Éléonore Bounhiol, Le lundi 07 septembre 2026Les plus beaux hôtels Art Déco
Une façade de lignes géométriques, un grand escalier en majesté, quelques éclats de laque ou de laiton… Et voilà que surgit tout un imaginaire, celui de l’Art déco, du faste des Années folles, des premières traversées en paquebot, des gratte-ciels originels et des nuits éternelles bercées par le jazz. Des rivages de la Méditerranée aux façades pastel de Miami Beach, certains hôtels de luxe sont devenus les plus beaux ambassadeurs du mouvement. Palais historiques, icônes réveillées ou réinterprétations contemporaines : notre sélection des hôtels Art déco et design iconiques pour remonter le temps.
1. Palais de la Méditerranée | Le grand hôtel Art déco de la Riviera
Sur la Prom’, sa façade blanche ne passe pas inaperçue : colonnes cannelées, arches ouvertes sur un immense patio, sculptures monumentales et sommet en gradins… Nous voilà face à un vrai décor de cinéma, et un pur produit Art déco. Le Palais de la Méditerranée a été inauguré en 1929 sous l’impulsion de l’homme d’affaires américain Frank Jay Gould, qui confie alors aux architectes niçois Charles et Marcel Dalmas le soin d’imaginer rien de moins que « le plus beau casino du monde ». Spectacles, jeux, dîners et expositions y rythmeront les grandes heures de la Riviera, jusqu’à la fermeture de l’établissement en 1978. De ce premier âge d’or subsiste la magistrale façade Art déco, scandée d’arcades et de bas-reliefs signés Antoine Sartorio, classée monument historique en 1989 puis intégrée à l’hôtel de luxe à Nice ouvert en 2004. Une survivante, et pas des moindres, puisqu’elle reste encore aujourd'hui l’une des plus belles expressions de l’Art déco face à la baie des Anges.
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Une suite avec vue dans l’hôtel Art déco Le Palais de la Méditerranée © DR
En 2026, l'hôtel de luxe sur la Côte d'Azur a entamé un nouveau chapitre sous la bannière The Unbound Collection by Hyatt. La designer Linda Boronkay, passée par Soho House, a revisité les 173 chambres et suites ainsi que plusieurs espaces communs en saluant l’histoire des lieux, sans sombrer pour autant dans le pastiche années 1930 - exercice plus périlleux qu’il n’y paraît. Courbes enveloppantes, teintes pastel, marqueterie, laque, métal patiné et pierre de lave verte distillent quelques références Art déco avec suffisamment de retenue (et de modernité) pour laisser entrer la lumière de la Méditerranée.
Le clou du spectacle ? Le vaste patio central, bordé de colonnes et ouvert sur la Baie : en son centre, la piscine chauffée traverse les parois vitrées pour passer de l’intérieur à l’extérieur. Après quelques longueurs, on étire la détente du côté du sauna et du hammam, ou dans le superbe centre de fitness, avec ses équipements dernier cri. Pour les repas, direction le restaurant de Nice Zouzou Riviera, animé du petit-déjeuner jusqu’aux soirées musicales. Afin de prendre toute la mesure du lieu, on vise l’une des nombreuses chambres avec terrasse (elles représentent 95 % de l’inventaire) ou, sans regarder à la dépense, la Penthouse Suite : 112 m², auxquels s’ajoutent 70 m² de terrasse suspendue au-dessus de la baie. Une renaissance bien menée, rétro juste ce qu’il faut, qui redonne enfin au Palais l’éclat promis par son nom.
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La piscine de l’hôtel Art déco Le Palais de la Méditerranée © DR
Hôtel Palais de la Méditerranée - The Unbound Collection by Hyatt *****
173 clés, prix à partir de 280 euros la nuit
13 promenade des Anglais, 06000 Nice
2. Le Splendid Dax | L'un des plus beaux hôtels Art déco se trouve à Dax
Il fallait une certaine dose d’audace pour imaginer, dans le Dax des années 1920, un palace aux dimensions de transatlantique. À l’époque, l’ambition du député-maire Eugène Milliès-Lacroix dépasse même les murs d’un seul hôtel : il rêve de transformer la cité landaise en rivale de Vichy, avec casinos, embarcadères et une poignée de grands hôtels alignés le long de l’Adour. Le projet restera largement sur le papier, mais Le Splendid est encore témoin de l’idée.
Construit en 1928 par l’architecte parisien André Granet, avec les Dacquois Albert Pomade et Jean Prunetti, puis inauguré l’année suivante, l’établissement a conservé son squelette Art déco et, à l’intérieur, ses atours les plus fastueux. Verrière, colonnes laquées, ferronneries, luminaires géométriques et escalier monumental habillent le somptueux hall, suffisamment saisissant pour avoir attiré, jadis, Joseph Kessel, Sacha Guitry et quelques autres passagers illustres. Fermé en 2013 après des années plus incertaines, ce monument historique a retrouvé le public en 2018 au terme d’une restauration d’envergure.
L’hôtel du sud ouest, désormais exploité par le groupe français Vacances Bleues, vaut encore pour son architecture qui ne fait rien à moitié, savamment réhabilitée par l’architecte Sandrine Forais. Derrière les volumes grandioses, les 146 chambres et suites associent mobilier contemporain et détails sauvegardés : portes, poignées, miroirs et lustres d’époque répondent aux couleurs franches et aux imprimés modernes, librement inspirés des Années folles. Certaines clés dépassent les 100 m².
Installé sur les vestiges de l’ancien château fort de Dax, le spa de 1 800 m² alterne bassin à jets, flotarium, sauna, hammam, grotte de sel et douze cabines de soins sous des voûtes de pierre ponctuées de mosaïques inspirées des années 1930. On termine la journée autour d’un verre, au comptoir du bar Majestueux, dans le hall, ou encore sur les pas de Guitry et Hemingway au Petit Fumoir, repaire feutré aménagé dans l’ancien fumoir des années 30. Moins mondain que ses cousins de la Riviera, sans doute ; moins spectaculaire, certainement pas !
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Le lobby de l’hôtel Le Splendid à Dax © DR
Hôtel & Spa Le Splendid - Dax - Vacances Bleues ****
173 clés, prix à partir de 86 euros la nuit
2 cour de Verdun, 40100 Dax
3. Delano Miami Beach | Troisième acte pour cet hôtel Art déco signé Starck
Peu d’hôtels peuvent se vanter d’avoir réveillé Miami Beach à deux reprises, et de tenter aujourd’hui la passe de trois. Lorsqu’il ouvre en 1947 sur Collins Avenue, le Delano impose alors sa haute silhouette blanche dans le paysage encore très horizontal de South Beach. Dessiné par Robert Swartburg, le bâtiment appartient à la dernière vague de l’Art déco floridien, déjà gagnée par les lignes fuselées du Streamline Moderne et les prémices du MiMo. Mais l’entrée dans la légende survient en 1995, lorsque l’hôtelier Ian Schrager et Philippe Starck en font le laboratoire d’une nouvelle hôtellerie lifestyle : voilages blancs, mobilier surdimensionné, fantaisie surréaliste et piscine comme une scène sociale à ciel ouvert... Le Delano devient l’endroit le plus couru de Miami, il attire artistes, mannequins et noctambules, et participe largement au retour en grâce de South Beach.
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Le lobby du Delano Miami Beach © DR
Fermé depuis 2020, le voilà revenu au printemps 2026 après six années de silence et une transformation menée par Elastic Architects pour Ennismore, l’entité lifestyle du groupe Accor. Plutôt que de choisir entre ses deux vies, le nouveau Delano emprunte le meilleur de chaque ère : façade, sols en terrazzo, colonnes hexagonales, passerelle en mezzanine, piscine et jardins ont été restaurés, tandis qu’une foule de rideaux et le Rose Bar rappellent avec finesse les années Starck.
Dans les 171 chambres, suites et bungalows, le blanc immaculé s’est réchauffé de crème, de corail, de bois blond et de mobilier sculptural, avec de larges ouvertures sur l’Atlantique. Le rez-de-chaussée retrouve quant à lui son énergie mondaine avec Gigi Rigolatto, restaurant italien de Paris Society qui investit jusqu’à la plage d’en face avec ses cabanas, pendant que Mimi Kakushi, table inspirée de l’Osaka des années 1920, se réserve aux résidents et aux membres du nouveau club privé. Deux piscines, des bungalows en duplex et, à partir de l’automne 2026, un spa pensé comme un vrai spot social complètent cette troisième renaissance. Nostalgique ? Juste assez !
Delano Miami Beach *****
171 clés, prix à partir de 825 dollars la nuit
1685 Collins avenue, Miami Beach, États-Unis
4. Hôtel Mediterraneo Rome | L'un des plus beaux hôtels Art déco de Rome
À deux pas de Termini, l’Hotel Mediterraneo fait figure d’ovni - si l’on ne regardait pas à côté, on pourrait se croire dans les rues de Manhattan tant son architecture Art déco teintée de rationalisme détonne dans la Ville éternelle. L’histoire de cet hôtel Art déco débute à la fin des années 1930, lorsque l’hôtelier Maurizio Bettoja profite de l’Exposition universelle annoncée pour 1942 afin d’imaginer un établissement cosmopolite, moderne et tourné vers le Nouveau Monde. Le régime fasciste, peu sensible à cette rêverie transatlantique, l’oblige à abandonner le nom d'Hôtel Oceanico au profit d’une appellation jugée plus « romaine ».
L’architecte Mario Loreti élève alors une tour de onze étages et plus de cinquante mètres, privilège rare dans un centre historique soumis à de strictes limites de hauteur. Sa façade en travertin, quadrillée de fenêtres parfaitement alignées, emprunte aux gratte-ciel new-yorkais et aussi, un peu aux arcades du Colisée. Mais voilà : achevé en pleine guerre, l’hôtel de Rome ne connaîtra ni Exposition universelle ni inauguration fastueuse. Ses premiers résidents seront des officiers allemands, bientôt remplacés par les forces américaines après la libération de Rome. Ce passé mouvementé n’empêchera pas l’hôtel de rouvrir, quelques années après… et de devenir emblématique.
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Une suite au charme rétro de l’Hôtel Mediterraneo © DR
Il faut dire qu’à l’intérieur, le voyage est intégral. Dans le lobby, bustes d’empereurs et références à l’Antiquité côtoient les lignes aérodynamiques du mobilier, les luminaires de Gio Ponti, les marbres colorés et les boiseries précieuses. Face à la réception, deux ascenseurs dissimulés dans d’imposantes colonnes sont surmontés de mosaïques dorées retraçant le départ puis le retour d’Ulysse ; plus loin, une cheminée en marbre vert ornée d’une marqueterie consacrée à Prométhée précède un bar Art déco miraculeusement préservé, coiffé d’un ciel bleu en mosaïque, et un lourd escalier de marbre gris achève l’immersion vintage.
Les 242 chambres et suites, réparties sur ses dix étages, oscillent entre charme rétro et détails contemporains - elles sont un peu moins spectaculaires que les communs mais on y trouve encore quelques trésors anciens. Pour prendre de la hauteur, on booke l’une des suites du dernier étage avant de rejoindre le Ligea Lounge Bar, installé sur l’un des plus hauts rooftops du centre de Rome. Une adresse hors du temps qui mérite bien plus qu’une simple nuit d’étape.
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La réception de l’Hôtel Mediterraneo © DR
Bettoja Hotel Mediterraneo ****
242 chambres, prix à partir de 218 euros la nuit
Via Cavour, 15, 00187 Roma, Italie
5. Hôtel Martinez | L'hôtel Art déco mythique sur la Croisette à Cannes
Voilà presque cent ans que Le Martinez tient son rang de légende sur la Croisette : il en a vu des flashes, des robes du soir et des arrivées chorégraphiées. C’est que le goût du show est inscrit dans sa genèse ! Lorsqu’Emmanuel Martinez inaugure son palace en 1929, il voit déjà grand : sept étages, plus de quatre cents chambres et une façade blanche d’une centaine de mètres, rythmée par d’élégants balcons en ferronnerie bleue.
Dessiné par l’architecte niçois Charles Palmero, l'hôtel spa de Cannes assume les lignes verticales et la symétrie de l’Art déco avec un soupçon de légèreté balnéaire - héritage des grands palais azuréens. Le Festival de Cannes, créé après-guerre, s’occupera du reste. À quelques minutes du Palais des Festivals, le Martinez devient tour à tour refuge, lieu de rendez-vous, salle d’interview improvisée et théâtre de soirées dont la Croisette conserve jalousement les anecdotes.
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Le lobby magistral du Martinez à Cannes © DR
Passé sous la bannière The Unbound Collection by Hyatt, le Martinez s’est offert en 2018 un lifting réussi signé Pierre-Yves Rochon. L’architecte d’intérieur a préféré faire entrer la lumière plutôt que de figer l’icône dans les années 1930 : laque blanche, mosaïque, terrazzo, marbre et mobilier aux courbes graphiques s’adjoignent une palette de bleus de jaunes, comme pour retenir un peu plus de soleil et de Méditerranée. Cette fraîcheur gagne les quelque 410 chambres et suites - dont les superbes penthouses prolongés par d’immenses terrasses face à la baie.
Lorsque Cannes s’emballe, on prend retraite à L’Oasis du Martinez : 2 800 m² de calme au cœur d’un jardin luxuriant, avec piscine, bar à jus, soins Carita, salle de fitness… À moins de préférer la plage privée et sa jetée mythique. Côté table, le choix ne manque pas : La Palme d’Or, auréolée d’une étoile Michelin, dans son décor panoramique inspiré du cinéma ; Le Sud et sa terrasse aux accents yachting ; ou le Martinez Bar, très speakeasy dans l’esprit. Entre splendeur Art déco et luxe bien dans son époque, le palace n’a manifestement aucune intention de quitter l’affiche !
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Une suite du Martinez à Cannes © DR
Hotel Martinez In The Unbound Collection By Hyatt *****
410 clés, prix à partir de 228 euros la nuit
73 boulevard de la Croisette, 06400 Cannes
Et aussi : Hôtel du Collectionneur (Paris) | Un hôtel Art déco face au parc Monceau
A deux pas des Champs-Elysées, L’Hôtel du Collectionneur est une curiosité qui mérite mention. Ce n’est pas un rescapé des Années folles, mais plutôt... Son fantasme reconstitué. Ouvert en 2004, cet hôtel de luxe à Paris emprunte son nom au pavillon conçu par l’architecte Pierre Patout et le décorateur Jacques-Émile Ruhlmann pour l’Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925 - ce fut l’une des réalisations fondatrices du mouvement. Stanislas Fiszer, Jacques Garcia et Alexandre Danan en ont imaginé une évocation fastueuse, nourrie par l’univers des grands transatlantiques : escalier monumental, perspectives théâtrales, ébène de Macassar, laque, galuchat, marqueteries et éclats dorés investissent le hall et les salons sans craindre l’opulence.
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Le lobby Art déco de l’Hôtel du Collectionneur © DR
Organisé autour d’un jardin intérieur bordé d’une pergola de verre, ce paquebot urbain abrite près de 500 clés classées 5 étoiles : derrière leurs portes, le décor s’assagit et gagne en modernité - mais il n’en demeure pas moins bardé de clins d’œil aux années 20 et 30. Dernier coup d’éclat : le nouveau spa, dévoilé en 2026, avec une piscine de 18 mètres, un hammam, un sauna et des cabines de soins. L’adresse n’a peut-être pas traversé le siècle, mais elle en restitue le plaisir des matières et le goût du grand spectacle avec un enthousiasme irrésistible. La preuve que l’Art déco est indémodable, et qu’il attire encore, cent ans plus tard, tous les regards.
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La piscine du spa de l’Hôtel du Collectionneur © DR
Hôtel du Collectionneur *****
496 clés, prix à partir de 280 euros la nuit
51-57 rue de Courcelles, Paris 8e
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Né dans les années 1910 et révélé par l’Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris en 1925, l’Art déco incarne l’effervescence des Années folles : vitesse, automobile, paquebots et gratte-ciel. Son vocabulaire ? Géométrie, symétrie, lignes franches, motifs en éventail ou en chevrons et volumes étagés, associés au marbre, au bois précieux, à la laque ou au chrome. Contrairement à l’Art nouveau et ses courbes végétales, il privilégie zigzags, soleils rayonnants et silhouettes fuselées.
Dans les années 1930, le Streamline Moderne arrondit les angles et étire les lignes, notamment à Miami Beach. Après-guerre, le MiMo (Miami Modern) ajoute fantaisie tropicale et asymétrie. Un siècle plus tard, l’Art déco séduit toujours par son élégance graphique. Pour le reconnaître : cherchez la symétrie, les motifs géométriques et les volumes en gradins.
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