Pascale Missoud, Le mercredi 21 janvier 2026Voyage au Sine Saloum : découvrir le delta sauvage du Sénégal
Le delta du Sine-Saloum, réserve de biosphère Unesco, déploie près de 330 000 hectares d’un labyrinthe marin où mangroves et bolongs - ces chenaux salés des fleuves Sine, Saloum et Bandiala - s’entrelacent paresseusement. Ici, l’océan s’insinue loin dans les terres, égrenant bancs de sable, terres salées et quelque deux cents îles éparpillées. Plus de cent cinquante espèces d’oiseaux survolent ce sanctuaire, l’un des plus riches d’Afrique de l’Ouest. Vulnérable aussi : un éden à caresser du regard, avec indulgence et patience infinies.
Voyage au Sine Saloum
Jour 1 : Arrivée sur la Petite Côte
Six heures de vol, bonjour Dakar ! A l’arrivée, la nuit est déjà tombée. Qu’importe, Pape, votre guide, vous attend, sourire en bandoulière, pour filer tout droit vers la mer, sur cette fameuse Petite Côte posée à quatre-vingts kilomètres de la capitale sénégalaise.
22 h - Check-in à l’African Queen
Oui, il y a bien une poignée d’établissements 5 étoiles sur la Petite Côte. Mais l’essence même de ce voyage convoque la simplicité. Alors, nous avons choisi cet hôtel à La Somone, petite station sur la côte de Saly, un 4 étoiles sans prétention. 36 chambres, sobres mais spacieuses confortables et climatisées. Une décoration sans fioriture mais des teintes douces et gaies, un restaurant et un bar face à l’océan, et deux piscines, dont une pour les enfants. Rien d’ostentatoire, juste un accueil prévenant.
L’alternative : Quitte à opter pour un établissement de luxe, autant choisir le Mövenpick Resort Lamantin Saly 5 étoiles. Géré par le groupe Accor, cet hôtel propose 186 chambres et suites climatisées, deux restaurants avec bar, deux piscines, 750 m2 de spa et une belle plage. Le wifi est parfois capricieux, mais c’est la station qui veut cela.
Mövenpick Resort Lamantin Saly
186 clés, prix à partir de 375 euros la nuit
Saly Nord Mbour, Dakar
Jour 2 : Lagunes, sel et hyènes
9h30 - La Somone, tout sauf monotone
Le petit-déjeuner buffet, simple et frais au bord de l’eau, déjà tout un dépaysement ! Dix minutes à peine vous sépare de la lagune de La Somone, l’embouchure de la rivière éponyme. Une vingtaine de pirogues, peintes de couleurs éclatantes, oscillent doucement. La plupart appartiennent aux pêcheurs ; quelques-unes embarquent les visiteurs curieux de s’enfoncer dans les 700 hectares de réserve naturelle, refuge de plus de cent cinquante espèces d’oiseaux.
Courlis cendrés et sternes, milans noirs et mouettes à tête grises guettent le retour des pêcheurs, sentinelles immobiles campant sur les langues sableuses ; un couple de pélicans s’envole nonchalamment tandis qu’un balbuzard impatient plonge en piqué pour attraper son déjeuner. Sur les racines de palétuviers, des huîtres s’accrochent, obstinées. Et puis, flottant sur l’eau, des naissains importés de l’île de Ré il y a 25 ans, par un Breton. Un pari fou, mais réussi. De retour, on emprunte la route goudronnée, croisant charrettes et vélomoteurs, devantures aux noms malicieux - « Chez Maria dite Catherine Deneuve » ou « Bienvenue au Musée Grévin ». Au marché, des étals de poissons frais ou séchés, des légumes en pagaïe, des bouteilles emplies de cacahuètes. Les femmes, drapées dans leurs boubous chatoyants, interpellent le visiteur : « Tu goûteras bien mes beignets de manioc ? »
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Voyage au Sine Saloum, une vendeuse proposant ses beignets de manioc © Pascale Missoud
12 h - Déjeuner en paix
Joal-Fadiouth : un nom, deux villages. Joal d’abord, un des principaux ports de pêche du pays, en dépit d’une taille plutôt modeste. On s’arrête ici : « Resto fruit de Mer, Gie Mboga yaay ». Une plage de coquillages chatouillée par la lagune, parsemée de paillotes au toit de palme. Depuis 2018k, ce groupement d’intérêt économique permet à 70 femmes de gagner décemment leur vie. Du reboisement à la transformation des coquillages, elles ont ouvert, il y a trois ans, ce restaurant communautaire. L’occasion de déguster les fameuses huîtres de palétuviers, un poisson tout juste grillé et un jus de baobab fait maison.
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Le village de Fadiouth © Pascale Missoud
14h30 - De drôles de paroissiens
Encore dix minutes de trajet et voici le pont de bois enjambant la rade du Thiouraye ; s’y croisent écoliers en uniforme, un ouvrier poussant une brouette, une jeune fille au pas nonchalant. De l’autre côté, Fadiouth, île artificielle composée de coquillages, où les maisons, modestes et construites avec des matériaux locaux, forment un ensemble pittoresque. Accueilli par une laie et ses petits, voici un rare lieu où on déguste du cochon grillé ! Enveloppé d’une aura de douceur, ce village est singulier : 90 % de chrétiens (une exception au Sénégal), 10% de musulmans et des animistes (bien que non recensés), vivent en parfaite harmonie ; une église au toit de tôle, une mosquée et ce baobab sacré plusieurs fois centenaires. Il n’est pas rare d’ailleurs qu’un mariage entremêle les deux religions. Jusqu’à l’émouvant cimetière mixte sur un îlot, accessible par une passerelle de bois, où les baobabs veillent sur les tombes dotées de croix et les sépultures à croissant. On grimpe jusqu’au calvaire au sommet de la butte, pour admirer la vue sur la lagune, dans un silence apaisant.
15h30 - Visite au président-poète
Pour un peu on passerait sans la voir, cette maison aux murs délabrés et à la cour envahie d’herbes folles. Érigée en 1880 par Basile Diogoye, le père de Léopold Senghor, elle vit naître celui qui fut le premier président du Sénégal. Le riche homme d’affaires, surnommé le Lion, y vécut avec deux de ces cinq épouses. Senghor sera le 24e de ses 41 enfants. Pas de meubles mais des panneaux retraçant le quotidien de la famille, quelques photos jaunies aussi. Loin du musée officiel sur la corniche de Dakar ! La gouaille du guide fait l’affaire. Même s’il est permis, voire nécessaire, de douter de quelques anecdotes qu’il se plaît à narrer. Plane une indéniable nostalgie, comme si l’ancien académicien récitait son texte-épitaphe : " Quand je serai mort mes amis, couchez-moi sous Joal-l’Ombreuse ".
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Le buste de Léopold Sedar Senghor © Pascale Missoud
17 h - De la terre au sel
On arrive à la réserve naturelle communautaire de Palmarin. A bord d’une charrette tractée par un cheval docile, on découvre ses drôles de puits à sel, profonds de deux ou trois mètres : l’eau salée remonte par capillarité, s’évapore pour ne laisser que cette croute récoltée par les paludières. Ici, seules les femmes exploitent les précieux cristaux. Une fois séché sur de grandes bâches et amas de vieux vêtements, conservé en greniers sur pilotis, le sel est acheminé en pirogue vers la Gambie voisine.
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Puits à sel de la réserve naturelle communautaire de Palmarin © Pascale Missoud
18h30 - En quête de hyènes
Le soleil commence à décliner. A quelques pas de là, toujours dans la réserve, on s’aventure dans les 10 000 hectares d’une végétation rase, émaillée de baobabs, véritable sanctuaire floral et faunique. Parmi les plus emblématiques, Crocuta crocuta. Traduisez hyène tachetée, la plus grande de son espèce, à la robe beige ou brune piquetée de noir. La nuit a ses faveurs, pour partir en chasse. Le bétail des villageois en fait hélas trop souvent les frais. Aussi silencieux que fût le groupe, aucune n’est venue ce soir-là ricaner sous notre nez. Mais le spectacle d’un coucher de soleil sur la savane, traversé par le vol d’un héron cendré, suffit à donner toute sa mesure à ce voyage au Sine Saloum.
20h - L'Écolodge de Palmarin
Glissé entre l’Atlantique et l’estuaire du Saloum, cet écolodge dissémine 24 bungalows - dont 2 familiaux - à l’architecture originale issue de différentes ethnies, tout en matériaux locaux. Si le confort s’avère basique, tous bénéficient de la climatisation. On sirote un cocktail avant de dîner au bord de la piscine (seul spot avec réseau). Les plats sont simples mais généreux, le service lent mais agréable. On pense à recharger toutes ses batteries : demain, on part jouer les Robinson. Plus de wifi, ni électricité. Le voyage au Sine Saloum peut vraiment commencer.
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Un écolodge de Palmarin © Pascale Missoud
Voyage au Sine Saloum
Jour 3 : Au fil des rivages secrets
8h30 - Entrée sans réserve
Se baigner dans l’océan, en prenant garde au courant avant d’avaler son petit déjeuner : fruits frais, pain-beurre-confiture d’hibiscus ou Chocopain - pâte à tartiner chocolatée locale à la cacahouète aussi célèbre que la marque italienne aux noisettes. Parés pour une heure de promenade à pied, par la plage. Une heure entre calme et désolation. Car il faut bien le constater, la pollution gangrène le Sénégal. Sacs, bouteilles, bidons : le plastique s’invite sous toutes ses formes. Contraste saisissant avec les plages soigneusement nettoyées des hôtels. Djiffer aussi connaît une certaine désolation : ce port particulièrement dynamique s’englue dans une inexorable érosion côtière, menaçant la survie même du village. Pourtant, sur le sable, une armée de pirogues s’apprête à partir : un spectacle aussi coloré que fascinant. Djiffer ouvre aussi la porte du Parc naturel du Delta du Saloum, réserve mondiale de la biosphère classée par l'Unesco, éparpillant îles et bolongs bordés de mangroves.
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Djifer et son armée de pirogues prêtes à pêcher © Pascale Missoud
13h – Palmiers, hamac et poisson grillé
On a rendez-vous avec Elhadj, notre piroguier pour la suite du voyage. Un robuste gaillard, qu’accompagnent deux de ses enfants ; Moussa, qu’il initie à son délicat métier, et Satou, la cuisinière, aussi discrète que douée. Direction Niodior, pour une pause idyllique : des hamacs accrochés aux palmiers, du sable blanc - même pas souillé - nous sommes les seuls naufragés volontaires pour un pique-nique bien anticipé : salade et poisson au barbecue, pastèque juteuse et baignades à volonté.
15h - Comme un village oublié
Une courte traversée pour gagner l’autre rive, visiter la sècherie et la fumerie de poisson. N’imaginez pas une usine : assises en rond, les femmes dépiautent les poissons tout en devisant avant que de jeunes gens ne les étalent sur des fumoirs artisanaux. Les seuls moyens de transports seront désormais la pirogue ou la charrette. En voici une, qui nous emporte le long des vergers, des jardins maraîchers jusqu’au cœur du hameau. C’est à pied, - la marée est basse - que l’on poursuit la balade, le long des bolongs, au fil de la mangrove. Un pont sur pilotis, un passage à gué. Et le ciel bleu, criblé de nuages qui se reflètent dans l’eau. Notre pirogue surgit comme par magie. Un dernier trajet, dans ce méandre inextricable qu’Elhadj connaît par cœur. Féérie de fin de journée avant d’accoster sur l’île de Guior, pour continuer ce voyage au Sine Saloum.
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La fumerie de poissons © Pascale Missoud
19h - Robinsonnade pas si improvisée
C’est ici qu’on bivouaque. Les tentes individuelles sont déjà montées. A l’intérieur, un matelas, un drap et un duvet. Dans la nuit chaude, il servira d’oreiller. Une ronde de sièges pliables, un feu, l’apéritif et bientôt le dîner sous les étoiles. On devise, presque à voix basse comme pour ne pas troubler la nature. Un coin douche a été aménagé, derrière un baobab : chacun prend une drôle de théière emplie d’eau tiède. Un côté « Vendredi ou la vie sauvage ».
Jour 4 : Et palpite le delta
6h30 - Réveil automatique
Le réveil est matinal : la faute à l’intense bavardage des oiseaux ! La fermeture éclair de la tente glisse doucement, accueillant le soleil levant. Breakfast is ready. Oui, tout le monde a bien dormi !
8h30 - Promenade éducative
Ce matin, Pape compte bien nous en compter, partageant inlassablement son savoir : faune et flore n’ont aucun secret pour lui. « Et ça, Pape qu’est-ce que c’est ? Le fruit du baobab, tu veux goûter ? » Allez, on avoue, ce n’est pas très sucré, ça colle au palais et on le préfère nettement en boisson déjà préparée ! Un drôle de bruit dans les feuillages : ce n’est qu’un singe capucin, facétieux qui, déjà, disparaît.
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Le fruit du baobab © Pascale Missoud
10h - Pointe Jackson
Une heure de navigation, alanguis sur la pirogue, qui à l’ombre, qui se dorant au soleil. Voici la Pointe Jackson, peut-être l’une des plus belles plages du pays, étirant sa langue de sable jusqu’à l’Atlantique. Sauvage. Isolée. Divine baignade, déjeuner à l’ombre et sieste improvisée.
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La Pointe Jackson © Pascale Missoud
15 h - Ciné de plein air
Pour inhabituel que soit ce moyen de transport, pour sommaires que soient ses bancs de bois - pour certains adoucis par un matelas -, la pirogue devient notre seconde maison. Longue et fine, habillée de couleurs vives, elle avoue une certaine élégance. Elle se fait salon où l’on échange parfois des confidences mais surtout lieu exclusif d’un incroyable croisière cinégénique : dans le mystérieux lacis de mangroves, à l’affût d’un oiseau méconnu, d’une escadrille de mulets volants ; le ciel vire du bleu insolent au gris profond, imprimant son humeur sur les palétuviers.
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A bord de la pirogue © Pascale Missoud
17h - Robinsonnade, le retour
Ile en vue. Juste en face de celle aux Baobabs. On se hisse sur la rive surélevée. Du sable parsemé de coquillages sous les pieds, une savane échevelée. Pape, Elhadj et Satou plongent leur machette aiguisée dans la végétation. Ce soir, chacun aura son nid pour y planter sa tente. Un coin toilette. Un autre pour la douche. Déjà, Satou s’active pour préparer le repas. Et si on allait pêcher ? Sous le regard bienveillant du piroguier, plusieurs s’y essaient. Oui, ça a mordu. Et plus d’une fois. Mais ce sont les poissons qui l’emportent. Autour du feu, le dîner est toujours savoureux : tendre poulet yassa et fruits juteux. Si vous cherchez les étoiles, levez les yeux : celles-ci sont éternelles.
Jour 5 du voyage au Sine Saloum : Us et coutumes
9 h30 - L’île aux Oiseaux
C’est à regret que l’on quitte ce bout de paradis. Direction l’île de Bétenti. La pirogue nous abandonne sur une plage ourlée de cocotiers mais, hélas, toujours saturée de déchets. Escortés par un groupe de gamins curieux, nous allons à la rencontre de Landing, l’un des écogardes du Parc national. Étonnamment, on transite par un drôle de poste frontière : papiers s’il vous plaît ! Le gardien du fleuve détaille les passeports, s’amuse d’un prénom. La pirogue, de nouveau. Elle nous mène jusqu’à l’île aux Oiseaux. Enfin, la nouvelle. Il y a deux ans, des chacals affamés ont traversé le chenal à la nage pour quérir leur pitance. Les centaines de sternes ont déménagé sur un îlot voisin. Si elles vivent ici à l’année, le site est avant tout réputé pour être l’un des plus grands de frai au printemps. Cormorans à gorge blanche, sternes caspiennes et royales, goélands, martins chasseurs : plus de 80 000 couples se partagent alors cette languette de sable. Tout aussi farouchement protégé, l’écosystème marin abrite lamantins, dauphins mais aussi six espèces de tortues qui viennent, après leur reproduction en Guinée Bissao, se délecter des herbiers marins du delta.
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L’île aux Oiseaux, l'un des plus importants site de frai d’Afrique de l’Ouest © Pascale Missoud
14 h30 - Le fromager de Missirah
Pape est content : on va visiter Missirah, le village de sa seconde épouse. Missirah ? Trois mille habitants, un mélange d’ethnies qui vivent de l’agriculture et de l’élevage, de la pêche et du tourisme. Marée descendante oblige, toutes les embarcations s’accrochent au débarcadère. On tente de se frayer un chemin, mais il faudra jouer à saute-pirogue avant de grimper d’un pas peu assuré sur la jetée. Le village bourdonne d’une agréable vitalité. Mais l’objet de toutes les attentions se dresse sur une place tranquille : un fromager, le plus grand du Sénégal avec ses 65 mètres de haut, 30 mètres de circonférence, ses branches musclées autant que torturées. Millénaire dit-on ? En tout cas sacré : on y organise des rituels, on y résout ses différents. Protecteur, il chasse les esprits malins, mais pas les petits malins qui ont installé deux boutiques d’artisanat : un collier ou un masque à rapporter ?
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Le plus grand fromager du Sénégal © Pascale Missoud
17 h - Au pays Sérère
Dassilamé : cinq familles, 675 âmes peuplent ce hameau au cœur du pays Sérère, tourné vers l’agriculture. C’est un éco campement, Les jardins de Dassilamé qui nous héberge cette nuit : neuf cases construites en torchis local, réunies par deux ou trois autour d’une salle de douche extérieure à l’africaine. Pas d’eau courante, l’eau, filtrée, vient du puits, et l’électricité est produite grâce à des panneaux solaires pour une démarche vertueuse, solidaire et responsable. D’ailleurs, les femmes, majoritaires, ont à cœur de partager leur culture, à commencer par leurs spécialités culinaires : thiéré (couscous de mil) à la sauce aux cacahouètes, dakhine - du riz à base de viande et de tomates relevé de piment. Les plats sont délicieux et généreux. Presque tous les ingrédients proviennent des maraîchages locaux. On peut même acheter des pots de miel de mangrove.
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A Dassilame, les femmes partagent volontiers leurs traditions © Pascale Missoud
Jour 6 : une biodiversité remarquable
10 h - Biotope au top
Treize villages éparpillés sur 7 000 hectares composent l’Aire marine protégée (AMP) de Bamboung, au sud du delta, un refuge unique visant à préserver la biodiversité et revigorer l’écosystème. Surpêche, coupe abusive de la mangrove : ce matin, on touche un peu plus du doigt la fragilité de l’équilibre, entre biotope et biocénose, menacé désormais par les changements climatiques. Sans compter l’important patrimoine archéologique : des amas de coquilliers millénaires qui renferment souvent ossements humains, éclats de pierre, fragments de céramique… et risquent tout autant de disparaître. Sous l’égide de Touradou Sonko, un ancien capitaine de marine épaulé par les chefs de village, un Gie et les autorités administratives, l’AMP est désormais un succès : de moins de 49 espèces de poissons il y a 20 ans, 85 sont recensées aujourd’hui. Balbuzard et pélicans, reptiles et mollusques y trouvent un salutaire abri. C’est tout cela que nous raconte, avec une fierté non dissimulée, l’un des guides spécialisés.
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L’aire marine protégée de Bamboung, au sud du delta © Pascale Missoud
A savoir : un campement, Keur Bambung, est installé au cœur de cette aire marine. Les ornithologues amateurs y passeront volontiers une ou deux nuits.
13h - Déjeuner sérère
Nous nous sommes régalé hier soir. Alors on remet le couvert, abrités sous le toit de paille du campement pour un opulent déjeuner.
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Le déjeuner sérère © Pascale Missioud
15h - Retour progressif à la civilisation
Adieu pirogue, on s’installe dans le minibus. Direction Simal, dernière halte de ce voyage dans le Sine Saloum. Située en bordure de mangrove, un écolodge à l’architecture peule. Les bungalows, très spacieux - certains comptent deux chambres - offrent tous une vraie salle de bains. Le luxe se cache parfois dans un petit détail ! Avec un peu de temps, on loue un canoë, pour naviguer une dernière fois sur le fleuve.
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Les écolodges de Simal © Pascale Missioud
19 h - Lutte sénégalaise
Ce soir, spectacle de lutte : c’est, de loin, le sport le plus populaire du Sénégal. Une discipline traditionnelle, particulièrement prisée dans le Sine Saloum et en Casamance. Un combat qui, autrefois, permettait de confronter les meilleurs guerriers. Dans un large cercle délimité par des sacs de sable, les adversaires se toisent, s’empoignent, d’abord presque en douceur, puis plus fermement, pour faire tomber l’autre. Le perdant ? Celui dont les quatre appuis touchent le sol, qui se couche sur le dos ou sort du cercle. Tout aussi impressionnant : les rituels d’avant match avec le rythme lancinant des tam-tams, les marabouts qui encensent leur poulain et les gri-gris enterrés sous le sable de l’arène (des potions magiques pour terrasser le rival). Si l’aspect mystique fascine, l’ambiance, survoltée (mais bon enfant) vaut vraiment la soirée.
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La lutte sénégalaise © Pascale Missioud
21 h 30 - On refait le match ?
De retour au lodge, chacun y va de son commentaire en dégustant toujours des plats traditionnels, plutôt de bonne facture. Un dernier verre puis on longe la plage pour retourner au bungalow. On s’endort, bercé par le ressac.
Jour 7 : Une histoire sombre
7 h 30 - Gorée, l’île magique
Un dernier regard vers le fleuve, le minibus prend la direction de Dakar. La route est longue, cahotante jusqu’au port. Vingt minutes de ferry pour atteindre l’île de Gorée, rocher de dix-huit hectares estampillé au Patrimoine mondial de l’Unesco. Accueillis par des nuées de vendeurs virevoltant : « Tee-shirt, colliers, masques ! », on s’échappe pour déjeuner dans l’un des - trop - nombreux restaurants : fruits de mer et poissons y sont à l’honneur.
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L’île de Gorée © Pascale Missioud
14h - Gorée, l’île tragique
Sur Gorée plane l’ombre de la Maison des esclaves : cellule aux murs nus où mille âmes s’entassaient avant la traversée de l’Atlantique, porte sans retour ouverte sur l’indifférence de l’océan. Les historiens avancent aujourd'hui un millier d'esclaves déportés par an depuis l’île, un chiffre modeste face à l'horreur planétaire, mais qui fait du site un miroir hanté, où le souvenir palpite plus fort que les chiffres. On visite aussi le fort d’Estrées, bastion français du XVIIe siècle aux murs ocre léchés par le sel. Là, nombreux sont ceux qui veulent oublier son passé de prison pour opposants politiques dans les années 1970. Un bagne qui ne disait pas son nom. Il abrite désormais un musée consacré à l’histoire du pays. Il faut se perdre ensuite, dans le lacis de ruelles, grimper jusqu’au sommet, pour contempler les maisons coloriées, l’église et la mosquée. Puis redescendre pour sacrifier au rituel du marchandage qui vire souvent à la comédie joyeuse. S’il est présent, on ne manquera pas de passer à l’atelier du peintre local le plus connu - mais pour autant des plus discrets -, Dolly Fallou. Un homme sans âge, au regard grave, pétri d’humilité et l’un des précurseurs du fixé sous verre. On adopte ses personnages au cou démesuré, l’éclat joyeux des couleurs primaires, et ses cadres maisons, de planches recyclées.
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La Maison des Eeclaves sur l'île de Gorée © Pascale Missoud
18 h - Check-in à La Principauté
Lorsque les derniers visiteurs ont repris le bateau, quelques voyageurs avisés restent dormir ici, profiter de la tranquillité retrouvée. Le must ? Loger dans la Villa La Principauté, à deux pas de l’embarcadère. Cette maison du XIXe siècle abrite six très vastes chambres et suites - certaines avec baignoire – à la décoration unique, empreinte de coquetterie. La courtoisie du service n’a d’égal que la cuisine, soignée. Seul bémol : un choix restreint de boissons.
La Principauté
6 clés, prix à partir de 82 euros la nuit
Île de Gorée
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Une chambre de l’hôtel La Principauté © Pascale Missoud
Jour 8 : Le départ
10 h - Les pieds dans la réalité
Retour à Dakar, pour un rapide survol. On ne manque pas la gare, érigée en 1913, au style colonial aussi affirmé que celui de l’hôtel de ville. Un coup d’œil à la cathédrale du Souvenir africain, flanquée de quatre anges monumentaux. A condition d’être véhiculé, on file vers la corniche, pour admirer la Mosquée de la Divinité et l’impressionnant monument de la Renaissance africaine, une statue en bronze haute de 52 mètres représentant une femme, un homme et un enfant tournés vers la mer. Encore un peu de temps ? Une immersion dans les marchés s’impose : Kermel, une institution depuis le milieu du XIXe siècle et HLM, pour des wax de bonne qualité.
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La statue en bronze datant de la Renaissance africaine © Pascale Missoud
12h - Déjeuner en paix
Étourdis par la pollution sonore et les pots d’échappements, on file se poser pour déjeuner à l'Océanium, l’un des plus anciens clubs de plongée de Dakar qui œuvre aussi pour l’environnement, et spot incontesté des Libanais (nombreux dans la capitale) comme des expatriés européens. Il faut dire que son restaurant face à la mer, à l'ambiance lounge et décontractée, séduit. La carte bistronomique mêle sans sourciller ceviche thaï et carpaccio de poulpe, filet de bœuf et linguine alle vongole. Service souriant et calme assuré.
16 h - Day-Use et dîner
Un vol tardif ? La maison d’hôtes Akaba, face à l’île de Ngor et posée en bord de plage, propose l’un de ses 10 chambres en day-use. Pratique pour une dernière douche. Un verre sur la terrasse, un dîner les pieds dans le sable à La Cabane du Pêcheur voisine. Il faudra tout de même compter une heure pour relier l’aéroport. Juste le temps de se repasser le film de ce voyage au Sine Saloum un peu roots, mais 100% authentique.
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La Cabane du Pêcheur © Pascale Missoud
Le tour operator Terres d’Aventures a conçu ce reportage - adapté aux familles, en tout cas aux randonneurs débutants - mixte de 2 des 8 circuits dédiées au Sénégal : Le Sine Saloum entre charme et traditions et Terres marines du Sénegal
Plus d’informations : www.terdav.com et 01 70 82 90 00.
Vols : TAP de Paris, Lyon, Marseille, Nice ou Toulouse, avec escale gratuite à Lisbonne pour tester le programme Portugal Stopover,) à aller ou au retour. www.flytap.com
La meilleure saison pour découvrir le Sine Saloum court de novembre à juin.
Vaccin contre la fièvre jaune obligatoire et traitement anti-palu fortement conseillé.





