Emmanuel LaveranEmmanuel Laveran, Le lundi 22 juin 2026
Interviews

Interview : Kévin Machefert, dirigeant du groupe hôtelier Machefert

Le Groupe Machefert a ouvert un nouveau chapitre de son histoire sous l'impulsion de Kevin Machefert, représentant de la deuxième génération familiale. Porté par un ambitieux plan de transformation et de montée en gamme, le groupe multiplie les projets. Entretien.
  •  Kévin Machefert © Machefert Group
    Kévin Machefert © Machefert Group
Le Kube Saint-Tropez a rouvert ses 70 chambres, dont 30 entièrement rénovées dans le cadre de la montée en gamme engagée par le groupe

À la tête de cette nouvelle phase de développement, Kevin Machefert entend faire de Machefert Group une référence de l'hospitalité, sans jamais renoncer à ce qui a toujours fait sa singularité : imaginer des lieux qui ne ressemblent à aucun autre. Une ambition nourrie par un foisonnement d'idées nouvelles qui accompagnent aujourd'hui la relance du groupe. 

Yonder : Bonjour Kévin, racontez-nous : comment êtes-vous arrivé dans l’hôtellerie ?

Kevin Machefert : Par atavisme familial, en quelque sorte - même si le groupe Machefert n'était pas une affaire de famille à l'origine : cinq investisseurs extérieurs en détenaient la majorité. J'ai un parcours en finance et en comptabilité - école de commerce SKEMA, puis London School of Economics - et c'est avec ce bagage que je suis entré dans le groupe pour prêter main-forte à mes parents, par la petite porte. Nous avons ensuite progressivement racheté les parts des investisseurs : la famille est passée de 30 % à 80 % du capital aujourd'hui.

  • Le Kube Saint-Tropez ©aurelienstudio
    Le Kube Saint-Tropez ©aurelienstudio


Après être rentré de Londres en 2014, je suis devenu directeur d'exploitation d'un hôtel dans le Marais pendant deux ans et demi. Je suis arrivé pour éteindre les feux, en gérant le plan de continuation de cet hôtel alors en redressement judiciaire.

  • Kévin Machefert
    Kévin Machefert

J’ai appris l’hôtellerie en allant benchmarker, en m’inspirant du monde anglo-saxon. Mes parents ont toujours voulu que je parte à l’étranger - ce qui dit quelque chose de leur attrait pour le voyage et pour l’ouverture au monde. Je suis quelqu’un de très curieux. Petit, ma nourrice était péruvienne : c’est elle qui m’a donné l’envie, bien plus tard, de créer un concept de restaurant péruvien à Paris.
 

À la même époque, les speakeasy faisaient fureur à New York et commençaient à s’implanter à Paris. Un ami mexicain se lançait dans l’importation de mezcal. Nous avons créé ensemble Mezcal Brothers et lancé la Mezcaleria - un lieu centré autour du mezcal, ancêtre de la tequila.

  • La Mezcaleria
    La Mezcaleria
     

 En 2016 j’ai recruté Andres pour me remplacer au 1K en tant que directeur établissement et pour en développer la partie F&B. Il est aujourd'hui le directeur des opérations du groupe. Quant à moi j’ai rejoint le siège en tant que directeur commercial puis je me suis également occupé de la partie marketing et transformation tech. Est ensuite arrivé le Covid. Début 2022, je suis devenu restructuring CEO.

Nous avons lancé depuis le 1er janvier 2026, un nouveau plan : Phoenix. Il consiste à monter en gamme grâce à d’importants travaux - repositionnement intégral de certains hôtels en 5 étoiles, gros œuvre, rénovations lourdes - mais aussi à accompagner une transformation plus structurelle, notamment en explorant la manière dont l’IA peut automatiser certains processus. Nous avons cinq chantiers prioritaires en ce moment :

  • Le Normandy, notre vaisseau amiral, rue Saint-Honoré à Paris. Cet hôtel de 116 chambres n'avait pas été rénové depuis son inauguration en 1877. Il devrait rouvrir en septembre 2027. Après nos travaux, l’hôtel 5 étoiles comptera 111 chambres, deux restaurants dont un inspiré du Colbert à Londres (brasserie ouverte de 7h à 2h du matin), une offre de pâtisserie haut de gamme et un grand spa avec une piscine et une salle de sport, le tout décoré par Jacques Garcia.

  •  Le Kube, notre hôtel à Saint Tropez a rouvert ses 70 chambres le 1er avril 2026, dont 30 entièrement rénovées dans le cadre de la montée en gamme engagée par le groupe, a également noué une collaboration avec Le Petit Célestin, l’établissement du chef Jaïs, pour son restaurant rooftop. L’ouverture du spa MyBlend vient compléter cette transformation et renforcer le positionnement premium de l’hôtel.

  • Le Kube Saint-Tropez
    Le Kube Saint-Tropez
  • Le Héron dans le 3e arrondissement de Paris remplacera le 1K dès octobre 2026. Les voyageurs seront invités à vivre l'expérience la plus pointue de Paris 3. Il y aura sur l’avant un bistrot parisien et derrière, la Mezcaleria que l’on va agrandir.

  • À Marrakech, nous ouvrirons Azeli en janvier 2027. En amazigh, la langue berbère, Azeli signifie « maison libre ». Sur trois hectares, le lieu comprendra cinq riads, cinq piscines dont une intérieure, un grand espace wellness, un studio de yoga et pilates, et un restaurant.

  • À Paris 6e, le Rorie, un boutique-hôtel de 52 chambres verra le jour en décembre 2026. Nous allons créer un immense restaurant avec un jardin intérieur de plus de 100m2. Il y aura également des fresques d’inspiration Cocteau. La brasserie s'appelera Garçonnes Rive Gauche, en hommage aux premières figures féministes des Années Folles comme Joséphine Baker ou Coco Chanel.

  • Un riad à Marrakech © Machefert Group
    Un riad à Marrakech © Machefert Group

Où puisez-vous l’inspiration pour tous ces nouveaux projets ?

Cela se fait naturellement, sans méthode. J’aime échanger avec mes parents, ma femme, mes amis - pour vérifier que les projets parlent à plusieurs générations. Je cherche surtout à m’inspirer de ce qui vient d’ailleurs : je ne regarde pas ce que font les autres hôteliers, encore moins en France. L’idée n’est pas de répéter ce qui existe déjà. Pour la partie technique, je puise dans le e-commerce ou la mode. Pour le fond, je m’inspire de la littérature, de l’histoire, de l’architecture, de mes voyages.

  • Le Kraft, hôtel dans le 15e arrondissement
    Le Kraft, hôtel dans le 15e arrondissement
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Pouvez-vous nous citer un exemple ?

J’adore l’hôtel Nine Orchard. J’ai été très séduit par leurs chambres, notamment la partie listening experience. J’aime beaucoup la place donnée à la musique. L'hôtel propose une sélection audio très éclectique, composée en grande partie de morceaux peu connus. Dans les chambres, au-dessus du minibar, un potentiomètre permet de choisir entre quatre playlists de 70 à 80 heures, imaginées par l’un des cofondateurs de l’hôtel. J’assume complètement mes choix musicaux dans mes établissements : du rock, du classique, de la techno…

J'adore aussi Il Pellicano en Italie, dont le territoire de marque m’a beaucoup marqué : la manière dont ils ont rendu très pointu quelque chose d’intemporel. J’aime l’intemporalité, ne pas chercher à être à la mode, rester éclectique… Je ne veux pas faire de storytelling marketing. Je veux raconter mon enfance, le Pérou, Londres, les ceviche, la mezcaleria, l’authenticité… quelque chose qui vive !

  • L'hôtel Il Pelicano, un 5 étoiles en Italie © hotelilpellicano
  • L'hôtel Il Pelicano, un 5 étoiles en Italie © hotelilpellicano

 

Y a-t-il une ouverture ou un moment vécu au sein du groupe qui vous a particulièrement marqué ?

Quelques mois après l'ouverture de la Villa Beaumarchais, j’ai été autorisé à y fêter mon anniversaire, mes 7 ou 8 ans. C’était émouvant car c’était la première adresse du groupe gérée sans enseigne. Un hôtel très bien décoré, avec un jardin d'hiver magnifique. C’est l’un des premiers souvenirs d'enfance, les prémices d’un groupe qui allait devenir familial.

  • À Paris, la Villa Beaumarchais © DR
    À Paris, la Villa Beaumarchais © DR
     

Un souvenir de voyage qui vous a marqué ?

Le Pérou, pour les raisons que j’ai évoquées. C’était exceptionnel d’y aller avec des conseils d’un insider. Bien sûr, il faut visiter Lima, Cuzco, le Machu Picchu mais il y a tellement d’autres sentiers à explorer pendant un itinéraire au Pérou. C’est un pays qui commence à peine à exporter son patrimoine culturel, historique et culinaire, à la confluence de beaucoup de civilisations, un pays très touchant.

  • Le Machu Picchu © Willian Justen de Vasconcellos
    Le Machu Picchu © Willian Justen de Vasconcellos

Un autre voyage qui revient fréquemment, dont j’ai régulièrement besoin : les États-Unis. Le Texas m’a ébahi. Les Américains ont un rapport à leur propre histoire qui est unique — une manière de la mettre en scène avec un orgueil sincère. J’aime cet État, ses ranchs, ses grands paysages, ses routes qui n’en finissent pas. Les côtes Est et Ouest dégagent une énergie particulière et sont pour moi de vraies sources d’inspiration. J’y vais une ou deux fois par an.

Enfin, j'aime la Provence avec les Alpilles. Les Baux de Provence, Mouriès... C'est ma région préférée au monde. C'est là que je m’imagine vivre mes vieux jours. J'ai besoin de m’y rendre aussi fréquemment que possible. J’aime séjourner à Villa la Coste, au Saint-Rémy, à La Mirande à Avignon… des hôtels exceptionnels !

  • L’hôtel en Provence Villa La Coste © Richard Haughton
    L’hôtel en Provence Villa La Coste © Richard Haughton
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