Pourquoi la première nuit est souvent la moins bonne | Le cerveau en veilleur de nuit
L'« effet première nuit » désigne ce sommeil plus léger, plus long à venir, que l'on éprouve dans une chambre inconnue. Des chercheurs de l'université Brown en ont trouvé une explication en 2016 : ce soir-là, l'hémisphère gauche dort moins profondément que le droit et réagit au moindre bruit inhabituel, une porte qui claque au bout du couloir, en veilleur de nuit. Le lit est donc attendu au tournant. D'après l'étude menée par Rebecca Robbins, chercheuse en médecine du sommeil à Harvard, auprès de plus de 600 voyageurs, seule la moitié d'entre eux juge son sommeil à l'hôtel vraiment bon, et celui qui a mal dormi se montre nettement moins satisfait de son choix d'hôtel. Côté lit, l'oreiller arrive en tête des reproches, devant le matelas trop dur ou trop mou.
Ce qui distingue un matelas d'hôtel d'un matelas de maison | Bâti pour des milliers de nuits
Un rouleau de 140 kg passe et repasse 30 000 fois sur le même matelas. C'est l'épreuve d'endurance de la norme européenne, une dizaine d'années de nuits condensées en laboratoire, et un bon résumé de la vie d'un matelas d'hôtel, qui voit défiler des dormeurs de tous gabarits. Chez Tediber Hospitality, branche professionnelle d'une marque française née en 2015, les matelas d'hôtel haut de gamme de la ligne Air 3, pensés pour les chambres 4 et 5 étoiles, superposent sur 29 cm près d'un millier de ressorts ensachés pour un lit de 160, une mousse haute densité et une couche à mémoire de forme qui épouse l'épaule quand on se tourne sur le côté. Le reste ne se voit pas : housse intégrale déhoussable et lavable, traitement anti-feu, protection contre les acariens et les punaises de lit, quatre poignées pour retourner le matelas une fois l'an.
Ce qui fait la différence ? Le jumelage. Deux matelas de 90 cm se rejoignent bord à bord, en silence, et la même chambre reçoit deux collègues en lits jumeaux un soir, un couple dans un grand lit le lendemain.
Pour qui ? Les hôteliers, du 2 au 5 étoiles, mais aussi les maisons d'hôtes, gîtes, appart'hôtels et colivings, et les architectes d'intérieur qui aménagent leurs chambres.
Quand les hôtels vendent leur lit | De la Heavenly Bed aux clients qui demandent la référence
Devant la Bourse de New York, Westin a aligné des lits ; au-dessus de la Savannah River, un parachutiste s'est posé sur l'un de ses matelas. C'est ainsi, raconte la marque, qu'a été lancée la Heavenly Bed à l'été 1999, après l'essai d'une cinquantaine de lits concurrents. Selon Westin, le lit tout blanc a fait grimper la satisfaction des clients, qui ont voulu le même chez eux : le groupe dit en avoir vendu plus d'un demi-million. Hyatt, Hilton ou Four Seasons ont suivi, chacun avec son lit maison. En France, cette tendance de l'hôtellerie gagne aussi des maisons plus jeunes : « beaucoup de clients nous demandent où commander les matelas », constate Maxime Benoit, cofondateur des appart'hôtels Edgar Suites, équipés par Tediber depuis 2019.
Les vraies questions avant de rééquiper ses chambres | Fermeté, oreillers, renouvellement
Sur le dos, sur le flanc, à plat ventre : un même matelas d'hôtel doit contenter tous les dormeurs, du plus léger au plus lourd. Les études sur le mal de dos penchent pour un confort mi-ferme, et le reste s'ajuste par-dessus : en 2014, Four Seasons a lancé un lit dont le client choisit le surmatelas parmi trois niveaux de fermeté. Reste l'oreiller, premier grief des voyageurs, que certains hôtels règlent avec une carte, plumes, mémoire de forme ou anti-allergique.
Pour une ouverture d'hôtel ou une rénovation, la chambre témoin sert de banc d'essai, le temps de s'y allonger, de convaincre les investisseurs et de préparer la communication avant le premier client. Une fois les chambres équipées, une housse remplaçable à l'unité évite de sacrifier un matelas entier pour une tache, et un retournement tête-pieds chaque année répartit l'usure. Les matelas qui quittent les hôtels n'ont souvent que trois ou quatre ans, observe l'éco-organisme Ecomaison, qui les oriente désormais vers le réemploi.



