Vincent Raymond, Le jeudi 05 novembre 2026Notre avis sur l'Hôtel de l'Abbaye à Lyon : un boutique-hôtel design dans une ancienne école
Hôtel testé par Yonder en octobre 2026
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À l'extrémité sud de la Presqu'île, Ainay ne figure pas forcément sur le parcours des touristes de passage à Lyon. Et c'est tant mieux ! À cinq minutes à pied de la gare de Perrache, cet hôtel 4 étoiles est idéalement placé pour découvrir la ville sans en subir l'agitation. À deux pas, la rue Auguste-Comte aligne antiquaires, galeries et boutiques de décoration, tandis que le Vieux Lyon et ses ruelles Renaissance ne sont qu'à une traversée de Saône. Le tout dans une atmosphère de quartier résidentiel où il fait bon flâner.


Notre avis en un clin d'œil
Il faut s'aventurer dans les rues tranquilles d'Ainay pour dénicher cette adresse installée face à la basilique romane Saint-Martin d'Ainay. Derrière sa façade du XIXe siècle, l'Hôtel de l'Abbaye réserve quelques belles surprises : une décoration qui emprunte autant aux maisons de famille qu'aux plus belles pages de l'histoire du design, 21 chambres réparties en trois univers et un restaurant où l'on viendrait volontiers dîner sans même séjourner à l'hôtel de Lyon. Depuis son ouverture en 2019, Arthur Laeuffer y imprime sa personnalité, loin des codes standardisés de l'hôtellerie. Le genre d'endroit où l'on prend plaisir à regarder les meubles, les tableaux et même les objets les plus inattendus.
L'esprit de l'hôtel
Difficile d'imaginer que cet élégant bâtiment, dont la façade emprunte aux palais florentins de la Renaissance, accueillait encore des écoliers il y a une dizaine d'années. Construit au XIXe siècle par l'architecte Claude-Anthelme Benoit pour servir de presbytère à la basilique Saint-Martin d'Ainay, il devient une école publique au début du XXe siècle, avant de fermer ses portes en 2016. Arthur Laeuffer le repère lors de sa mise aux enchères par les Hospices Civils de Lyon, en 2017. Il n'est alors pas hôtelier, mais décide pourtant d'en faire son premier établissement.
Neuf mois de travaux plus tard, les 900 m² ont changé de vocation : l'ancienne bibliothèque abrite la réception et le salon, tandis que la salle de sport, qui faisait aussi office de préau les jours de pluie, accueille désormais le restaurant. « Je voulais faire un lieu convivial, familial, ouvert sur l'extérieur », raconte le propriétaire, qui connaît bien Lyon pour y avoir fait ses études. Son parcours n'a rien de celui d'un hôtelier classique. Passé par le conseil aux entreprises, puis par les cuisines du Clos des Sens à Annecy, avant de travailler dans la gestion locative, il a trouvé avec cette adresse le moyen de réunir ses passions : les belles pierres, le design et la gastronomie.
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L’Hôtel de Abbaye © Guillaume Grasset
Pour l'aménagement intérieur, il fait appel à Maison Hand, le duo lyonnais formé par Pierre-Emmanuel Martin et Stéphane Garotin. Mais pas question de leur donner carte blanche ! Arthur Laeuffer s'implique dans les moindres détails, chine certaines pièces lui-même et fait travailler autant que possible des artisans locaux. Dès l'entrée, le ton est donné par l'imposant bureau de son grand-père, transformé en comptoir de réception. Dans les espaces communs, portraits de famille en noir et blanc, mobilier ancien et pièces de design contemporain se côtoient avec un naturel désarmant.
L'ensemble a ce petit quelque chose des maisons de famille où les objets se seraient accumulés au fil des générations. Le résultat est un joyeux mélange qui réserve quelques surprises. Le terrazzo aux pierres XXL, inspiré des dallages italiens, répond aux tonalités ocre et brique des murs. Dans le salon, les fauteuils Roly Poly de Faye Toogood pour Driade affichent leurs courbes sculpturales, tandis qu'au Café Basilic, les zelliges vert foncé contrastent avec des assises Serax initialement conçues pour l'extérieur. Même les toilettes méritent le détour : un ancien bénitier y a été transformé en lavabo ! Autant de détails qui racontent les goûts éclectiques du propriétaire, amateur de design des années 1950 à 1970, mais aussi de mobilier ancien et de trouvailles insolites.


Autre passion maison : l’art, avec une préférence pour les œuvres modernes. Pourtant, à l’automne 2026, l’Hôtel de l’Abbaye s’ouvre à la création contemporaine avec Émerveillements, son premier véritable accrochage, imaginé en collaboration avec la Galerie Platini. Les sculptures animalières de Sophie Verger croisent les œuvres de Pascal Honoré, Valérie Hadida ou Jürgen Lingl, disséminées dans les salons, les escaliers, les couloirs et jusqu'au restaurant. Pas de cartels omniprésents ni de parcours imposé. « L'idée, c'est vraiment que les œuvres soient positionnées comme on les mettrait chez soi », précise Arthur Laeuffer. Cette première exposition, autour du rêve et de l'émerveillement, inaugure une collaboration avec la galerie, avec de nouveaux accrochages prévus tous les six mois. Une bonne raison de revenir.
À quoi ressemblent les chambres ?
Avec 21 chambres sur trois étages, inutile de chercher ici les longs couloirs impersonnels des grands hôtels. Et si chacune possède ses particularités, les décorateurs ont imaginé trois ambiances bien distinctes. Les grandes fenêtres à meneaux, héritées de l'ancienne école, laissent entrer généreusement la lumière. Côté confort, rien n'a été laissé au hasard : moquettes épaisses réalisées sur mesure, têtes de lit habillées de tissus Bisson Bruneel, rideaux de velours…
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Une chambre de l’Hôtel de l’Abbaye © Guillaume Grasset
Au premier étage, retour dans les seventies ! Les célèbres canapés Togo de Michel Ducaroy pour Ligne Roset, les fauteuils Mushroom de Pierre Paulin et les chaises Bold de Moustache donnent le ton. S'y ajoutent des luminaires DCW Éditions, des plaids Caravane et de petites œuvres graphiques chinées auprès d'une galerie lyonnaise. Les couleurs changent d'une chambre à l'autre, mais toutes partagent ce goût pour les formes généreuses et les associations délicates. On aime particulièrement le contraste entre ce mobilier tout en rondeurs et l'architecture plutôt sage de l'ancienne école.
Au deuxième étage, changement de registre. Maison Hand a misé sur des lignes plus épurées, des matériaux bruts et une palette moins exubérante. Arthur Laeuffer y a ajouté des rééditions de gravures de Martin Schongauer, artiste allemand de la Renaissance, découvertes au musée Unterlinden de Colmar. Dans les salles de bains, le terrazzo se décline dans différentes teintes et les parois de douche sont réalisées à partir de papier japonais inséré entre deux feuilles de verre, un travail confié à la miroiterie lyonnaise Paulhac. Le genre de détail qu’on aime.
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La vue depuis une chambre de l’Hôtel de l’Abbaye © Stanreygrange
Sous les plafonds plus bas du dernier étage, l'ambiance se fait encore plus intime. Mobilier chiné aux Puces du Canal, appliques vintage, petits tableaux et aquarelles de Pierre Peloux, artiste lié au monde des soyeux lyonnais, donnent à ce dernier étage un charme un peu désuet. Ce mix de pièces anciennes et contemporaines fait tout le charme de l'adresse. Quatre catégories sont proposées, des chambres Écrin de 16 m² aux Élégante de 25 m², sans oublier les Essentiel et Signature, d'environ 30 m². Certaines possèdent un petit salon, d'autres donnent sur la place ou sur la basilique Saint-Martin d'Ainay. Notre conseil ? Demander une chambre avec vue sur l'édifice roman, particulièrement beau lorsque la lumière du matin éclaire sa façade.
La chambre à réserver : la 31, pour sa double exposition et sa vue directe sur la basilique Saint-Martin d'Ainay.
Comment est la table ?
Ce serait une erreur de considérer L'Artichaut comme un simple restaurant d'hôtel. D'abord parce que les Lyonnais y ont aussi leurs habitudes. Ensuite parce qu'on y mange vraiment bien. Installé dans l'ancienne salle de sport de l'école, le restaurant joue lui aussi la carte d'une décoration chaleureuse, entre banquettes habillées de tissus Bisson Bruneel, suspensions Gervasoni et tables en bois. La grande table centrale, parfaite pour les repas entre amis, accueille le buffet du petit-déjeuner chaque matin. En cuisine, le végétal occupe une belle place. Un parti pris qui n'a rien d'étonnant quand on connaît le goût d'Arthur Laeuffer pour les légumes et les herbes aromatiques, dont certaines arrivent directement de son jardin d'Annecy. Depuis le début de l'année 2026, Annette et Adrien forment un duo aux fourneaux et renouvellent la carte, courte, chaque semaine, au gré des produits et des arrivages.


Dès la mise en bouche, un excellent pressé d'aubergine accompagné de pickles de prune met les papilles en éveil. La suite confirme cette première impression avec une betterave fumée, associée à une crème de chèvre, un mascarpone aux herbes et une moutarde de betterave. Un joli jeu de textures et de saveurs, sans chercher à en faire trop. On passe ensuite aux ravioles de dorade royale, servies dans une nage de champignons relevée d'huile de feuilles de combawa. Sur le papier, le mariage peut surprendre. Dans l'assiette, les notes iodées, le sous-bois et les accents d'agrumes s'entendent à merveille. Notre coup de cœur du dîner ! Le tataki de bœuf, accompagné d'un condiment de prunes fumées, ne manque pas non plus de caractère. Et pour terminer, une pavlova à la figue apporte la touche fruitée et gourmande qu'il faut.
Mention spéciale à Mathieu, le sommelier venu du Canada, qui connaît ses vins sur le bout des doigts et accompagne le dîner avec une attention aussi discrète qu'efficace. Ses conseils tombent juste, sans longs discours ni leçon d'œnologie.
Pour un café dans la journée ou un cocktail en début de soirée, direction le Café Basilic où l'on peut aussi bien s'installer dans le salon pour un rendez-vous que prolonger la soirée autour d'un verre. Aux beaux jours, le café et le restaurant prennent leurs quartiers sur le parvis piétonnier, face à la basilique. Difficile de trouver plus joli décor pour l'apéritif.
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Le café de l’Hôtel de Abbaye © DR
Alors, on réserve ?
Sans hésiter, surtout si l'on aime les hôtels qui ont une histoire à raconter et une vraie personnalité. À l'Hôtel de l'Abbaye, le design n'est pas qu'une affaire de belles signatures : il traduit les goûts d'un propriétaire qui prend plaisir à mélanger les époques, les objets et les influences. On apprécie aussi le calme du quartier, l'accueil sans façons et, surtout, la qualité de L'Artichaut, qui pourrait presque justifier le déplacement à lui seul.
- Le détail qu'on adore : le bureau du grand-père d'Arthur Laeuffer, transformé en comptoir de réception ;
- On y retourne pour : dîner à L'Artichaut et découvrir le prochain accrochage d'art contemporain ;
- Un coin magique : une chambre douillette avec vue sur la basilique Saint-Martin d'Ainay ;
- Le plat qu'on n'oublie pas : les ravioles de dorade royale dans leur nage de champignons parfumée au combawa.
Hôtel de l'Abbaye
4 étoiles | 21 chambres | 1 restaurant
Pour qui ? Couples, amateurs de design et de gastronomie, voyageurs d'affaires.
Le plus : une décoration très personnelle et un excellent restaurant bistronomique, dans un quartier tranquille de la Presqu'île.
À partir de : 180 euros la nuit.
20, rue de l'Abbaye d'Ainay, 69002 Lyon
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