Christine Robalo, Le mardi 29 septembre 2026Où déjeuner à Paris pendant la Fashion Week ?
Deux fois par an, Paris redevient ce grand théâtre où l'on court en stilletos sous la pluie, un manteau simplement posé sur les épaules. Autour des Tuileries, les chauffeurs s’agacent, les attachées de presse s'égosillent et la tribu de la mode rejoue sa grande réunion de famille. Parce qu'on ne vit pas que de café tiède en backstage, la pause ravitaillement s'impose. Parfois le midi, pour engouffrer une assiette ultra-fraîche entre deux livraisons de moodboards ; parfois le soir, pour ces grands dîners de retrouvailles avec la bande de New York ou de Milan. Voici cinq tables où déjeuner pendant la fashion week.
1. Les Deux Magots | L’institution où déjeuner pendant la fashion week
Sous l'œil distrait des fantômes de Verlaine et d'Apollinaire, l'institution de Saint-Germain-des-Prés rejoue chaque saison son numéro de charme. On y débarque en trench coat XXL, lunettes noires vissées sur le nez, prêt à frissonner devant l'addition tout en simulant de graves arbitrages vestimentaires. Mannequins entre deux taxis et jeunes créateurs venus faire leurs gammes y côtoient le touriste ravi, dans un brouhaha où les verres de sancerre tintent au rythme des jugements de valeur. Et quand le timing s'affole vraiment rive gauche, le tout récent Comptoir juste à côté permet de happer un expresso au vol sans manquer une miette du défilé de la rue.
-
Façade du restaurant Les Deux Magots © DR
Côté cuisine, la maison ne cherche pas à réinventer la poudre, mais déroule un registre brasserie bourgeoise d'une efficacité redoutable, calibré pour la faune internationale. Dans les assiettes, le classique parisien répond présent : la blanquette de veau hommage à Boris Vian côtoie un tartare de bœuf charolais à la chapelure croquante ou le filet de bœuf au poivre. Pour les déjeuners à la volée, le club sandwich au saumon fumé d'Écosse Prunier et le croque-monsieur tradition permettent de garder la ligne (et le timing). C'est chic, lisible, rassurant. Ceux qui sont là pour le pur rituel germanopratin piqueront dans les incontournables : escargots sauvages de Bourgogne, foie gras de canard sur toasts Poilâne ou tarama Prunier à partager. Et pour la touche sucrée, la maison dégaine ses pâtisseries du jour, son millefeuille ou l'imposante tarte Tatin tiède.
Immanquable : la terrasse du restaurant, indispensable pour se montrer, lorgner son voisin et gesticuler avec élégance.
-
Sur la terrasse © Les Deux Magots
Les Deux Magots
À partir de 16 euros les entrées et de 23 euros le plat
6 place Saint-Germain des Prés, Paris, 6e
Site officiel de l’établissement
2 - Frida x Homer Lobster | Le jardin secret de la rue du Mont-Thabor
Place Vendôme (ou quasi), dans la cour intime d'un hôtel de luxe du centre de Paris, ce petit rectangle de verdure offre un répit salutaire où déjeuner pendant la fashion week. On coupe le téléphone, on s'affale dans de larges banquettes imprimées et on décompresse à l'abri des bruits de la ville. Pour l'occasion, Frida s'associe à Homer Lobster en proposant un grignotage décomplexé mais très haut de gamme. La brioche toastée arrive dorée à souhait, garnie d'une chair de homard tiède bien assaisonnée, flanquée de frites croustillantes, le tout accompagné selon l'envie d'un verre de blanc (à consommer avec modération).
-
Restraurant Frida © Maison Barrière Vendôme
Le verdict : l'addition pique un peu pour un sandwich au crustacé, mais le moelleux du pain brioché et le calme absolu de cette terrasse ombragée font capituler les plus comptables d'entre nous.
-
Sandwich au homard © DR
Frida
À partir de 28 euros les lobster rolls
17 rue du Mont Thabor, Paris, 1er
Site officiel de l’établissement
3. Kinugawa Rive Gauche | Le rooftop nippon de la Fashion Week
La maison nippone traverse la Seine pour se percher au sommet de l'Hôtel Sax, hôtel 5 étoiles proche de la tour Eiffel. Le studio Gilles & Boissier a sculpté un écrin de 180 couverts d'une élégance folle. La salle marie velours orange brûlée, marbre minéral et murs habillés de bois cannelé sous une lumière douce et presque dorée, faisant basculer le chic citadin vers l'esprit d'un jardin suspendu d'où la terrasse vous flanque une vue tour Eiffel droit dans les yeux. On s'y attable au crépuscule pour siroter un verre au shiso, au milieu d'un casting international qui feint d'ignorer la vue. En cuisine, l'exercice de style fusion tient toutes ses promesses : le black cod mariné au miso est une merveille de tendreté qui fond sous la fourchette avec cette douceur sirupeuse familière, tandis que le tartare de thon piqué de caviar offre une attaque iodée qui surprend les papilles des moins gastronomes d’entre nous. Les sushis manquent parfois d'un soupçon d'audace au vu des tarifs de l'avenue de Saxe, mais la justesse des assaisonnements, la fraîcheur des chairs et cette sensation d'être suspendu au-dessus des toits offrent un moment de pure grâce.
-
© Kinugawa Rive Gauche
Le verdict : C’est sans doute le secret le mieux gardé de l’avenue de Saxe pour qui veut voir la ville en grand sans subir la cohue des rooftops habituels. Si les assiettes jouent la carte d'une orthodoxie fusion très maîtrisée, la beauté spectaculaire du décor et le défilé des tables voisines finissent de convaincre : l'escale est un sommet de chic citadin dont il serait bien dommage de se priver.
Kinugawa Rive Gauche
À partir de 8 euros les entrées et de 33 euros le plat
55 avenue de Saxe, Paris 7e
Site officiel de l’établissement
4. Loulou Paris | Une terrasse aux Tuileries entre deux défilés
Dix ans déjà que cette escale amarrée au Musée des arts décoratifs orchestre son grand ballet mondain sans prendre une ride. Pour marquer ce premier bail réussi, la maison créé par Gilles et Claire Malafosse et racheté par le groupe Barrière, s'offre un lifting inspiré, dévoilant un nouveau bar dessiné par Joseph Dirand d'où s'ouvre désormais l'accès par le jardin. C'est un vrai régal d'observer la faune internationale slalomer entre le marbre veiné et les reflets mordorés pour aller capter les derniers rayons du soleil face à la tour Eiffel. Dans l'assiette, le chef Benoît Dargère déroule une partition méditerranéenne d'une régularité remarquable : l'huile d'olive est solaire, les produits d'une fraîcheur indiscutable et la cuisine a la bonne idée de rester lisible sans survendre ses effets. La terrasse, déployée sous d'imposants parasols blancs au bord des pelouses, reste le théâtre parfait pour observer de loin l'agitation de la rue de Rivoli tout en déliant les langues autour d'un verre bien frappé.
-
Assiette fraicheur © Via Tolila
Le verdict : dix ans après son ouverture, l'adresse conserve ce supplément d'âme et de tenue qui manque à tant d'établissements du quartier, s'imposant comme une valeur sûre pour voir Paris en grand sans sacrifier le contenu de l'assiette.
-
Salle principale du restaurant © Loulou Matthieu Salvaing
Loulou Paris
À partir de 22 euros les entrées et de 29 euros le plat
Jardin du Carrousel
107 rue de Rivoli, Paris 1er
Site officiel de l’établissement
5. Brach Paris | Le déjeuner le plus mode du 16e
Cet ancien centre de tri postal métamorphosé par Philippe Starck un hôtel de luxe du 16e impose sa démesure avec un culot réjouissant. Sous une immense fresque au plafond signée Ara Starck et au milieu d'un capharnaüm savamment orchestré de totems, de cuir et de chêne clair, le restaurant de 110 couverts bruisse du matin au soir. Derrière l'interminable comptoir ouvert de vingt mètres, le chef Adam Bentalha y envoie une cuisine méditerranéenne solaire et d'une franchise absolue : houmous piqué de citron caviar, foccacias escortées de mozzarella de bufflonne et épaule d'agneau confite au zaatar. La faune du quartier y croise le Tout-Paris en goguette, rivée à ses verres de blanc ou piquant sans manières dans les créations architecturales du chef pâtissier Fabien Emery. C'est bruyant, vivant, terriblement incarné, et cela prouve qu'avec une vraie vision, un restaurant du 16e sait encore donner des leçons de fête.
-
Plats du chef © Nolwenn Pernin
Le verdict : Starck a beau avoir la main lourde sur les fétiches et les boiseries, la sauce prend avec un naturel déconcertant. Entre l'assaisonnement impeccable des assiettes levantines et ce va-et-vient ininterrompu de silhouettes bien nippées, l'endroit réussi ce qu'aucun autre hôtel 5 étoiles à Paris n'ose tenter : injecter une sacrée dose de vie et de désir dans un Paris parfois figé dans ses certitudes.
-
Les touches du chef © NolwennPernin
Brach
À partir de 15 euros les entrées et de 29 euros le plat
1-7 rue Jean Richepin, Paris, 16e
Site officiel de l’établissement







