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5 expositions en Europe à voir absolument en 2026

De Florence à Bilbao, le printemps se visite aussi dans les musées. Cinq expositions majeures, entre Rothko, Chiharu Shiota et Jasper Johns, offrent autant de bonnes raisons de s’échapper en Europe.
  • 5 expositions en Europe à voir absolument © Chiharu Shiota, The Locked Room
    5 expositions en Europe à voir absolument © Chiharu Shiota, The Locked Room
Une exposition en Europe en 2026 à voir absolument tout en profitant du voyage pour visiter Florence

1. Florence : Mark Rothko et le spirituel dans l’art

En Toscane, l'exposition Rothko in Florence propose un voyage immersif dans l’œuvre du peintre américain Mark Rothko, des tableaux figuratifs des premières heures jusqu’aux fameuses toiles abstraites qui plongent le visiteur dans des champs de couleur méditatifs. Véritable dialogue avec la Renaissance italienne et l’architecture florentine, l’accrochage du Palazzo Strozzi met en lumière 75 œuvres empruntées à des musées internationaux et des collections privées, pour souligner l’impact des séjours italiens du maître des années 1950, 1959 et 1966.

  • © ElaBialkowskaOKNOstudio
    © ElaBialkowskaOKNOstudio
     

Élaborée autour de l’idée d’une peinture construite comme un espace architectural, l'exposition déborde littéralement de son cadre en se déployant sur deux sites satellites. Dans le vestibule maniériste de la Biblioteca Medicea Laurenziana, bâti sous l’impulsion de la famille Médicis et imaginé par Michel-Ange, deux œuvres préparatoires de la série des Seagram Murals évoquent les grandes compositions immersives des années 1958-1959. Au Museo di San Marco, les cinq œuvres accrochées dans les cellules monacales entrent pour leur part en discussion avec les sublimes fresques de Fra Angelico, proposant un regard croisé entre le monde intérieur des œuvres de Rothko et celui des frères dominicains du quattrocento. Dirigée par les commissaires Elena Geuna et Christopher Rothko, fils du peintre et spécialiste de Mark Rothko, l'exposition révèle une dimension spirituelle à vivre in situ, dans un monde inondé d’images qui se vident peu à peu de leur sens. Une exposition en Europe en 2026 à voir absolument tout en profitant du voyage pour visiter Florence, véritable musée à ciel ouvert.

Rothko in Florence
Jusqu’au 23 août 2026
Palazzo Strozzi, Piazza degli Strozzi, Florence

Le parcours thématique aborde aussi la question du regard porté sur les femmes

2. Amsterdam : La grande Métamorphose

Musée majeur d’Amsterdam, le Rijksmuseum revient sur deux millénaires d’art inspiré par les Métamorphoses d’Ovide, un récit écrit au Ier siècle sous le règne de l’empereur Auguste. Avec environ 80 œuvres, le musée réussit le tour de force de réunir plusieurs chefs-d'œuvre, dont Danaé de Titien, les compositions aux visages grotesques d'Arcimboldo, ainsi que les vaines illusions de Narcisse peintes par Le Caravage. Si l’exposition montre comment ces récits antiques de transformations brutales, d’amours incestueuses et de vengeances divines ont hanté l’imaginaire occidental, le parcours thématique aborde aussi la question du regard porté sur les femmes, constamment abusées par le désir masculin et rarement maîtresses de leur destin.

  • Rijksmuseum © Amie Galbraith
    L'Hermaphrodite endormi de Gian Lorenzo Bernini au Rijksmuseum © Amie Galbraith
     

Fait assez exceptionnel pour être noté, la sculpture troublante de l'Hermaphrodite endormi de Gian Lorenzo Bernini, conservée au Louvre, a fait le déplacement pour l’occasion. Structuré autour des grands mythes comme Actéon dévoré par ses chiens ou Minerve et Arachné transposés sur une grande diversité de média (peintures de chevalet, médailles, fresques, sculptures, tapisserie des Flandres, céramiques de Delft, etc) l’exposition révèle la portée du récit d’Ovide de l’Antiquité à nos jours. On devient ensuite témoin de la métamorphose des mythes eux-mêmes, réinterprétés en film dans la Méduse chez Juul Kraijer ou en musique par Philip Glass, dont on peut écouter les compositions lors de concerts organisés au musée.

Métamorphoses
Jusqu’au 25 mai 2026
Rijksmuseum, Museumstraat 1, Amsterdam

Shiota manie les fils comme autant de métaphores sur les liens invisibles qui rapprochent (ou emprisonnent ?) l'humanité

3. Une expo à voir en 2026 à Londres : Chiharu Shiota sur le fil

Parmi les expositions à voir absolument à Londres, la Hayward Gallery célèbre l’univers immersif de Chiharu Shiota à travers de vastes installations déployées sur plusieurs salles et produites à partir de milliers de fils de coton tissés en un réseau tentaculaire. Ici et là, des objets du quotidien comme des lits d'hôpital, des valises usées et des chaises renversées sont prises dans les filets de l’artiste japonaise, obnubilée par l’idée de mémoire. Installée à Berlin depuis une vingtaine d'années, Shiota manie les fils comme autant de métaphores sur les liens invisibles qui rapprochent (ou emprisonnent ?) l'humanité. Depuis ses premières performances corporelles des années 1990 jusqu’aux interventions au sein même de l'exposition dans l'œuvre During Sleep, on se perd volontiers dans ces toiles infinies qui défient l’apesanteur et l’oubli.

  • Chiharu Shiota, The Locked Room © Masanobu Nishino ; DACS, London, 2026
    Chiharu Shiota, The Locked Room © Masanobu Nishino ; DACS, London, 2026
     

Avec The Locked Room, des portes sans murs, ouvertes sur un champ de clés suspendues par des fils rouges, évoquent les toiles surréalistes de René Magritte dont les motifs se seraient échappés du tableau. Les horloges arrêtées et les robes spectrales enfermées dans l’espace évoquent en filigrane une biographie difficile à travers les installations monumentales. Le parcours éclaire aussi l’esprit introspectif de Shiota, qui, marquée par l’époque post-Fukushima et le travail de Marina Abramović, a inventé un langage hanté et universel.

Chiharu Shiota: Threads of Life
Jusqu’au 3 mai 2026
Hayward Gallery, Southbank Centre, Belvedere Road, Londres

Le parcours évoque aussi l’esprit DIY de l’époque et la manière dont ces outsiders ont inventé un langage de mode subversif

4. Anvers : à la mode des Six d’Anvers

Le MoMu d’Anvers célèbre 40 ans des Six d’Anvers (ou Antwerp Six), qui ont propulsé la ville belge au rang de capitale mondiale de la mode d’avant-garde. Il s’agit de la première rétrospective officielle dédiée aux six créateurs cultes Walter Van Beirendonck, Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Dirk Bikkembergs, Dirk Van Saene et Marina Yee. Formés à l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers dans les années 1980, les étudiants présentent leurs travaux lors du défilé British Designer Show à Londres en 1986, avant de s’envoler pour des carrières solo qui ébranlent le monde du prêt-à-porter. Les silhouettes post-punk, vestes en cuir cloutées, kilts oversize et volumes survitaminés ont ainsi défié le minimalisme milanais et l’élitisme parisien alors de rigueur.

  • The Antwerp Six, 1986 © Photo: Karel Fonteyne
    The Antwerp Six, 1986 © Photo: Karel Fonteyne
     

Au MoMu, le parcours évoque aussi l’esprit DIY de l’époque et la manière dont ces outsiders ont inventé un langage de mode subversif, poétique et communautaire qui continue d’inspirer les créateurs d’aujourd’hui. Passage obligé à la boutique éphémère qui vend des éditions limitées stylées, où l’on comprend pourquoi Anvers est aujourd'hui encore une ville qui mérite largement le voyage !

The Antwerp Six
28 mars 2026 – 17 janvier 2027
MoMu, ModeMuseum Antwerpen, Nationalestraat 28, Anvers

L'artiste a ébranlé l’expressionnisme abstrait dominant (porté par Jackson Pollock) pour proposer une nouvelle définition de l’art.

5. Bilbao : Jasper Johns décrypté

Figure emblématique de l’art américain de l'après-guerre, le Guggenheim Bilbao consacre une rétrospective majeure à Jasper Johns à travers une centaine d’œuvres qui couvrent sept décennies de carrière. Né en 1930 dans l’État de Géorgie, Johns s’est révélé sur la scène artistique américaine dans les années 1950, 1960 et 1970. En reconstituant l’évolution de son langage visuel marqué par l’appropriation d’icônes culturelles, le musée insiste sur la manière dont l'artiste a ébranlé l’expressionnisme abstrait dominant (porté par Jackson Pollock) pour proposer une nouvelle définition de l’art.

  • © Jasper Johns: Night Driver, Guggenheim Museum Bilbao
    © Jasper Johns: Night Driver, Guggenheim Museum Bilbao
     

Liant l’esthétique du pop art au minimalisme conceptuel, Johns a utilisé des représentations de drapeaux, de cibles et de chiffres apposés sur des toiles monumentales, mêlés à de la cire encaustique et des motifs texturés, pour questionner notre idée de perception, d’objet et de symbole. Le parcours muséal souligne aussi son esprit expérimental de l’après-guerre et la manière dont le solitaire d’Allendale, formé hors institution, a inventé un langage intemporel et universel.

Jasper Johns: Night Driver
29 mai 2026 - 12 octobre 2026
Guggenheim Museum Bilbao, Abandoibai Etorb 2, Bilbao

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