Florence Valencourt, Le jeudi 15 janvier 2026Pantagruel : repaire rabelaisien rue de Richelieu
Nouveau chapitre pour ce roman gastronomique
Si le chef Jason Gouzy avait connu le succès immédiat avec son adresse dans le centre de Paris, rue du Sentier - auréolée d'une étoile Michelin en 2021 - tout juste un an après l'ouverture, il s'y sentait malgré tout un peu à l'étroit pour donner la pleine mesure de son talent et de ses ambitions. Logique quand on s'appelle Pantagruel, rien n'est jamais assez grand...
-
Le chef du Pantagruel, Jason Gouzy © ilyafoodstories
Il a donc pris une décision radicale mais somme toute logique en septembre dernier : transformer sa première adresse en restaurant de « cuisine bourgeoise » de bon aloi sous le nom de Panurge (Rabelais un jour, Rabelais toujours !) et aller conquérir les abords du Palais Royal dans un écrin à sa (dé)mesure pour Pantagruel. Comme il l'explique avec clarté : « Déménager n’est pas un renouveau mais une continuité. Cela me permet de faire évoluer ma cuisine. Tout doit être cohérent de la salle à l’assiette. Ce nouveau lieu est en adéquation avec ce que l’on souhaite faire au quotidien. L’espace technique de cuisine nous permet de nous déployer et la salle offre une expérience plus en phase avec notre vision du restaurant gastronomique ».
-
Une des salles du restaurant © Pantagruel
En l'occurrence, une vision assez théâtrale mais sans effet de manche, dans un décor qu'on croirait sorti de la Comédie Française, voisine. C'est très singulier, mais finalement plutôt plaisant et raccord avec l'univers de l'écrivain, comme du cuisinier. Deux salles, une côté cour, une côté jardin et, comme il se doit, une très belle cuisine qui fait la jonction, doublée d'une arrière-cuisine et d'un laboratoire de pâtisserie en sous-sol.
Les habitués ont suivi ; et le chef en a gagné de nouveaux en s'implantant dans cette artère centrale très prisée de la communauté japonaise, fine gueule s'il en est. D'ailleurs c'est elle qui compose la majeure partie de la clientèle le jour de notre visite. Ainsi que de couples jeunes, ce qui est toujours réjouissant dans un gastronomique.
Le petit diable est dans les détails
L'accueil est charmant, professionnel et affable juste ce qu'il faut. Visiblement, l'équipe est heureuse d'être là, ce qui fait plaisir à voir et met dans les meilleures dispositions. Surtout que la jeune cheffe sommelière (dont le talent sera confirmé tout au long du repas) nous accueille avec une belle bulle de chez André Bergère, parfaite pour mettre en appétit et accompagner le « Prologue », soit une déclinaison plutôt amusante et bien faite autour du butternut. Le service du pain et du beurre, devenu une affaire d'Etat, ce dont on ne se plaindra pas, bien au contraire - propose beurre miso, brioche algue Nori, mais aussi blé et pain au sarrasin, réalisés sur place par le chef pâtissier, également boulanger. On découvre alors L’œuf pantagruélique, signature du chef, dans une version asiatisante plutôt plaisante, si la feuille de riz avait été un poil moins élastique... Pour suivre, une Saint-Jacques, sarrasin, oignon de Roscoff. Délicieuse. Mais on découvre alors le vrai côté pantagruélique (cohérent) voulu par le chef : il n'y a pas un plat, mais quatre ! C'est bien fait, mais on ne sait déjà plus où donner de la tête. Idem pour le Foie gras, haddock, artichaut, prune. L'association étant déjà osée mais percutante, on aurait aimé que le plat s'en tienne là, plutôt que d'être encore "satellisé" par des petites assiettes, certes très justes mais qui nous font perdre un peu le fil...
-
L’Oeuf pantagruélique © ilyafoodstories
Les deux plats principaux : Homard bleu breton, patate douce, châtaigne et la Biche, carotte, oursin démontrent les qualités aussi bien techniques que créatives du chef. C'est absolument savoureux et parfaitement dressé. Le pré-dessert est à la fois un vrai geste original et un vraiment moment de service en salle. On ne vous le dévoilera donc pas, histoire de ne pas gâcher le plaisir. Quant au dessert, autour des agrumes et du pain, c'est également très probant et gourmand. Un très joli moment. Dont on sort évidemment repu mais ravi.
On laissera le mot de la fin au chef Jason Gouzy : « Je veux que ce soit une profusion, une fête. Certaines personnes économisent pour venir ici. On s'appelle Pantagruel, on se doit d'être à la hauteur des attentes gourmandes de nos clients ».
Ce qu'il faut retenir : Une jolie table pour appétits sérieux, qui apprécient le spectacle et une cuisine de très bonne facture, à la fois technique et créative. Tout rabelaisien qu'il soit, le menu gagnerait cependant à ne pas multiplier les satellites à tout va, afin qu'on ne perde pas le fil d'un propos au demeurant charmant. Formidable proposition au déjeuner, pour un étoilé.
Pantagruel
Menu Déjeuner, 65 euros - En trois chapitres.
Au dîner, Menu Gargamelle, 130 euros - En cinq chapitres. Menu Pantagruel, 185 euros - En six chapitres.
Accord mets & vins : en cinq verres, 80 euros ; en six verres, 90 euros.
10, rue de Richelieu, Paris Ier
Ouvert du lundi au vendredi, au déjeuner et au dîner





