Alice Polack, Le vendredi 20 février 2026Route des vins en Provence et dans le Ventoux : itinéraire au cœur des terroirs
En Provence, le vignoble n’est pas qu’un décor : il rythme la vie des bastides, inspire la table, nourrit les traditions. Trois grandes AOP structurent la Provence viticole - Côtes de Provence, Coteaux d’Aix-en-Provence et Coteaux Varois en Provence - où le rosé règne en maître avec son style pâle, sec et aromatique, emblématique de l’art de vivre local. En franchissant les contreforts du Luberon, on quitte la Provence pour entrer en AOP Ventoux. Avec 550 producteurs et près de 27 000 hectares de vignes, la Provence est aujourd’hui l’un des plus vastes terrains de jeu œnotouristiques d’Europe. La Route des Vins de Provence fédère à elle seule 376 domaines dont 225 sont labellisés Vignobles & Découvertes.
La diversité des terroirs, des climats et des savoir-faire permet de multiplier les expériences : du littoral méditerranéen aux collines boisées de l’arrière-pays, des rosés de fête aux rouges de caractère, chacun peut tracer sa propre route. Pour s’y repérer, la Maison des vins aux Arcs, vitrine du Conseil interprofessionnel des Vins de Provence (CIVP), offre un panorama complet sur neuf destinations singulières, à parsemer lors de votre séjour/week-end en Provence.
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© Alessia Marco
Parmi cette profusion, cinq étapes incarnent à elles seules la richesse des approches : le Château de Berne, pionnier de l’hospitalité viticole en Provence intérieure ; La Martinette, qui conjugue gastronomie, nature et expériences festives ; le Domaine du Baguier, à taille humaine et au charme paysan ; le Château Bonisson, où l’art contemporain devient la clé d’accès au vignoble ; et enfin La Coquillade, en lisière du Ventoux, qui propose une immersion complète entre spa, hôtellerie et vins rhodaniens.
1. Vivre le vin à Berne | L’ADN de l’œnotourisme en Provence intérieure
Précurseur de l’œnotourisme en Provence, le Château de Berne a bâti sa réputation sur un triptyque clair : hospitalité, gastronomie et vin. Dans cet hôtel 5 étoiles en Povence, membre Relais & Châteaux, on trouve trois restaurants (dont une table étoilée Michelin, également étoile verte et macaron Passion Dessert), un spa qui réutilise les actifs de la vigne (pépins, marcs) et une programmation événementielle variée (marchés, concerts, foires).
La table gastronomique Le Jardin de Berne illustre la cohérence du lieu : amuse-bouches inspirés par l’évolution de la vigne, dessert relevé d’une réduction de jus de raisin. La cave complète l’expérience avec dégustations, visites et expédition directe des bouteilles. Le vin se vit aussi côté loisirs : safaris dans les vignes, cours de cuisine où l’on déguste ce que l’on prépare, villas privatives pour séjours prolongés. Tout est pensé pour transformer la visite en immersion totale.


Ce que dit le vin :
Enclavé dans l’arrière-pays varois, à 300 mètres d’altitude, le Château de Berne profite d’un microclimat contrasté, entre montagnes et Méditerranée : journées chaudes, nuits fraîches, une amplitude qui sculpte des vins à la tension nette et à la profondeur aromatique. Ses 140 hectares de vignes, certifiés bio depuis 2021, s’enracinent dans une mosaïque de sols argilo-calcaires ponctués de sables, irrigués naturellement par deux petites rivières. Dix cépages y cohabitent, dont Grenache, Cinsault, Syrah, Rolle et Sémillon.
Le rosé 2024, signature du domaine (40 % Grenache, 40 % Cinsault, 10 % Syrah, 10 % Rolle), se distingue par sa fermentation prolongée en fût, qui lui apporte rondeur et gras sans perdre la fraîcheur typique des Côtes de Provence. Blancs délicats aux accents de fleurs blanches, rouges légers et fruités complètent la gamme. Pionnier de l’œnotourisme, Berne a bâti autour de ses vins une véritable expérience sensorielle : visites, cuisine, spa aux extraits de raisin… et ces bouteilles carrées iconiques, hommage aux tours du château, qui incarnent un terroir à part.
Château de Berne
34 clés, prix à partir de 290 euros
Chemin des Imberts, Flayosc
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2. Vivre le vin au Château la Martinette | Un art de vivre aux multiples facettes
Niché dans la vallée de l’Argens, le Château La Martinette est l’un des plus anciens domaines viticoles de Provence. Son histoire remonte au XVIIᵉ siècle, lorsqu’il abritait une magnanerie consacrée à l’élevage du ver à soie. Devenu domaine viticole au fil des siècles, il a changé de visage en 2011 avec l’arrivée de nouveaux propriétaires. Depuis, La Martinette se déploie comme une destination à part entière, articulée autour de la vigne et de l’art de vivre provençal.
L’expérience commence par la découverte du chai et des salles de dégustation. Depuis la salle panoramique, privatisable pour un déjeuner ou un séminaire, le regard embrasse les vignes à perte de vue et rappelle à chaque instant que le vin est ici le fil conducteur. Au restaurant en Provence Le Vigna, ouvert en 2020, cette cohérence se prolonge dans l'assiette : une cuisine courte et locale, pensée pour dialoguer avec les cuvées du domaine, servie sur une terrasse à couper le souffle qui ouvre à 360° sur les collines et les rangées de ceps.
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© Château la Martinette
Côté bien-être : séances de yoga ou de pilates organisées sur les terrasses dominant les vignes, massages donnés dans l’ancienne chapelle du Prieuré, brunchs estivaux où la fraîcheur des assiettes se marie aux vins du domaine. Les aventuriers peuvent explorer les 400 hectares en voiturette électrique (et bientôt en vélo) ou partir à pied pour longer les rivières et les forêts qui composent ce paysage inattendu de la Provence intérieure.
Le bar des Ruines, une ancienne bergerie réhabilitée en espace convivial propose vins et cocktails dans une atmosphère décontractée, entre pierres séculaires et musique d’été. Enfin, ceux qui souhaitent prolonger l’expérience trouvent refuge au Prieuré, chambre d’hôtes élégante et intimiste dont les espaces sont parfumés aux senteurs de Provence.
Ce que dit le vin :
Si le domaine s’étend sur 400 hectares, dont une majorité de forêts, La Martinette compte aujourd’hui cinquante hectares de vignes, travaillés en agriculture biologique depuis 2020 et partiellement en biodynamie sur ses plus vieilles parcelles. Cette configuration, rare pour la région, avec un couvert forestier qui entoure les vignes et deux rivières qui traversent la propriété, apporte une fraîcheur et une humidité précieuse au cœur de l’été.
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© Château la Martinette
La gamme reflète ce travail patient et respectueux des sols. Les rosés, production phare du domaine, se distinguent par leur fraîcheur mais aussi par leur complexité, à l’image de Reflet d’Argent, un rosé gastronomique travaillé comme un blanc, ample et texturé, pensé pour accompagner un repas et non seulement l’apéritif. Les blancs se distinguent par une tension minérale et des notes de fruits blancs ou exotiques. Les rouges, produits en plus petite quantité, privilégient la souplesse et la gourmandise du fruit, parfaits pour s’accorder à la cuisine provençale.
La Martinette
12 clés, prix à partir de 81 euros
Chemin de la Martinette, Lorgues
3. Le vin au Domaine du Baguier | L’adresse confidentielle qui remet la Provence à table
Dans la famille varoise qui a repris plusieurs domaines du territoire, le Baguier joue le rôle du petit dernier, celui où l’on prend le temps de bien faire. Ici, quelques chambres seulement, une terrasse qui s’anime surtout l’été, une équipe resserrée et des prix sages qui permettent de s’offrir un vrai morceau de Provence sans frime. C’est justement ce parti pris qui séduit : on vient dans ce petit hôtel du Var (5 chambres) pour l’authenticité, on revient pour la cuisine.
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© Domaine du Baguier
La table, pensée comme une « maison de campagne » au milieu des vignes, a été confiée au chef étoilé Mathias Dandine. Il signe une carte provençale lisible et délicieuse, sans chichi, où tout est juste, des assaisonnements aux jus. Clin d’œil maison : toutes les sauces sont montées aux vins du groupe, notamment ceux du Domaine de la Baratonne. Aux beaux jours, on déjeuner sur la terrasse qui surplombe les rangs ; l’hiver, la cheminée s’allume et la maison renoue avec les rites d’ici : rendez-vous gourmands du dimanche, soupe à l’oignon au feu, civet, tarte, soirées du « gros souper » avant Noël, pieds-paquets pour la Sainte-Barbe… Une pédagogie du goût qui raconte la Provence par la table, en accords évidents avec les cuvées.
Côté cave, le Baguier assume sa taille humaine et sa progression étape par étape. Une grande partie du vignoble a été replantée, l’agriculture est engagée en bio, l’huile d’olive et le miel complètent peu à peu l’autonomie du lieu.
Ce que dit le vin :
Ancré en Provence verte, le Baguier revendique une lecture nette du terroir : des blancs et rosés très frais, avec une belle minéralité et ce côté festif qui appelle la cuisine du Sud ; des rouges de caractère, portés par la syrah quand les écarts de température jour/nuit donnent de petites baies concentrées. La philosophie est simple : laisser parler le sol et le climat, travailler propre (bio), limiter l’ornement pour privilégier l’expression du fruit.
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© Domaine du Baguier
Les assemblages et les styles varient selon les parcelles, mais la ligne reste claire : des vins droits, lisibles, qui trouvent naturellement leur place sur la carte du restaurant — grillades, légumes confits, jus courts...
Domaine du Baguier
5 clés, prix à partir de 190 euros
435 chemin du Baguier, La Roquebrussanne
4. Vivre le vin au Château Bonisson | Quand l’art ouvre la porte du vignoble
À Rognes, près d'Aix-en-Provence, le Château Bonisson a trouvé sa clé d’entrée : l’art contemporain comme appel d’air, le vin comme fil conducteur. La bastide, née en 1619 et agrandie au XVIIIᵉ siècle, appartenait jadis à la lignée de Melchior Bisson, qui possédait des milliers d’hectares. En 2017, la famille actuelle rachète le cœur du domaine, replante et réorganise les vignes qui ceinturent la maison, et pousse deux chantiers en parallèle : un chai de vinification, tout en transparence, et un centre d’art inauguré en 2021 dans l’ancien chai. Résultat : un lieu moderne, épuré, qui vit au rythme des accrochages (expositions tous les trois à quatre mois, accès libre, visites guidées certains dimanches par le propriétaire) et d’une programmation d’événements qui mêle dégustations et performances. L’équipe aime brouiller les frontières : dîners privés au milieu des foudres et des œufs en béton, parcours « expo + cave + bouchées » imaginés avec des chefs invités, soirées de découverte le dernier vendredi de l’été, et même des sorties à vélo électrique dans les vignes en partenariat avec des acteurs locaux.


Le visiteur compose sa journée comme un triptyque : d’abord la galerie, puis le chai et la dégustation, enfin un verre sur place avant de filer dîner à Rognes, où l’on retrouve les cuvées chez plusieurs tables, dont Le Préau. Pour prolonger l’escapade, un unique appartement de 160 m² se loue côté bastide : une base élégante pour rayonner entre Aix, le Luberon et la Sainte-Victoire.
Ce que dit le vin :
Nous sommes sur les Coteaux d’Aix-en-Provence : des reliefs doux, des vents qui assainissent, une maturité généreuse que la maison canalise par la fraîcheur. La viticulture est bio et artisanale (vendanges 100 % manuelles, travail du sol au cheval, calendrier lunaire). En cave, l’outillage sert la nuance : pressoir vertical sur les rouges haut de gamme, œufs en béton pour la longueur, foudres pour la tenue, barriques pour l’épice, un trio qui construit des vins droits, sans maquillage.
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© Château Bonisson
La gamme se lit en trois chapitres. La Petite Causerie signe des cuvées immédiates, sur le fruit, parfaites à l’apéro. Bonisson est la ligne « signature » de table, plus aromatique, pensée pour l’accord mets-vins des restaurants du coin. Et Abstraction revendique la liberté : séries limitées numérotées qui sortent de l’AOP quand il le faut. On ajoute deux bulles ludiques (un rosé et un rouge pétillants) pour la part de jeu.
Château Bonisson
177 route des Mauvares, Rognes
5. Vivre le vin à La Coquillade | Un hameau devenu art de vivre
À l’origine, La Coquillade n’était qu’un petit hameau provençal, construit autour d’un puits et occupé dès le XIᵉ siècle par des moines. Au fil du temps, il s’était transformé en chambres d’hôtes. En 2006, une famille suisse allemande rachète le site et entreprend une rénovation d’ampleur : création d’une cave moderne, premier millésime en 2007, agrandissement des infrastructures et rebranding complet pour donner naissance à ce qui est aujourd’hui l’un des plus beaux complexes hôteliers et œnotouristiques du Luberon.
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© La Coquillade
L’hôtel du Vaucluse, membre Relais & Châteaux, s’organise comme un véritable village, avec ses bâtisses anciennes et ses parties plus contemporaines. Le spa occupe une place centrale et prolonge l’expérience viticole par une immersion sensorielle : piscines intérieures, rituels de soins et, clou du spectacle, un jacuzzi chauffé en plein air avec vue directe sur les vignes. À deux pas des chambres, les visiteurs peuvent s’attabler au restaurant Les Vignes & Son Jardin : aux beaux jours, le petit-déjeuner se prend littéralement au milieu des ceps.
Pour explorer les alentours, un sentier balisé traverse la forêt où s’étendent plusieurs parcelles de vignes, accessible librement ou avec un guide. La balade mène au potager du chef et aux parcelles de cépages. La cave semi-enterrée se visite toute l’année et les vendanges se partagent parfois avec les visiteurs lors d’ateliers participatifs. Enfin, la convivialité se prolonge dans les jardins de la boutique du domaine, où sont organisés concerts et projections de cinéma en plein air, toujours accompagnés d’un verre de vin.
Ce que dit le vin :
Le vignoble de La Coquillade marque une frontière géographique et culturelle : on quitte les appellations provençales pour entrer dans la Vallée du Rhône Sud, sous l’ombre du mont Ventoux. Ici, les vins ne relèvent plus de l’AOP Côtes de Provence mais de l’AOP Ventoux.
L'hôtel est entouré de vignes : les dix-sept hectares, auxquels s’ajoutent trois hectares côté Luberon, mêlent coteaux forestiers, sols argilo-calcaires et influence méditerranéenne, et favorise des vins plus structurés et épicés que ceux de Provence.
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© La Coquillade
Certaines cuvées sortent des sentiers battus, à l’image du Rubis, un vin de liqueur 100 % grenache qui évoque le porto par sa douceur et son intensité. Avec une production à taille humaine, autour de 70 000 bouteilles par an, La Coquillade offre une lecture fidèle du Ventoux : des vins de caractère, plus rhodaniens que provençaux, qui s’intègrent parfaitement dans l’expérience globale du domaine, de la table au spa.
Domaine de La Coquillade
69 clés, prix à partir de 260 euros
Hameau Le Perrotet, Gargas



