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Alain MauriceAlain Maurice, Le lundi 25 avril 2022
72 heures à...

72 heures à Tanger : les bonnes adresses de la « perle du détroit de Gibraltar »

Pas encore tout à fait l’Afrique mais déjà plus l’Europe, Tanger a inspiré les artistes et attiré les voyageurs. La « perle du détroit de Gibraltar » a conservé son aura romanesque et une part d’excentricité. Découverte de la ville à travers ses meilleures adresses.
  • Tanger © Andres Giusto | Unsplash
    Tanger © Andres Giusto | Unsplash
  • Tanger © ONMT
    Tanger © ONMT
  • Nord Pinus Tanger © T.Arensma
    Nord Pinus Tanger © T.Arensma
  • Tanger © Mo Hofmann
    Tanger © Mo Hofmann
  • Nord Pinus Tanger © Mo Hofmann
    Nord Pinus Tanger © Mo Hofmann
  • Tanger © ONMT
    Tanger © ONMT
  • Phare du Cap Spartel © ONMT
    Phare du Cap Spartel © ONMT
Tanger l’Africaine aime se coucher et se lever tard. On profite de cette parenthèse pour déambuler dans la médina, reflet de l'âme de la ville.

Romantique, farouche, insaisissable… Les qualificatifs ne manquent pas pour parler de Tanger. Porte d’entrée d’un monde d’exotisme, ce bout de terre a fait rêver des générations de peintres éblouis par sa lumière et d’écrivains en mal d’inspiration, à tout ce que les années 1970 ont compté de rock stars ou à de simples candidats au départ, en quête d’aventures. De 1923 à l’indépendance du Maroc en 1956, Tanger a le statut de « cité internationale », avec neuf puissances garantes, trois langues officielles, quatre devises, une ribambelle d’attachés militaires et un statut fiscal exceptionnel, ni impôts, ni droits de douane. Espions et aventuriers, banquiers et trafiquants, diplomates et proxénètes, aristocrates et proscrits se croisent. Tanger est une ville facile, le lieu de tous les plaisirs. L'écrivain et compositeur américain Paul Bowles, le plus assidu et le plus célèbre des amoureux de Tanger, la surnomme la "dream city".
 

Jour 1

 

9h – Poser ses valises : carnet d'adresses à Tanger

1. Saba's House 

Niché dans les ruelles de la kasbah, le riad ouvert en 2019, est idéal pour le voyageur qui souhaite découvrir, en toute quiétude, l’histoire et l’art de vivre à la tangéroise. Il y a peu de lieux aussi bien placés et aussi faciles d’accès, la voiture arrive à quelques mètres seulement de la porte. Contrairement à beaucoup de maisons d’hôtes à la recherche d’exotisme, la Maison de Saba joue la carte d’une certaine modernité. Confort d’un 5 étoiles, avec des prestations à la hauteur. Les 6 chambres et suites proposent des univers différents, en hommage à des personnages dont les destins ont participé à forger la légende de la ville : l'explorateur Ibn Battouta, la rock star Mick Jagger, l'actrice Elizabeth Taylor, l’architecte Antoni Gaudí, le milliardaire Malcolm Forbes et Barbara Hutton, surnommée la « pauvre petite fille riche ».

Un hammam (produits de soin traditionnels), un bar lounge et une terrasse avec vue à 360° sur le détroit et la médina sont la continuité naturelle des chambres, une invitation à la rêverie et au voyage... Une collection d’œuvres d’artistes marocains contemporains anime les murs. Le petit-déjeuner est une expérience à lui seul, copieux et raffiné, à déguster dans les salons ou sur la terrasse. Roya, la propriétaire du lieu, et tout le personnel sont aux petits soins, et de bon conseil pour les meilleurs plans culturels et gastronomiques de la ville.

    • Riad Saba House © Sarah Charpentier
      Riad Saba House © Sarah Charpentier


    Riad Saba House
    6 clés, à partir de 250€ la nuit, petit-déjeuner inclus.
    61 Rue Cheikh Mohammed Ben Seddik, place Amrah, la Kasbah

    2. Hôtel Nord-Pinus

    Adossé aux remparts de la kasbah, l'Hôtel Nord-Pinus, ancienne demeure du Pacha, ressemble à un vrai palais des Mille et Une Nuits : mosaïque arabe et vitraux colorés, artisanat marocain (tapis berbères tissés à la main, armoires en bois laqué et lanternes), marbres et zelliges se mariant aux tissus anciens qui habillent les lits. Sans oublier quelques trésors chinés aux quatre coins du monde et de jolies pièces de mobilier contemporain. En résumé, une décoration qui rend compte de la beauté de Tanger, loin des clichés folkloriques. Anne Igou, la maîtresse des lieux — elle ressuscita en son temps le Grand Hôtel Nord-Pinus à Arles — a voulu créer ici un lieu intimiste et luxueux. Les chambres ont des noms évocateurs : « La chambre de l’Espagnol », « Le chameau s’en fout » ou encore « Ocean View » qui promet une vue unique sur Tarifa et les côtes espagnoles, la Méditerranée et l’Atlantique.

    Bon à savoir ? Le bar de l’hôtel, ouvert à la clientèle extérieure, est le rendez-vous des Tangérois chics à l’heure de l’apéro. Comme le restaurant où se retrouve dans les assiettes tout le marché de Tanger : poissons, coquillages et crustacés, légumes aux goûts savoureux, citrons confits, soupes traditionnelles et desserts orientaux.

      • Nord Pinus Tanger © TArensma
        Nord Pinus Tanger © TArensma
       

    Nord Pinus Tanger
    À partir de 190€ la nuit, petit-déjeuner inclus.
    11 Rue Riad Sultan, Kasbah

    Site Web

    Mais aussi : la maison d'hôtes Dar Nour (lire plus bas à ce sujet).

    10h – Se perdre dans la médina

    Les échoppes peinent à ouvrir. Tanger l’Africaine aime se coucher et se lever tard. On profite de cette parenthèse pour déambuler dans la médina, reflet de l'âme de la ville. Porte Bab Al Fahs, une bonne âme propose de nous guider… pour une poignée de dirhams. Dédale inextricable de ruelles sinueuses, hautes maisons aux façades lumineuses (qui valent à la ville le surnom de « Tanger la blanche »), patios arborés, fontaines où l’on palabre et chats alanguis. Un tisserand travaille sur son métier, un marchand de tapis colorés et de bijoux en argent installe son étal à côté d’une boutique de coiffeur ; des éminences de dattes, d’olives, de pains plats, de pâtisseries au miel et de tangerines, une variété de mandarine qui aurait donné son nom à la ville, germent ici et là. L’ambiance est intemporelle, tout invite à la flânerie. En descendant la rue Siaghine, nous voici sur la place du Petit Socco (petit marché), le rendez-vous préféré des Tangérois. Le Petit Socco est un théâtre. Il suffit de s'attabler et de regarder. Toute la médina vient s'y montrer.

     

    12 h – S’immerger dans l’ambiance éclectique du Petit Socco

    Sur la terrasse du café Tingis, on commande un thé à la menthe accompagné d’une crêpe baghrir, la fameuse crêpe aux mille trous, arrosée de miel et d’amlou, crème d'amande et d'huile d'argan ! Paul Bowles et Truman Capote y avaient leurs habitudes. Elizabeth Taylor et Ava Gardner aimaient s’y prélasser. Juste à côté, c’est le Café Fuentes où Tennessee Williams venait draguer des garçons, les Beatles et les Stones acheter leur haschich.

    En face, au Gran Café Central, on se souvient d’avoir croisé, dans les années 1970, Jean Genet. Avec sa clientèle de proxénètes et de petits escrocs, William Burroughs en fit le Meet Café dans l'ouvrage Naked Lunch (Un Festin nu). Une époque se devine, celle de la « Beat Generation », mouvement né dans l'Amérique des années 1950 et 1960, symbole de la contestation des valeurs bourgeoises. À l’origine, trois hommes qui s’étaient connus à l’université de Columbia en 1944 : Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William Burroughs. Ils se prennent en photo au Deans’ Bar où ils respirent des bouffées de liberté…

    • Nord Pinus Tanger © Mo Hofmann
    • Café Tingis Tanger © Anne de Réparaz

     

    « Je n’ai pas rêvé meilleure place que le Grand Socco pour y laisser une part de moi-même », écrivit Joseph Kessel.

    13h – Déguster un couscous au Palais Zahia

    Une adresse incontournable pour tester les saveurs de la cuisine marocaine, selon la vraie tradition. Rien n’est laissé au hasard, tout est dans le détail, même l'escalier, les marches, la déco. Nos yeux se régalent. Bientôt nos papilles. On a le choix : tajine de poisson aux légumes ou de poulet aux olives ; couscous viande aux sept légumes avec Tfaya (à base d'oignons et de raisins secs noirs) ; Mrouzia, un confit d’agneau accompagné d’amandes, mélangé à des épices (cardamome, muscade, clous de girofle, gingembre) et des fleurs séchées. Pour terminer, un dessert berbère : semoule d’orge, amlou, miel et noix.

    • Palais Zahia © DR
    • Palais Zahia © DR

     

    Palais Zahia
    76 Rue de la Marine, Tanger

     

    15h – Jouer aux diplomates à la légation américaine

    Au cœur de la médina, l’immeuble de la légation américaine est une élégante demeure de style hispano-mauresque. Offerte en 1821 par le sultan Moulay Slimane à la jeune république américaine, ce fut la première possession à l'étranger de Washington. Derrière un joli patio andalou et sous des boiseries anciennes sont exposés des tableaux orientalistes et des gravures sur la vie tangéroise d'avant-guerre. Un espace consacré à Paul Bowles rassemble ses bagages, sa vielle machine à écrire Olivetti et des photos en compagnie d’artistes de passage. Des enregistrements résonnent dans un vieux poste radio. Venu pour un été en 1947, l’Américain nomade pose ses valises à Tanger et écrit Un thé au Sahara, son premier roman, hissé rapidement au rang de « culte ». Il raconte l’histoire d’un Américain qui fuit la modernité étourdissante de New York. Bowles va résider à Tanger jusqu’à sa mort, en 1999.

    • Légation américaine © ONMT
      Légation américaine © ONMT

    Légation américaine
    8 Rue d'Amérique, Tanger

     

    17h – Arpenter la place du Grand Socco

    En bas de la rue d’Italie, les jardins de la Mendoubia, ancienne demeure du représentant du sultan, proposent une flânerie rafraîchissante à l’ombre de figuiers, de palmiers, d’eucalyptus et d’un dragonnier vieux de plus de 800 ans, dit-on. Le Grand Socco ouvre l’accès à la médina. Même si le marché n’est plus au cœur de la place (il s’est réfugié dans des allées couvertes), la magie opère toujours : effluves d’épices et de café, arômes de menthe fraîche, d’oranges amères et indescriptible brouhaha.

    Le marché aux poissons est l’un des rares au monde à proposer des espèces pêchées à la fois dans la douce Méditerranée et le froid Atlantique. On y trouve du bar, de la sardine, de la dorade, du thon, de l’espadon, du requin… « Je n’ai pas rêvé meilleure place que le Grand Socco pour y laisser une part de moi-même », écrivit Joseph Kessel. Des vieilles demeures coloniales et de beaux immeubles Art déco racontent l’histoire de la place, quand l’hôtel El Minzah accueillait Rita Hayworth et Aristote Onassis. Pour observer l'animation qui agite la place, on trouve refuge sur la terrasse du cinéma Rif.

    Marché aux poissons - Tanger © Anne de Réparaz

    Marché aux poissons - Tanger © Anne de Réparaz

    18h – Se poser à la terrasse du Rif pour l’apéro

    Avec sa façade rouge et blanche, le Rif a fière allure. Inauguré en 1938, il symbolise depuis 2007 le renouveau culturel tangérois avec une cinémathèque où sont projetés des rétrospectives des plus grands cinéastes, des films arabes populaires, mais aussi quelques productions (de série B) qui ont contribué à entretenir le mythe d’une ville de tous les trafics : Mission à Tanger (1949), Vol sur Tanger (1953), Guet-Apens à Tanger (1957)… C’est l’occasion aussi de revoir Un thé au Sahara de Bertolucci (1990) et surtout Only Lovers Left Alive, un film de Jim Jarmusch (2013) mêlant rock et vampires, tourné en grande partie dans la cité du détroit. Déco vintage branchée pour le bar : mobilier fifties chiné au souk, banquettes en skaï et anciennes affiches de cinéma.

    Cinémathèque de Tanger
    Place du 9 Avril 1947, Tanger

     

    20h – Passer la soirée au Minzah

    Impossible de raconter l’histoire de Tanger sans parler de l'Hôtel El Minzah, à deux pas de la place de France et de la médina. Construit en 1930 par des architectes français pour un aristocrate écossais, Lord Bute, et entouré d’un jardin doté de patios, de fontaines et d’arches, il est le symbole du cosmopolitisme tangérois. Et comme à Tanger les lieux ne vont jamais sans leurs célébrités, ses chambres (avec vue sur la piscine extérieure, sur la mer ou sur le patio de l’hôtel), ses salons et son célèbre bar ont accueilli Winston Churchill, Yves Saint Laurent, Rock Hudson, Tennessee Williams, Aristote Onassis ou encore Rita Hayworth. L’hôtel fut une source d’inspiration pour le film Casablanca, avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman. En 2019, l’hôtel a fait peau neuve, retrouvant ses 5 étoiles, en conservant son style. Après avoir dîné, au restaurant gastronomique, d’un pageot farci aux fruits de mer et d’une traditionnelle pastilla au lait, fruits secs et miel, on se rend au Bar Caïd, là où Paul Bowles aimait donner ses interviews. Le meilleur endroit pour siroter un cocktail, au son d’un piano et sous une peinture représentant le caïd Harry MacLean, général écossais nommé chef d’état-major de l’armée marocaine par le sultan Hassan Ier.

    • Hôtel El Minzah © DR
      Hôtel El Minzah © DR


    Hôtel El Minzah
    85 Rue de la Liberté, Tanger

    Les beatniks en firent le camp de base de leurs frasques, le rebaptisant Villa Delirium…

    Jour 2
     

    10h – Flâner dans le quartier espagnol

    La Place de France sépare la médina du Tanger moderne imaginé par les Français. Les rues ont résisté à la « marocanisation », elles s'appellent Mendelssohn, Shakespeare, Magellan, ou La Pérouse. Du boulevard Pasteur, la rue Velasquez, bordée d’immeubles de trois ou quatre étages aux murs roses-orangés et aux balcons de fer forgé, descend dans le vieux quartier espagnol. Ce ne sont pas les restaurants où l’on sert de la paella qui nous démentiront ; ni la façade du Gran Teatro Cervantes. Inauguré en 1913, ce fut la plus grande scène d'Afrique du Nord jusqu’à sa fermeture en 1962. Les travaux de restauration et de réhabilitation de ce chef-d’œuvre de l'architecture espagnole du XXe siècle viennent de commencer ; comme ceux du Cinéma Mauritania où Joséphine Baker donna de la voix, avant et après-guerre. En 1968, le pianiste américain de jazz, Randy Weston, y installe l’African Rhythm Club. Au 1 rue Magellan, c’est l’hôtel El Muniria. Les beatniks en firent le camp de base de leurs frasques, le rebaptisant Villa Delirium… Dans la chambre 9, William Burroughs écrivit Le Festin nu. De la fenêtre, on aperçoit l'avenue d'Espagne, la promenade des Anglais de Tanger. La chambre 4 était celle de Jack Kerouac.

    • L’église catholique espagnole dans la médina de Tanger© ONMT
      L’église catholique espagnole dans la médina de Tanger © ONMT

     

    11h – S'adonner aux plaisirs du shopping

    • Maldini est le plus célèbre et le plus ancien artisan-parfumeur de la ville. Depuis les années 1930 la même famille élabore des parfums, des huiles essentielles (on a craqué pour celles à la fleur d’oranger et au musc blanc), des essences naturelles de rose, de santal, de mimosa ou de myrrhe… L’échoppe de la médina, aussi grande qu’un mouchoir de poche et au look rétro, abrite d’innombrables flacons anciens, fioles et bouteilles ciselées. 
      14 Rue Sebou/5 Boulevard Pasteur, Page Facebook
       
    • La Boutique de Majid (Abdelmajid Rais El Fenni de son vrai nom) est « LE » magasin d’antiquités de la médina. Comme Mick Jagger et Catherine Deneuve, on y va pour les bijoux berbères, la beauté des tissus et des tapis, les céramiques, les pièces en bois… et le sourire malicieux de Majid. Avant de monter sur la terrasse pour admirer la vue. 
      66 rue Almohades, Site Web
       
    • Orchestrée par Isabelle Topolina, une boutique éponyme a ouvert ses portes sur la place de la kasbah. Ou plutôt un boudoir cosy où elle taille et assemble ses créations, mêlant matériaux chinés et tissus africains. On a craqué pour des babouches new-look. 
      Place de la Kasbah, Instagram
       
    • On pousse la porte de la librairie des Colonnes, une étroite boutique où rôdent encore les fantômes de Tennessee Williams, Jack Kerouac, Paul Bowles. « Tout le monde » y est passé depuis 1949, écrivains d’hier et d’aujourd’hui. La librairie a été réveillée en 2010 par Pierre Bergé qui partageait avec Yves Saint Laurent la fameuse villa Mabrouka, achetée à une princesse koweïtienne. 
      54 Boulevard Pasteur, Page Facebook
    • Librairie des Colones © LDC
      Librairie des Colonnes © LDC


    12h – Paresser sur la terrasse des… paresseux

    L’heure est à la pause. Au 2 boulevard Pasteur, on s’installe à l’étage du café La Giralda pour un jus d’amande frais, la spécialité. Déco un peu kitsch mais situation idéale : grandes baies vitrées avec vue sur le détroit… et les quatre canons de la « terrasse des paresseux ». La jeunesse tangéroise a pris l’habitude de venir sur cette terrasse. Pour contempler les rives espagnoles, si proches et pourtant si lointaines, rêver d’une vie meilleure sur une terre interdite. Jadis les paysans des campagnes voisines, chargés de légumes, de fruits et d’herbes, s'y arrêtaient pour se reposer avant de continuer vers le Grand Socco. D’où son nom !

    Café La Giralda
    2 Boulevard Pasteur, Tanger

    Construit au début des années 1920, le Café Hafa est le plus populaire et le plus romanesque des cafés tangérois, la quintessence de l'âme de la ville, dit-on.

    13h – Déjeuner au Salon Bleu, annexe de la plus ancienne maison d'hôtes de Tanger

    Direction la kasbah. Le Salon Bleu nous attend pour déjeuner. Perché sur les remparts de la vieille ville, face au Dar el Makhzen, le palais du sultan, le marché du jour dicte les déjeuners et les dîners de ce restaurant-salon de thé : poisson fraîchement pêché, couscous de légumes et fruits, tajine de poulet aux citrons confits, kémias salés ou sucrés, sortes de tapas à la tangéroise. Tout cela servi sur une terrasse offrant l’une des plus belles vues sur la baie de de Tanger. Le Salon Bleu est l’annexe de la guest house Dar Nour.

    Située elle aussi dans le quartier historique de la Kasbah. C’est la plus ancienne maison d'hôtes de Tanger, et une adresse idéale pour une immersion au cœur d’un quartier unique en son genre. Dans une ambiance friendly, chaque pièce reflète l'authenticité de Tanger : peinture à la chaux, fenêtres en cèdre, mobiliers et objets locaux chinés dans les souks, portes en bois sculptées et salons cosy. Philippe, à la tête du Dar Nour (dix chambres et suites), connait mieux que quiconque la ville. Suivez le guide !

    • Salon Bleu - vue des terrasses © Darnour
    • Salon Bleu © Darnour

     

    Salon Bleu
    Place de la Kasbah
    Page Facebook

    Dar Nour
    20 Rue Gourna, Kasbah
    Site Web

    Mais aussi

    • Saveur de Poisson est à deux pas de l’Hôtel El-Minzah. Le poisson est servi à toutes les sauces, en soupe, grillé, en fricassée, en brochette ou encore frit. Menu unique, assiettes copieuses et ambiance familiale.
      2 Escalier Waller
       
    • Lubina Blanca. Pour les vrais amateurs de fruits de mer. On y va aussi pour la soupe de poisson… qui serait aphrodisiaque.
      Rue Medieq – Page Facebook

     

    15h – Se promener au pied des remparts

    La kasbah est le point culminant de la ville. Elle surplombe la médina et domine la baie de Tanger. On monte, on descend, on tourne en rond dans un enchevêtrement de ruelles mystérieuses forgées sous l’occupation portugaise, du XVe au XVIIe siècle. Certaines ne sont que des escaliers. Un four à pain livre sa fournée. La Kasbah foisonne de lieux de mémoire. À partir du XIXe siècle, les écrivains y défilent : Colette, Mark Twain, Pierre Loti, Paul Morand, Antoine de Saint-Exupéry… Avant eux, il y eut les peintres Delacroix et Matisse. La porte Bab el-Assa est La Porte de la Casbah de Matisse. On passe devant le Marabout, du même Matisse.

    On visite ? L’ancien palais du sultan Moulay Ismail, le Dar el Makhzen, a été reconverti en musée de la Kasbah. Une collection de mosaïques romaines et phéniciennes, des cartes des anciennes routes commerciales et une salle des trésors racontent le monde méditerranéen. Son jardin andalou, entouré d’arcs décorés de faïence, celui des Mille et Une Nuits et la course contre le temps que mène Shéhérazade.

    Musée de la kasbah
    19 Rue Riad Sultan, Tanger

    • Rue de la Kasbah à Tanger © Anne de Réparaz
      Rue de la Kasbah à Tanger © Anne de Réparaz

     

    18h – Prendre le thé au Café Hafa

    C’est à la lisière de la colline du Marshan, quartier plus aéré dans l’ouest de la ville, que le milliardaire américain Malcom Forbes, éditeur du magazine Forbes, s’installe. Le palais Mendoub (ambassadeur du sultan), est devenu « son » palais. Il y amoncellera plus de 110,000 soldats de plomb, reconstituant les grandes batailles historiques. Aujourd’hui le palais accueille dignitaires et chefs d'État en visite à Tanger.

    On approche du Café Hafa. Construit au début des années 1920, c’est le plus populaire et le plus romanesque des cafés tangérois, la quintessence de l'âme de la ville, dit-on. De ses terrasses en escalier, à flanc de falaise, on vient voir la nuit tomber sur l'Espagne. Dans les années 1960 et 1970, les rock stars du monde entier y sont passées, curieuses d'expériences psychédéliques : Patti Smith, les Stones, Jimmy Hendrix, Jimmy Page, King Crimson et son mémorable Walking On Air … Tanger a été une des capitales de la « rock generation ». Rien n’a changé dans ce café centenaire, ni la vue sur le détroit, ni les terrasses, ni les effluves de menthe... et de « chocolat marocain » comme s’amuse Taoufik, notre guide, en pointant du doigt quelques fumeurs de kif. Si le haschich est interdit au Maroc depuis 1956, quelques bouffées ne sont pas un problème. Surtout quand on est au Hafa !

    Café Hafa
    Rue Hafa
    Page Facebook

    • Café Hafa © Anne de Réparaz
      Café Hafa © Anne de Réparaz

     

    20h – Dîner au Morocco Club

    L’édifice a été construit par l’architecte américain Stuart Church et le restaurant trendy imaginé par le décorateur Yves Taralon (Café Marly au Louvre). Sur la place du Tabor, à côté de Bab El Kasbah, El Morocco Club est l’adresse parfaite pour dîner dans une ambiance feutrée. La cuisine, raffinée, est un mélange de saveurs marocaines et européennes : foie gras, couscous aux fruits de mer, mille-feuille de crabe, effiloché d’agneau confit, risotto au safran et gambas, pastilla aux fruits rouges… On continue la soirée au sous-sol, piano-bar aux allures de club de Jazz. Le matin, à l’ombre d’un gigantesque caoutchouc, on y prend son petit-déjeuner ou un brunch en profitant de la douce agitation du quartier.

    • El Morocco Club © Alan Keohane
      El Morocco Club © Alan Keohane


    Morocco Club
    Place du Tabor
    Instagram

    Dans la kasbah, l’ancienne prison, fermée depuis le début des années 1970, accueille un musée dédié aux arts contemporains nord marocains.

    Jour 3
     

    9h – Se réveiller avec Tanger

    Même s’il se murmure que les fêtes ne sont plus les mêmes, Tanger a su se réinventer, sans perdre de son cosmopolitisme, définitivement inscrit depuis un siècle. Au programme de notre matinée, la Villa Harris, face à la Méditerranée. Construite à la fin du XIXe siècle par Walter Burton Harris, correspondant du Times et espion britannique (il inspira, dit-on, la légende d’Indiana Jones), la Villa Harris se veut aujourd’hui un lieu culturel mettant en scène l’influence artistique du monde méditerranéen et le dialogue permanent entre les deux rives. Dans la kasbah, l’ancienne prison, fermée depuis le début des années 1970, accueille un musée dédié aux arts contemporains nord marocains. Si les « anciens » aiment rappeler que la lumière de la cité a su retenir Matisse et Delacroix, une jeunesse est impatiente de déconstruire le mythe, d’insuffler une « movida » à la tangéroise. Stéphanie Gaou organise dans sa librairie « Les Insolites » des expositions où se font connaître des artistes émergents, notamment des jeunes photographes.

    Il se passe aussi toujours quelque chose à la Gallery Kent et à la Galerie Conil. Véritables laboratoires de l’art contemporain, on y trouve les œuvres d’artistes liés à la ville. « Le vrai Tanger, ce n'est plus celui de la Beat Generation, c'est celui d'aujourd'hui, porté par une jeunesse libre et connectée », affirme Olivier Conil. Zoubeir Ben Bouchta a créé dans une ancienne demeure de la kasbah un espace culturel et artistique baptisé Riad Sultan, consacré principalement au théâtre. Kenza Bennani porte une vision nouvelle de l’artisanat marocain. Après avoir travaillé en Europe dans les maisons Jimmy Choo et Louis Vuitton, elle a décidé de rentrer au Maroc et de créer sa propre marque, New Tangier. Au programme couture et maroquinerie de luxe.

    • Villa Harris © Fondation Nationale des musées
      Villa Harris © Fondation Nationale des musées
     

    Carnet d’adresses

     

    12 h — Découvrir la ville par le front de mer

    Perchés sur un gros bus à impérial rouge, nous frôlons les façades historiques du centre-ville : le cimetière juif — à Tanger, on parle beaucoup des juifs, de leurs maisons, de leurs gâteaux, ils incarnent le passé, la prospérité et la tolérance —, le Grand Socco, le vieux marché aux poissons, avant de gagner les quartiers modernes. « C'est superbe... », s'extasie Ashley, une jeune étudiante américaine. Le port a été réaménagé depuis l'ouverture du pôle maritime Tanger Med, à une trentaine de kilomètres. Les poids lourds ont disparu, la forteresse et les fortifications, héritées de la colonisation portugaise, restaurées et nettoyées. Le quartier est clinquant.

    Dans une joyeuse déambulation, Tangérois et touristes se pressent sur la corniche qui encercle la baie. Un port de plaisance chic, Tanja Marina Bay, a vu le jour, avec des restaurants flambant neufs. Les noctambules ont retrouvé leurs nuits blanches dans les bars lounge, les clubs et les boîtes de nuit animées par des danseuses orientales et des DJ new-yorkais. Le 555, "triple five" pour les intimes, est le club VIP de la cité.

    • La corniche de Tanger © ONMT
      La corniche de Tanger © ONMT
       

    Le conseil en plus ? Sur place, une bonne idée est de déjeuner au Tangerino. Déco marine, cuisine d'inspiration espagnole (avec des notes tangéroises) et belle carte de vins. On a opté pour une zarzuela de pescado y marisco (poissons et fruits de mer du jour au four), façon tajine. Le Chiringuito est un autre restaurant en vogue de la marina, tout comme le Nono Sea Taste.

    Carnet d’adresses

    14h — Passer de la Méditerranée à l'Atlantique

    La route traverse une forêt de pins parasols qui cache des demeures princières. Notre bus rouge nous emmène humer les embruns du Cap Spartel, pointe extrême de l’Afrique. En haut d’un phare de 150 ans, on guette la rencontre entre l'océan et la Méditerranée. On continue vers les grottes d'Hercule. Le demi-dieu y étouffa le géant Antée et fit un enfant à sa veuve, Tinga, d’où vient le nom originel de la ville, Tingis. Une ouverture sur l'océan a la forme de la carte de l'Afrique ! Ces côtes ont inspiré à Tennessee Williams Soudain l’été dernier. Un bain de mer sur la belle plage d’Achakkar est le bienvenu, trois kilomètres de sable face aux vagues de l’Atlantique. Le jour décline. On profite d’un dernier coucher de soleil au bar de l'hôtel Le Mirage, en caressant du regard le palais du roi Salmane d’Arabie Saoudite. Cet établissement luxueux porte bien son nom...

    Hôtel Le Mirage
    Route des Grottes d'Hercule

    Nos remerciements à l’Office National Marocain du Tourisme (www.visitmorocco.com).

    • Rue de Tanger © ONMT
    • Rue de Tanger © ONMT

     

    Y aller

    Tanger est à 2h30 de vol de Paris. Le plus simple pour se rendre de l'aéroport Ibn Battouta au centre-ville est le taxi. Le tarif officiel est de 100 dirhams (une dizaine d'euros).

    Une ligne de TGV dernier cri a été inaugurée en 2018, le premier train à grande vitesse d’Afrique. Elle relie Tanger à Casablanca en passant par la capitale, Rabat. Comptez 107 dirhams (environ 10€) pour le trajet Tanger-Rabat effectué en seulement deux heures.

    Rock in the kasbah

    « S'il y a un paradis, il est ici, ici, ici », fit graver sur le mur de son palais de la kasbah la « Queen of Tanger », Barbara Hutton. L’héritière des magasins Woolworth’s, venue vivre en 1946 le rêve marocain, organisa pendant trois décennies des soirées extravagantes dans la ville blanche. En journée, elle sirote son thé au Café Baba. Un café assidument fréquenté aussi par les Stones. Une photo accrochée au mur montre Keith Richards, affalé à une table, une pipe d’une trentaine de centimètres à la main, la traditionnelle sebsi. Un peu plus loin, trône, tel un totem, une guitare qui a appartenu au même Keith Richards. Baba est aujourd’hui le rendez-vous des jeunes Tangérois, venus jouer à des jeux de société, boire un thé à la menthe… et fumer quelques joints, en toute tranquillité.

    Villa Barbara Hutton, Rue Zaitouni