Adrien Juif, Le vendredi 13 mars 2026
Restaurants

Notre avis sur Vivide, la nouvelle table végétale de Montmartre

À Paris, les tables végétales vraiment ambitieuses se comptent encore sur les doigts d’une main. Vivide entend bien changer la donne, en proposant une cuisine tout végétal exigeante, ludique et profondément gastronomique, loin de tout militantisme.
  • Notre avis sur Vivide, la nouvelle table végétale de Montmartre ©JordanSapally
    Notre avis sur Vivide, la nouvelle table végétale de Montmartre ©JordanSapally
  • Vivide, haute cuisine végétale sans dogme ©JordanSapally
    Vivide, haute cuisine végétale sans dogme ©JordanSapally
  • Vivide, haute cuisine végétale sans dogme ©JordanSapally
    Vivide, haute cuisine végétale sans dogme ©JordanSapally
Ce qui frappe rapidement, c’est le travail de composition de chaque séquence

Ouvert à la fin de l’année 2025, Vivide fait figure de rareté dans un paysage des restaurants parisiens encore timides lorsqu’il s’agit de proposer des tables végétales réellement ambitieuses. Ici, pas de posture militante ni de discours clivant, mais une proposition claire : placer le végétal au centre, avec les exigences et les codes de la gastronomie contemporaine. Vivide est le second projet de l’équipe derrière le bistrot Pristine, portée par Michelle Primc et Jeremy Grosdidier. Après une première table créative dans le 10ᵉ arrondissement, le duo change ici de décor et d’échelle.

  • L’équipe de Vivide ©Jordan Sapally
    L’équipe de Vivide ©Jordan Sapally

 

Un écrin pensé pour le soir

Direction le quartier d’Anvers, à Montmartre. La salle, élégante et feutrée, s’organise autour d’une cuisine ouverte, avec un éclairage à la bougie qui installe immédiatement une atmosphère propice aux confidences nocturnes ou aux dîners à deux. Murs sombres teintés au marc de café, tomettes au sol, céramiques artisanales et tables en béton composent un décor cohérent, presque méditatif, où rien ne cherche à s’imposer. Un cadre qui fonctionne naturellement et qui semble annoncer ce que l’on retrouvera dans l’assiette : de la maîtrise, sans ostentation.

 

  • Salle Vivide ©JordanSapally
  • Salle Vivide ©JordanSapally

 

Une partition en sept temps

La carte se décline autour d’un menu unique en sept temps, complété par amuse-bouches et mignardises. Un format qui permet un véritable voyage, pensé comme un repas complet, sans raccourci ni compromis.

Ce qui frappe rapidement, c’est le travail de composition de chaque séquence. Les plats s’articulent souvent autour de plusieurs éléments satellites, sauces, textures, condiments, qui n’ont de sens qu’ensemble. Ici, pas de produit star isolé, mais une construction globale, où le plaisir passe autant par le geste que par l’assemblage. Saucer devient presque un jeu, sans jamais verser dans l’anecdotique.

Le faux tarama accompagné de petits pains encore tièdes se révèle particulièrement réjouissant.

Le végétal comme évidence

À aucun moment ne s’installe la sensation d’un manque. Les plats s’enchaînent avec une vraie générosité, sans frustration ni comparaison avec une cuisine carnée. L’un des plats pousse même le clin d’œil jusqu’à évoquer une viande… sans jamais en être une. Une manière habile de brouiller les repères, sans chercher à tromper.

Parmi les séquences marquantes, le faux tarama accompagné de petits pains encore tièdes se révèle particulièrement réjouissant. La tartelette aux champignons, à la pâte finement craquante et pourtant dénuée du moindre gramme de beurre, impressionne par sa précision technique autant que par son goût.

 

  • ©JordanSapally

 

Accords libres et contemporains

Côté boissons, la proposition, encore en évolution lors de notre passage, mêle une sélection de vins propres à des assemblages maison issus de fermentations et d’expérimentations diverses. L’approche est résolument moderne : inutile de trancher entre alcool et sans-alcool, les deux peuvent cohabiter intelligemment au fil du menu. Une liberté bienvenue, qui accompagne parfaitement l’esprit du lieu et s’inscrit dans les nouvelles tendances de la gastronomie actuelle.

Desserts et dernières douceurs

La fin du repas se fait tout en douceur, avec des desserts parfois clivants mais dans la pleine continuité du repas, suivis de mignardises en forme de petits oursons, aussi régressifs qu’irrésistibles. Une conclusion ludique, sans excès de sucre, fidèle à l’équilibre général du menu.

 

  • © Jordan Sapally
  • © Jordan Sapally

 

Ce qu’il faut retenir

Vivide esquisse avec intelligence ce que pourrait être la nouvelle ère de la gastronomie tout végétale. Pour éviter l’écueil du discours diviseur, il faut une maîtrise technique solide, une vraie diversité de cuissons et un sourcing précis, soit autant de qualités que l’on retrouve ici. Cuissons au four à charbon, croûtes de sel, produits majoritairement locaux, textures multiples : du crémeux au croustillant, du rôti au fermenté, du chaud au givré. L’éventail est large, jamais démonstratif, parfois déroutant, souvent très pertinent.

Si tout n’est pas encore parfaitement calibré, l’essentiel est là : une vision claire, une équipe qui teste, ajuste et affine. Vivide est une table en mouvement, déjà très aboutie, et dont on suivra l’évolution avec un intérêt certain. Une adresse à découvrir, sans a priori et avec curiosité.

 

© Jordan Sapally
Pratique

Vivide

3 rue Dancourt, Paris 18e
Menu en 7 temps prix 85 euros
Accords en 5 verres, avec, sans alcool ou moitié-moitié de 30 à 50 euros
Ouvert au dîner, du mardi au samedi


Site officiel de l'établissement