ou Marrakech.
  • Les excursions à cheval ou à vélo dans les dunes et les forêts de chênes-lièges à organiser avec les guides locaux de l'éco-retraite.
  •  © DR
    © DR
     

FAQ
Quand partir à La Fiermontina Ocean ?
Le printemps (avril-mai) et l'automne (septembre-octobre) offrent les meilleures conditions : températures douces, lumière magnifique. L'été est venteux sur cette côte atlantique, un atout pour les amateurs de surf et de kitesurf aux alentours.

La Fiermontina Ocean est-elle adaptée aux familles ? Oui, en particulier grâce à certaines villas côté Atlantique et aux maisons du village, comme Zeinouba (deux chambres), qui se prêtent bien à des séjours kids friendly. L’environnement rural, les activités en plein air et les ateliers de cuisine traditionnelle en font une destination à la fois ludique et dépaysante.

Comment s'y rendre depuis Tanger ? L'aéroport Ibn Batouta de Tanger est la porte d'entrée la plus pratique (45 min en voiture). L'hôtel propose un service de transfert, mais ceux qui aiment vadrouiller auront plus d’indépendance en louant une voiture.

Pratique

La Fiermontina Ocean

11 suites, 2 villas familiales, 4 maisons traditionnelles au village
 Prix à partir de 350 euros la nuit
Houmat Eljediane Centre Sahel, Larache, Maroc

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