Alice Polack, Le mercredi 18 mars 2026Graz : les bonnes adresses de la ville la plus créative d’Autriche
Deuxième ville du pays, longtemps dans l’ombre de sa grande sœur impériale, Graz s’est réinventée à sa manière : plus jeune, plus libre, plus hybride. Une ville d’étudiants et d’artistes où les friches côtoient les façades Renaissance où les cafés design succèdent aux tavernes historiques et où la nuit se danse autant sur une île flottante que dans un ancien entrepôt.
Ici, tout bouge : la scène gastronomique se met au vert, les chefs travaillent main dans la main avec les producteurs locaux, le design dialogue avec la foi dans des églises modernistes, et les coureurs longent la rivière avant un brunch à base de levain et de vins naturels. Graz vit à son rythme : fluide, curieux, en mouvement permanent.
Bouger ? Le Graz des sportifs et des amoureux de plein air
À Graz, le sport n’est pas cantonné aux salles ni aux stades. Il se pratique dans la rue, sur la colline ou au fil de l’eau, dans une continuité naturelle entre ville et nature. Une culture du mouvement bien ancrée, héritée de son mode de vie durable et de sa géographie vallonnée.
Courir le long de la Mur
C’est la promenade la plus emblématique de Graz : un ruban vert qui longe la rivière du nord au sud, entre passerelles futuristes et zones boisées. Les habitants y courent tôt le matin ou en fin de journée, quand la lumière se reflète sur la Murinsel, cette île d’acier au cœur de la rivière. Le parcours, plat et parfaitement entretenu, alterne entre friches industrielles reconverties, cafés de quartier et tronçons ombragés. On y croise des familles à vélo, des étudiants en footing, des nageurs qui profitent de la fraîcheur du courant à Mur Beach, une plage urbaine installée chaque été avec transats et bars éphémères. Le dimanche, c’est le rendez-vous des coureurs du Marathon de Graz, qui emprunte justement cet axe comme une vitrine de la ville en mouvement. De la Murinsel à Auwiesen.
Le Plabutsch, poumon sportif de l’ouest
Impossible de manquer le Plabutsch durant votre itinéraire à Graz : cette colline boisée qui ferme l’horizon ouest de Graz attire randonneurs, traileurs et vététistes dès les beaux jours. Les sentiers sont nombreux, balisés et variés : chemins forestiers, pentes raides, clairières ouvertes sur la ville. L’atmosphère change avec l’altitude, en bas, on longe le Thalersee, petit lac propice à la baignade ; plus haut, les épicéas laissent place à des points de vue panoramiques sur les toits rouges du centre. Au sommet, le Plabutschhütte fait office de refuge convivial : on y commande une bière locale ou une soupe de goulasch avant de redescendre au coucher du soleil. Le lieu est d’ailleurs très prisé des habitants pour les sessions du soir - une montée express après le travail, juste pour respirer. Accès depuis Thalersee, bus ou voiture.
-
© Sunheron
La Mur sur l’eau : paddle, kayak et surf urbain
La Mur, artère centrale de la ville, est aussi devenue un terrain de jeu pour ceux qui préfèrent la glisse au bitume. L’eau y est étonnamment claire, résultat d’années d’efforts écologiques et le courant suffisamment fort pour permettre une initiation au surf de rivière, discipline locale en plein essor portée par la communauté MurSurfer Graz.
Entre Augarten et Puntigam, on peut aussi louer un paddle ou un kayak auprès du SUP Club Graz et naviguer entre les ponts modernes, les œuvres d’art urbain et les cafés installés sur les berges. L’expérience, unique en Europe centrale, condense tout l’esprit de Graz : active, inventive et profondément liée à son environnement naturel. Entre Augarten et Puntigam, Départs encadrés par SUP Club Graz.
Manger ? La nouvelle garde gastronomique
À Graz, la scène culinaire se joue sur deux tempos : la modernité audacieuse d’une jeune génération qui réinvente le végétal et le partage, et l’attachement viscéral aux produits de la Styrie : huile de pépins de courge, pain au levain, fromages et vins locaux.
-
Une scène culinaire riche © Rene Strasser
Kabuff, le nouveau visage de la gastronomie à Graz
Dans le quartier du Lend, longtemps repaire d’ateliers et de friches, un vent nouveau souffle sur la scène culinaire. À la croisée entre bistrot contemporain et laboratoire du goût, Kabuff incarne cette jeune garde gastronomique qui repense la table à Graz. Ici, tout commence avec le pain : un sauerteigbrot (pain au levain) cuit maison, compagnon essentiel d’une cuisine végétale et spontanée, façonnée au rythme des saisons.
Le lieu : un espace clair, brut et chaleureux, reflète la philosophie du trio fondateur : Eva Schnabl, cheffe formée chez Philip Rachinger (Mühltalhof) et passée par le CODA à Berlin, orchestre une cuisine d’instinct où les légumes tiennent le premier rôle. Julia Schnabl, barista et graphiste, soigne l’atmosphère et les détails du service. Tandis que Klemens Grassl accueille les convives en conteur, expliquant l’origine de chaque produit avec la même attention que l’on porte à un vin nature.


Tout est local, souvent ultra-local : herbes du potager d’Eggenberg, fromages artisanaux de Kärnten, farine de la Haindl Mühle à Kalsdorf, café Buna torréfié à Graz. La carte, courte et mouvante, se décline en plats à partager, servis au centre de la table, l’idée étant de redonner au repas une dimension collective, simple et sincère.
Côté cave, le vin naturel règne sans discours prétentieux : des cuvées non filtrées, franches et vivantes, servies au verre ou accompagnées de créations maison sans alcool, infusées aux herbes et fruits d’été. On y vient le matin pour un brunch au café Buna, le soir pour un dîner à partager autour d’une miche fumante. Lendkai 13.
Kaiser-Josef Markt, le goût de la Styrie
Face à l’opéra de Graz, les étals du Kaiser-Josef Markt déroulent chaque matin leur ballet de couleurs et de saveurs. C’est le plus ancien marché de la ville et sans doute le plus typiquement styrien : on y trouve tout ce qui fait la réputation gastronomique du sud de l’Autriche : fromages de montagne, pains au levain, charcuteries fumées et l’incontournable huile de pépins de courge, emblème local à la teinte verte et au goût de noisette.
-
©Harald-Eisenberger
Ici, pas de revendeurs anonymes mais des producteurs venus des collines alentour, qui connaissent leurs clients par leur prénom. On s’y attarde pour grignoter un sandwich au Speck encore tiède, goûter un verre de Sturm (vin nouveau légèrement pétillant) ou simplement observer la ville s’éveiller. Le vendredi, les cafés voisins installent leurs terrasses au bord des étals et la place devient un véritable salon à ciel ouvert. Kaiser-Josef-Platz. Ouvert du lundi au samedi matin.
-
Visiter le marché de Graz © Nina-Söntgerath Reisehappen
Sortir ? La scène nocturne et les collectifs qui font vibrer la ville
Quand la nuit tombe, Graz se transforme. Derrière ses façades baroques, la ville dévoile une énergie alternative portée par une scène club indépendante et des collectifs qui redéfinissent la fête.
Le Postgarage, temple brut de la nuit
Ancien entrepôt de la zone de Lend transformé en club, Postgarage est devenu l’épicentre de la scène nocturne de Graz. Pas de façade clinquante ni d’effet de mode : ici, tout repose sur le son. Deux étages, un bar minimaliste, une salle brute aux murs de béton et une programmation qui fait la part belle à la techno, à la house et aux collectifs indépendants. C’est l’adresse que tous les étudiants connaissent et que les DJs adorent, un lieu où se croisent générations et genres musicaux, du hip-hop aux sets électro les plus pointus. Le public est fidèle, curieux, souvent local, parfois venu de Vienne ou Ljubljana pour une nuit entière sans prétention mais avec exigence. Dreihackengasse 42.
Purer.ernst : l’avant-garde locale
Autour du Postgarage gravite une constellation de collectifs, dont purer.ernst, figure montante de la scène clubbing autrichienne. Leur marque de fabrique : investir les lieux iconiques de Graz pour les transformer le temps d’une nuit. Leur dernier projet, Terra Nullius, a vu la Murinsel - cette île futuriste au centre de la rivière - métamorphosée en dancefloor à ciel ouvert, avant une after party au Gatto im Museum. Le line-up réunissait des artistes locaux comme Lila Gold, Margo Gontar ou Billi mpeg, pour un mélange délibérément hybride : techno, indie, trance. Leur approche, à mi-chemin entre performance artistique et culture rave, réinvente la manière de faire la fête à Graz : plus libre, plus inclusive et ancrée dans ce que la ville a de plus particulier.
Graz, laboratoire d’art et de design
À Graz, l’art ne se visite pas, il se croise. Sur une façade, dans une rue, au détour d’un pont ou même sur une église, le design s’invite partout. La ville cultive une forme d’audace discrète : utiliser l’art pour bousculer le regard, interroger le sacré ou réinventer le quotidien.
La Murinsel
Posée au milieu de la Mur, la Murinsel fait partie de ces curiosités qui racontent bien l’esprit de Graz. Ni tout à fait un pont, ni vraiment une île, cette structure flottante au design futuriste semble échouée là, entre les deux rives de la ville. Imaginée en 2003 lors de l’année où Graz était Capitale européenne de la culture, elle tranche avec les façades Renaissance alentour et introduit une note presque irréelle dans le paysage.
-
Le Murinse © Markus Spenger
On y accède à pied, simplement, comme une extension naturelle de la promenade. Au centre, un café permet de s’attarder quelques instants, le temps d’un verre ou d’une pause au fil de l’eau. La journée, l’endroit se traverse plus qu’il ne se visite. Le soir, avec les lumières et le murmure de la rivière, l’atmosphère change : plus douce, plus habitée. Un arrêt rapide, mais suffisamment singulier pour marquer une balade dans la ville.
Kunsthaus Graz
L'architecture spectaculaire du Graz Kunsthaus ne laisse personne indifférent. S'il est rare que des bâtiments urbains traditionnels s'intègrent si harmonieusement à une architecture contemporaine époustouflante, c'est pourtant le cas de ce musée d'art contemporain à Graz. Le Kunsthaus flotte tel un mystérieux ballon bleu entre les toits du centre historique. Surnommé « l'extraterrestre amical » par ses créateurs, son charme fascinant attire les visiteurs.
-
© Harry Schiffer
Kirche St. Johann und Paul - la foi réinterprétée par l’art contemporain
Derrière sa façade baroque classique, la Kirche St. Johann und Paul bouscule toutes les attentes. Ici, la religion dialogue avec le design contemporain dans un projet unique en Autriche : transformer l’église en espace d’exposition vivant où artistes et curateurs repensent sans cesse le rapport entre sacré et quotidien.
Sur la façade, un simple interrupteur sculpté attire le regard. Œuvre minimaliste et presque ironique, il agit comme un symbole discret : un “bouton de lumière” littéral et spirituel. À côté, des mots peints - gelbes Trikot, don’t worry, Anleiter - s’inscrivent comme des fragments de pensée. Ils forment une sorte de mantra visuel, invitant chacun à réinterpréter le lieu à sa manière.
-
Kirche St. Johann und Paul © Norbert Eder Photography
À l’intérieur, les vitraux contemporains remplacent les scènes religieuses traditionnelles par des compositions abstraites : aplats de couleurs translucides, formes géométriques et motifs presque numériques. Chaque intervention, qu’il s’agisse de néons, de textiles ou de structures suspendues, s’intègre au bâti sans jamais le trahir, créant un dialogue permanent entre héritage baroque et regard contemporain.
Certaines œuvres sont éphémères, pensées pour ne durer que le temps d’une saison liturgique ou d’un cycle artistique. D’autres deviennent permanentes, inscrites dans le parcours spirituel du lieu. Un lieu singulier, qui fait de Graz une ville où le design n’est pas qu’un style mais une manière de penser le monde, jusque dans ses espaces les plus symboliques.
Schloss Mariatrost, l’escapade baroque à la lisière de Graz
À seulement trente minutes du centre, au bout de la ligne 1 du tram, le décor change complètement : collines verdoyantes, silence de campagne et au sommet d’une butte, la silhouette lumineuse du Schloss Mariatrost. Ce sanctuaire baroque, coiffé de deux tours symétriques, domine la vallée comme une carte postale.
On y accède par un escalier monumental bordé de tilleuls - une montée paisible qui rappelle les pèlerinages d’autrefois, aujourd’hui remplacés par les promeneurs du week-end. À l’intérieur, la basilique impressionne par ses fresques en trompe-l’œil et son autel sculpté, témoignage du faste spirituel de la Styrie au XVIIIᵉ siècle.
-
Schloss Mariatrost © exploreGRAZ
Mais c’est surtout l’atmosphère qui frappe : une parenthèse apaisante à quelques arrêts de tram de la vieille ville, où l’on entend plus les oiseaux que la circulation. Autour, les sentiers serpentent dans les collines jusqu’au Rettenbachklamm, petite gorge boisée idéale pour une balade digestive ou un pique-nique avec vue sur la ville. Accès direct : tram 1 direction Mariatrost, terminus.



