Éléonore Bounhiol, Le jeudi 20 août 2026Visite de chantier : la Maregagne, nouveau projet de ferme-hôtel dans le Vexin
À moins de 2h de Paris, dans le « Vexin bossu », un curieux chantier alimente les conversations depuis plusieurs mois : celui de La Maregagne. Cette ferme de 110 hectares, longtemps laissée à l'abandon, se métamorphose peu à peu en hôtel insolite qui place l’agriculture au premier plan. À l'origine de cette aventure, Édouard Daehn, fondateur du Barn et le collectif L'Équipage ambitionnent de réinventer le séjour à la campagne dans une exploitation bovine bien vivante. Nous avons visité le chantier, encore rythmé par le bruit des marteaux. Premiers contours d'un lieu dont l'ouverture, prévue en 2027, pourrait bien redessiner ceux de l'hospitalité rurale.
Le pitch | L’hôtel qui se cache dans une ferme
À première vue, rien ne distingue La Maregagne d'une ferme traditionnelle du Vexin. Un pigeonnier trône au centre du corps de ferme, les pâtures où quelques vaches paissent tranquillement s'étendent à perte de vue et les bâtiments agricoles ont conservé leur silhouette d'origine. Normal, nous explique-t-on, c'est précisément le pari du projet : faire en sorte que l'hôtel écoresponsable à la campagne s'efface derrière la ferme, et non l'inverse. Tout autour, l'exploitation agricole reste pleinement active, mais change de cap. Les cultures céréalières ont cédé la place à des prairies, destinées à nourrir un troupeau bovin herbager, un modèle développé en collaboration avec l’agriculteur Maxime Caillaud, mais aussi un agronome et un vétérinaire. L'objectif est de recréer un équilibre favorable aux sols, aux haies, aux mares, aux insectes et à toute la biodiversité du domaine.
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La Maregagne, nouveau projet de « ferme-hôtel » © DR
À quoi ressemblera La Maregagne ?
Au milieu de cette vie agricole prendront place 88 chambres, réparties entre les bâtiments historiques et de nouvelles granges en bois préfabriquées. Conçues avec l'agence ASL Architectes et réalisées par Ossabois, elles devraient permettre de limiter la durée du chantier et d’améliorer les performances énergétiques du lieu sans dénaturer le paysage.À l'intérieur, l’esthétique s’annonce épurée mais cosy. Du bois d'épicéa tapisse déjà certains espaces du sol aux murs, et le décor sera ponctué de quelques pièces artisanales.
Les chambres standards, de 18 à 21 m², disposeront d'une terrasse ou d'un petit jardin en rez-de-chaussée, tandis que plusieurs clés sous les combles dépasseront les 30 m². Trois suites iront encore plus loin avec leur poêle à bois. On trouve également, côté ferme historique, deux maisons indépendantes : une avec deux chambres, salon et cheminée et une grande villa à louer de cinq chambres avec une cuisine commune donnant sur les jardins.
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Une des chambres de La Maregagne © DR
Le cœur battant du domaine sera sans doute l'immense restaurant de 150 couverts installé dans une ancienne grange rustique surnommée « la chapelle ». Un monumental four à pain occupera le centre de la pièce, tandis que la cuisine s'approvisionnera en partie directement auprès de la ferme, en partie auprès d’un réseau de producteurs du Vexin.
L'hôtel spa accueillera sauna, hammam et cabines de soin, une piscine extérieure « dans laquelle on pourra sauter », glisse en souriant Édouard Daehn, bien décidé à rompre avec les piscines d'hôtel où le calme semble parfois imposé. Pensé comme un hôtel kids friendly proche de Paris (à l'instar du Barn), La Maregagne proposera des ateliers d’ébénisterie et différentes activités manuelles à partager en famille. En semaine, les espaces pourront accueillir des séminaires.
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Le futur restaurant de La Maregagne © DR
Un terrain de jeu grandeur nature
L’ennui, vraisemblablement, ne fera pas partie du programme. Dans l'esprit de L'Équipage, le domaine entend faire du territoire une destination à part entière. Les hôtes pourront réserver un baptême en planeur depuis l'aérodrome voisin de Chérence, s'élancer sur les chemins du Vexin à vélo ou en canicross, participer à un tournoi de tennis sur gazon, s'initier à la pêche à la truite, découvrir l'apiculture ou flâner entre les stands d’un petit marché agricole qui prendra régulièrement place dans la cour du domaine… Une manière de s'approprier les paysages, les savoir-faire et les saisons.
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Réserver un baptême en planeur © DR
« L'hôtel doit vivre au rythme de la ferme, et non l'inverse », résume Édouard Daehn. Et si l’idée irrigue tout le projet, libre à chacun de choisir son niveau d’implication. Sur demande motivée, les hôtes pourront participer à la vie agricole ou simplement en être les témoins privilégiés. Les plus curieux accepteront de troquer leur grasse matinée contre un réveil à l'aube pour assister au travail des foins, d'autres enfileront des bottes pour accompagner les éleveurs dans les pâtures, observer la traite ou, avec un peu de chance, assister à la naissance d'un veau. Rien n’est figé ni promis, « la campagne n’est ni un décor ni un argument marketing », avance Édouard Daehn. Elle reste un lieu de production, de transmission et de rencontres. L’hôte n’est qu’un invité de passage. À l’heure où de nombreuses adresses rurales revendiquent un retour à la nature, le projet pousse la logique un cran plus loin. Une adresse qui annonce un modèle reproductible, deux autres projets sont déjà envisagés, l'un en Champagne, l'autre en montagne, avec l'objectif d'ouvrir un établissement par an.
La Maregagne
88 clés, ouverture prévue en mars 2027



