Emmanuelle Dreyfus, Le jeudi 28 mai 2026Quelles expositions voir en juin 2026 à Paris et en France ?
1 - Lee Miller au Musée d'art moderne de Paris | L'expo incontournable à voir en juin 2026
Elle a longtemps été racontée à travers les hommes qu'elle a croisés : Condé Nast, Man Ray, Picasso, les surréalistes... Comme si sa beauté avait éclipsé son œuvre. A la faveur des Rencontres d’Arles en 2022, les festivaliers (re)découvrent une partie de son immense travail de photo-reporter et ses portraits décalés. Un film d’Ellen Kuras a bien tenté de mettre en lumière ce parcours hors-norme, mais il faut bien reconnaître qu’il n’a pas su bien raconter qui était Lee Miller (1907-1977) .
En juin 2026, une exposition au Musée d'art moderne de Paris remet enfin les choses à leur place. Le parcours, ample et remarquablement construit, réunit plus de 250 photographies, certaines rarement montrées, pour retracer cette trajectoire sidérante. Mannequin pour Vogue, photographe de mode, expérimentatrice surréaliste, correspondante de guerre : Lee Miller a traversé le XXe siècle comme peu d'artistes l'ont fait. Ses images prises à Dachau et Buchenwald en 1945 restent parmi les témoignages les plus bouleversants de la libération des camps. Mais l'exposition rappelle aussi son humour noir, sa liberté sexuelle, son goût pour les accidents visuels et les compositions insolentes.
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© Lee Miller Archives England 2026 All Rights Reserved
Le 30 avril 1945, le jour même où Hitler se suicide à Berlin, elle se fait photographier dans sa baignoire à Munich, les bottes encore couvertes de la boue des camps. Si après la guerre, elle poursuit sa collaboration avec Vogue, elle n’est plus tout à fait la même. Ce qu’elle a vu à la libération des camps l’a profondément marquée et elle fini par se retirer dans la campagne britannique avec son fils, Antony Penrose. Elle prétend même que ses archives ont disparu. Ce n’est qu’à sa mort, en 1977, que son héritier découvre quelque 60 000 négatifs, journaux et tirages dissimulés dans leur maison, Farleys House, convertie depuis en musée. Une œuvre enfouie, immense, qui n'attendait que d'être vue. Une exposition en juin à Paris passionnante qui opère un rééquilibrage historique : montrer que Lee Miller n'était pas une muse gravitant autour des avant-gardes, mais une créatrice qui les a parfois précédées.
Musée d'Art Moderne de Paris
Jusqu'au 2 août
11 avenue du Président-Wilson, Paris 16e
Notre recommandation d'hôtel : Installé dans l'ancien hôtel particulier du prince Roland Bonaparte, le Shangri-La Paris séduit autant pour ses vues spectaculaires sur la Tour Eiffel que pour Maison Roland, son nouveau bistrot caché dans le jardin.
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© Shangri-La Paris
Shangri-La Paris
100 clés, prix à partir de 1432 euros
10, avenue d'Iéna, Paris 16e
2. Hilma af Klint au Grand Palais | L'artiste qui a inventé l'abstraction avant tout le monde
Il aura fallu attendre 1986 pour que le monde découvre qu'une peintre suédoise, Hilma af Klint (1862-1944), avait devancé Kandinsky et Mondrian de plusieurs décennies. Formée à l'Académie royale des Beaux-Arts de Stockholm, elle menait une double vie artistique : une pratique figurative conventionnelle et une œuvre secrète, dictée par des séances de spiritisme menées avec quatre amies au sein du groupe De Fem (les Cinq). C'est l'un de ces « guides spirituels » qui, en 1906, lui aurait confié la mission de réaliser Les Peintures du temple, le corpus d’œuvres réunies par Le Grand Palais et le Centre Pompidou et exposées pour la première fois en France. Réalisé entre 1906 et 1915, ce cycle mystique et cosmique déploie spirales, diagrammes, lettres et aplats chromatiques qui semblent dialoguer avec des forces invisibles.


La tempera à l'œuf qu'elle utilise pour les grandes toiles intensifie les pigments et leur confère une lumière intérieure étrange, presque irréelle. Dans ce vocabulaire visuel qu'elle construit de toutes pièces, le bleu symbolise le féminin, le jaune le masculin, le vert leur fusion, une vision des identités plurielles, chaque être humain étant à la fois homme et femme, qui résonne avec une acuité troublante aujourd'hui. Les dix grandes toiles de la série des Dix Plus Grands, monumentales, déroulent les âges de la vie de l'enfance à la vieillesse avec une puissance saisissante. Hilma af Klint peignait pour un futur qu'elle imaginait plus réceptif. Elle avait même demandé que ses toiles restent cachées pendant vingt ans après sa mort. Un continent artistique entier, découvert avec plusieurs décennies de retard. Dans cette expo à voir absolument en juin à Paris, le commissariat de Pascal Rousseau montre comment la théosophie, les sciences occultes et les avancées scientifiques de l'époque ont nourri une autre vision du monde, et donc une autre manière de peindre. Une visionnaire, tout simplement.
Grand Palais
Jusqu'au 30 août 2026,
17 avenue du Général-Eisenhower, Paris 8e
L'hôtel où dormir : Hôtel Vernet. Ce boutique-hôtel à deux pas des Champs-Élysées cultive une élégance discrète sous sa célèbre verrière Belle Époque signée Gustave Eiffel. L'une des adresses les plus confidentielles de Paris 8.
Hôtel Vernet
50 clés, prix à partir de 525 euros
25, rue Vernet, Paris 8e
jusqu'à -25% sur cet hôtel avec le Club Yonder
3. Versace au Musée Maillol | L'expo mode à voir en juin 2026 à Paris
Avant les réseaux sociaux, Gianni Versace (1946-1997) avait déjà compris une chose essentielle : la mode devait être un spectacle total. Ses défilés étaient des shows, ses mannequins des déesses pop et ses vêtements des armes de séduction massive. Au Musée Maillol, la première grande rétrospective française consacrée au créateur depuis près de quarante ans replonge dans cette esthétique maximaliste qui continue de contaminer la mode contemporaine. Le parcours déroule plus de 450 pièces et 120 silhouettes dans une scénographie pensée comme un catwalk. Antiquité grecque, baroque italien, pop art, punk : Gianni Versace ne choisissait pas ses références, il les superposait.
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L’exposition Versace au Musée Maillol © Dreamrealizer
Jusqu'à faire de Médusa - figure mythologique capable de pétrifier ceux qui croisaient son regard - l'emblème d'une mode pensée comme un pouvoir de fascination totale. Ce qui ressort ici, c'est moins le folklore flashy souvent associé à Versace que son intelligence visuelle. Culture queer, bondage, imprimés flamboyants, silhouettes sculpturales : tout se mélange dans une œuvre qui refusait radicalement le minimalisme bourgeois des années 1990. On redécouvre aussi à quel point le créateur a participé à fabriquer le star-system moderne. Naomi Campbell, Linda Evangelista, Madonna ou Lady Diana deviennent sous son regard des icônes mondiales avant l'heure d'Instagram.
Musée Maillol
Jusqu'au 6 septembre,
59-61 rue de Grenelle, Paris 7e
L'adresse où dormir : Hôtel Montalembert. Cet hôtel 5 étoiles de Saint-Germain-des-Prés a traversé les époques sans jamais perdre son charme d’antan. Il a été admirablement remis au goût du jour par l’architecte-décorateur Pascal Allaman.
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Hôtel Montalembert, le lobby
Hôtel Montalembert
50 chambres à partir de 420 euros la nuit
3 rue de Montalembert, Paris 7e
4. La Biennale d'art contemporain de Bonifacio
La fête comme espace politique : c'est le pari de Nimu Dormi, troisième édition de la Biennale d'art contemporain de Bonifacio organisée par De Renava. Et dans une époque saturée de discours anxiogènes, le sujet tombe juste. Installée en partie dans l'impressionnante Caserne Montlaur, ancienne friche militaire de 5 000 m² suspendue au-dessus de la Méditerranée, la Biennale réunit artistes internationaux et figures corses autour d'un parcours conçu comme un opéra contemporain.
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Nadya Tolokonnikova et Pussy Riot © Denis Sinyakov
Vanessa Beecroft, Pussy Riot, Adel Abdessemed, Anri Sala ou Mark Leckey interrogent la fête comme lieu de débordement, de résistance collective et d'émancipation. Pas une fête Instagram filtrée et marketée, mais quelque chose de plus ambigu, de plus physique, de plus sombre aussi parfois. Ce qui rend cette Biennale passionnante, c'est précisément ce dialogue entre un territoire ultra-spectaculaire - falaises blanches, citadelle, mer turquoise - et des œuvres qui refusent la carte postale. En quelques éditions, la Biennale de Bonifacio s'impose comme l'un des rendez-vous d'art contemporain les plus singuliers du bassin méditerranéen, et une halte culturelle de choix lors d'un week-end en Corse.
Jusqu'au 5 novembre 2026
Nos bonnes adresses à Bonifacio : le Version Maquis (route de Piantarella), un hôtel spa en Corse avec vue sur les falaises blanches qui propose également des villas à louer, et A Finestra restaurant étoilé, nouvelle référence gastronomique de l'île sous la main du chef Angelo Bassi.
5 - Sea, Pop & Sun à la Villa Carmignac | L'expo à voir en juin dans le Sud
Il y a des expositions qui ne pourraient exister ailleurs. Celle de la Villa Carmignac en fait partie. Sur l'île de Porquerolles, nichée entre terre et mer, le pop art révèle soudain des facettes qu'on ne lui connaissait pas. Sorti de son territoire habituel - objets du quotidien, réclames urbaines, culture de masse - il se nourrit ici du ciel, du soleil et des vacances. Dès l'entrée, un coucher de soleil en polyptyque de Warhol et un lever de soleil de Lichtenstein donnent le ton : le paysage n'est plus un phénomène naturel, mais une image-symbole du désir et de la consommation des années 1960.
Hockney, Niki de Saint Phalle, Evelyne Axell ou Martial Raysse dialoguent avec des artistes contemporains comme Derrick Adams ou Judy Chicago, qui prolongent ou interrogent le mouvement. Au cœur de la Villa, Théo Mercier investit l'espace central situé sous le plafond d'eau avec une sculpture monumentale inédite.
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Sea, Pop & Sun à la Villa Carmignac © Fondation Carmignac / Nicolas Brasseur
Mais Sea, Pop & Sun, clin d'œil assumé au Sea, Sex and Sun de Gainsbourg, ne se contente pas de célébrer. Derrière l'exaltation des pionniers affleure une conscience aiguë du paradis éphémère. L'hédonisme sans entraves, dans des lieux de vacances aujourd'hui saturés par la surconsommation, a-t-il encore la même saveur ? C'est la question qui affleure sous chaque toile, et qui rend cette exposition aussi jouissive qu'inquiète.
Fondation Carmignac
Jusqu’au 1er novembre 2026
Nos recommandations sur place : À deux pas des œuvres, Le Poisson Ivre propose sous les pins une cuisine bistronomique fine et créative. Pour prolonger l'escapade, l'hôtel 4 étoiles Mas du Langoustier incarne depuis quatre générations l'art de vivre à Porquerolles : chambres vue mer et restaurant gastronomique La Pinède les pieds dans l'eau.
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