Céline Dassonville, Le vendredi 06 novembre 2026
Relu par Victoire Le Goaëc
Interview de Mathieu Appassamy : à l'île Maurice, la villa privée fait de l'ombre aux resorts
À l’île Maurice, les grands resorts ont longtemps régné sans partage sur l’hôtellerie de luxe. Mais une autre manière de voyager gagne du terrain : celle des villas à louer, avec les services d’un palace et la liberté d’une maison. À la tête de muse villas, une collection confidentielle réunissant certaines des plus belles villas à louer à l’île Maurice, Mathieu Appassamy défend un modèle qu’il appelle « l’hôtellerie décentralisée ». Rencontre avec un entrepreneur mauricien qui entend réinventer l’hospitalité sur son île, avant de l’exporter ailleurs.
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La Villa Arty © muse villas
YONDER - L’île Maurice a bâti sa réputation sur ses grands hôtels de luxe. Pourquoi avoir créé muse villas ?
Mathieu Appassamy - Maurice a été précurseur dans l’hôtellerie de luxe balnéaire. Les premiers établissements sont apparus dans les années 1960, avant que la destination ne connaisse un véritable essor dans les années 1970. Ce modèle du grand hôtel de luxe en bord de mer s’est ensuite développé dans tout l’océan Indien, notamment aux Seychelles et aux Maldives. Le modèle traditionnel, c'est un séjour d’environ huit nuits dans un resort, avec une ou deux excursions sur des circuits assez balisés. Mais avec mon expérience dans la location saisonnière, j’ai observé une évolution des attentes. De plus en plus de voyageurs souhaitaient découvrir Maurice autrement, sortir des hôtels, explorer l’île de l’intérieur.
Pendant le Covid, nous avons eu l’idée de réunir une petite collection des plus belles villas de l’île et d’y transposer le savoir-faire de l’hospitalité mauricienne. Nous disposions déjà de professionnels extrêmement qualifiés dans la restauration, le housekeeping, la conciergerie et le service. Pourquoi réserver cette expertise aux seuls hôtels ?
C’est ainsi qu’est né notre concept d’« hôtellerie décentralisée » : des villas privées gérées avec les exigences d’un petit hôtel de luxe, mais qui permettent aux voyageurs de vivre Maurice différemment.
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La Villa Itzaga © muse villas
Le modèle des grands resorts mauriciens a-t-il atteint ses limites ?
Maurice arrive presque à saturation en matière de capacité hôtelière. Il y a très peu de nouveaux hôtels sur le marché, car l’offre est déjà extrêmement aboutie. Le modèle du resort fonctionne très bien et les établissements existants continuent d’innover. On voit notamment se développer les villas au sein des hôtels, certains établissements transformant une partie de leurs chambres en résidences privées. C’est une tendance de fond. Mais je ne crois pas qu’il faille opposer les deux modèles. Les resorts ont leurs atouts, les villas privées répondent à d’autres envies. Il existe aujourd’hui une place pour une hospitalité plus intime, plus libre.
Justement, qu’est-ce qui distingue une expérience muse villas d’un séjour dans un palace ?
Chez muse villas, nous créons des séjours privés sur mesure. Nos clients disposent de leur propre espace, de leur propre rythme et de services hôteliers, mais nous voulons surtout leur faire vivre des moments qu’ils n’auraient pas imaginés. Notre conception du luxe est assez simple. Nos clients sont habitués à voyager dans les plus beaux établissements du monde, mais nous pensons que le véritable luxe réside dans l’espace et le temps. C’est pouvoir décider de son programme, recevoir ses proches, déjeuner quand on en a envie, découvrir un endroit qui ne figure dans aucune brochure. C’est aussi manger de bons produits frais, préparés selon ses goûts, et sentir que chaque attention a été pensée pour soi.
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Une chambre de la Villa Itzaga © muse villas
Votre collection compte aujourd’hui onze villas. Qu’est-ce qui fait qu’une propriété mérite d’entrer chez muse ?
Nous sommes une équipe de Mauriciens, nés et élevés sur l’île. Notre force, c’est notre connaissance du territoire et notre réseau. Nous sommes très sollicités, mais nous disons beaucoup plus souvent non que oui. Nous retenons trois critères fondamentaux : un emplacement exceptionnel, une architecture remarquable et une décoration intérieure de très grande qualité. Nos villas se trouvent principalement sur les côtes est, nord et ouest, dans des lieux privilégiés, en bord de mer ou au pied d’une montagne.
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Une des villas à l’Ile Maurice © muse villas
Nous avons aussi fait le choix de privilégier les propriétés indépendantes, hors des grands développements immobiliers intégrés. Ce sont des maisons dans lesquelles un propriétaire a pu exprimer sa personnalité, travailler librement avec un architecte, créer quelque chose qui ne ressemble à rien d’autre. Et puis il y a un quatrième critère, plus difficile à définir : l’âme de la maison. L’engagement du propriétaire, son attention aux détails, la personnalité du lieu. Deux villas peuvent être aussi luxueuses l’une que l’autre sans raconter la même histoire.
Nous voulons privilégier la qualité à la quantité. Nous nous sommes fixé une limite de vingt villas dans la collection.
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Le séjour de la Villa Itzaga © muse villas
Vous avez également créé une collection encore plus confidentielle. Que trouve-t-on dans cette Private Collection ?
Elle réunit trois propriétés véritablement hors normes, que nous ne présentons pas sur Internet. Elles se découvrent uniquement par le bouche-à-oreille. Il y a notamment une villa qui fonctionne presque comme un hôtel privé, avec son terrain de padel, sa salle de sport, son ponton, son couloir de nage et son sauna. Une autre propriété occupe une île privée de 5 000 m², accessible notamment grâce à un bateau amphibie unique à Maurice. La troisième est une villa d’architecte située sur un immense terrain, dans l’un des secteurs les plus recherchés de Grand Baie.
Ce sont des lieux que nous réservons à une clientèle recherchant une expérience particulièrement exclusive.
Vos clients sont-ils d’anciens habitués des palaces ? Que viennent-ils chercher dans une villa privée ?
Nous accueillons une clientèle internationale qui connaît très bien le luxe et voyage beaucoup. Ce sont des personnes exigeantes, qui ont l’habitude d’un niveau de service irréprochable. Mais ce qu’elles recherchent avant tout, c’est la liberté. Elles veulent retrouver le confort et la qualité de service d’un grand hôtel, sans nécessairement en partager les espaces ni en suivre les horaires. Une villa permet aussi de vivre ensemble autrement, notamment lorsqu’on voyage en famille ou entre amis. Chacun peut avoir son intimité, tout en partageant des moments dans un lieu qui lui appartient le temps du séjour.
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La villa les pieds dans le sable, face à l'océan © muse villas
Vous avez créé un métier spécifique, celui de « villa host ». Quel est exactement son rôle ?
C’est la pièce maîtresse de notre organisation. Chaque villa dispose de son villa host, qui devient le chef d’orchestre du séjour. Dès la réservation, il entre en contact avec les clients pour comprendre leurs envies, leurs habitudes, leurs centres d’intérêt. Il imagine ensuite un itinéraire entièrement personnalisé, organise les services, coordonne les équipes et veille à la réalisation de chaque expérience. Nos villas disposent également d’une gouvernante, d’un chef privé et d’un service de conciergerie, mais le villa host est celui qui fait le lien entre tous ces métiers et le client.
C’est un véritable défi opérationnel, car nous avons créé une fonction qui n’existait pas sous cette forme. Nos villa hosts sont de jeunes professionnels mauriciens, généralement autour de la trentaine, formés aux codes de l’hôtellerie de luxe. Certains ont travaillé dans des maisons comme l’Eden Rock, Le Bristol ou Le Royal Monceau.
Ils connaissent les standards des palaces, mais doivent aussi avoir cette capacité à anticiper les attentes et à créer une relation personnelle avec les voyageurs.
Jusqu’où peut aller cette personnalisation ? Pouvez-vous nous raconter ce que vous proposez à vos clients qui se demandent que faire à l’île Maurice ?
Notre point de départ, c’est toujours le client. Nous pouvons organiser des expériences très sophistiquées, mais un moment exceptionnel peut aussi être quelque chose de très simple. Nous avons par exemple imaginé un Sunset Aperitivo sur un domaine de chasse, face à une perspective extraordinaire sur la montagne du Morne, avec une équipe dédiée au service et à la restauration. Nous proposons aussi des dîners conçus avec un chef privé, des soirées cinéma en plein air avec poufs, plaids et pop-corn, ou encore des escapades au lever du soleil sur un banc de sable isolé.
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© muse villas
Pour une famille avec des adolescents, nous avons organisé une journée d’olympiades directement dans la villa. Pour un autre client qui souhaitait découvrir le kitesurf, nous avons fait appel à un champion ayant représenté Maurice aux Jeux olympiques de Paris. Nous avons également imaginé un itinéraire de trois nuits autour de Maurice à bord d’un yacht d’exception. Ce qui nous intéresse, ce sont les expériences que l’on ne trouve pas dans une brochure. Nous aimons notamment emmener nos clients dans des endroits moins connus, comme la région de Moka, au cœur de l’île, où l’on découvre des cascades, une végétation luxuriante et des propriétés chargées d’histoire. Certains propriétaires nous ouvrent leurs portes, racontent leur patrimoine, partagent leurs collections ou leurs caves. Il arrive même que de véritables amitiés se nouent avec les voyageurs.
La gastronomie semble occuper une place centrale dans votre conception de l’hospitalité. Comment fonctionne la restauration dans les villas ?
C’est l’un des piliers de notre offre. Toutes nos villas incluent un petit déjeuner continental. Les clients peuvent ensuite choisir une formule en demi-pension ou en pension complète, avec un chef privé qui prépare les repas. Mais nous pouvons aller beaucoup plus loin. Nous organisons notamment des expériences de chef’s table, avec des menus entièrement personnalisés. Les clients peuvent aussi accompagner le chef au marché, sélectionner les produits et imaginer avec lui le repas du jour.
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L’offre gastronomique au coeur de l’expérience Muse Villas © muse villas
Nous accordons une grande importance aux produits mauriciens. Plus de 70 % de l’alimentation consommée à Maurice est importée, et nous avons pris le parti de privilégier autant que possible les producteurs locaux et les circuits courts. Notre cheffe Tessa est passionnée par le terroir mauricien, tout comme les chefs avec lesquels nous travaillons. Pour nous, la gastronomie est aussi une manière de faire découvrir l’île.
Et pour les familles avec de jeunes enfants ? Une villa peut-elle offrir autant de services qu’un resort ?
C’est précisément notre ambition. Nous avons développé une offre dédiée aux plus jeunes, avec des attentions dès leur arrivée et la possibilité de faire intervenir un animateur directement dans la villa. Pour les enfants à partir de trois ans, nous pouvons organiser des activités de 9 heures à 16 heures, aussi longtemps que les parents le souhaitent : pêche au bambou, rencontres avec des artisans mauriciens, ateliers ou sorties à l’aquarium et au parc animalier. C’est une sorte de kids club décentralisé, entièrement adapté à la famille et à son rythme.
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Plusieurs offres destinées à la famille © muse villas
Vous présidez également l’AALSIM, qui représente les professionnels de la location saisonnière. Comment ce marché évolue-t-il à Maurice ?
Le marché a profondément changé en une dizaine d’années. L’offre de location saisonnière, notamment sur Airbnb, a explosé, avec plus de 10 000 unités locatives sur l’île. Il faut replacer cette évolution dans un contexte plus large. Maurice est passée d’une économie historiquement dominée par la canne à sucre à une économie beaucoup plus diversifiée. L’île n’est plus seulement perçue comme une destination de vacances, mais aussi comme un endroit où il fait bon vivre toute l’année.
Cette attractivité a stimulé le marché immobilier, avec le développement de programmes comme Anahita, Valriche, Mont Choisy ou Tamarina. Plus de 500 villas d’une valeur supérieure à deux millions d’euros ont déjà été livrées. Mais le marché commence à atteindre un palier. L’essentiel du boom immobilier a eu lieu ces quinze dernières années, et une grande partie des transactions porte désormais sur des biens existants. Le développement reste par ailleurs encadré, notamment pour les propriétés en bord de mer, dont l’accès à la propriété est soumis à des règles particulières. Les Mauriciens sont très attachés à leur île et conscients des enjeux environnementaux et climatiques.
En tant qu’acteurs de ce développement, nous avons la responsabilité de veiller à ce qu’il se fasse intelligemment.
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Villa Cambresi © muse villas
Maurice reste-t-elle une destination à part sur le marché international du luxe ?
Elle possède une combinaison d’atouts assez rare : un climat agréable, des infrastructures de qualité, un environnement sûr et une qualité de vie exceptionnelle. C’est aussi une destination particulièrement adaptée aux familles. Mais ce qui fait sa singularité, à mes yeux, c’est surtout le sens de l’hospitalité. Cette attention à l’autre est profondément ancrée dans la culture mauricienne. Chez muse villas, nous voulons préserver cette dimension humaine. Nous ne cherchons pas simplement à proposer de très belles maisons, mais à créer une manière de recevoir qui soit fidèle à notre île.
Muse villas a-t-elle vocation à rester exclusivement mauricienne ?
Non, notre ambition est d’exporter le modèle. C’est d’ailleurs une demande que nous recevons régulièrement de la part de nos clients. Nous voulons d’abord consolider notre organisation et être parfaitement prêts avant de nous lancer. Notre objectif est d’envisager cette ouverture à partir de 2028. Nous pourrions imaginer muse villas dans des univers très différents : en safari, à la montagne pour des séjours au ski, ou même en ville. Ce qui compte, ce n’est pas tant la destination que la philosophie : des lieux exceptionnels, un service irréprochable et des expériences entièrement imaginées autour des voyageurs.



