Emmanuel LaveranEmmanuel Laveran, Le mardi 12 mai 2026
Hôtels du mois

Notre avis (sans filtre) sur le Bus Palladium, l’hôtel, restaurant et club le plus rock de Paris

  • Notre avis sur le Bus Palladium © Mathieu Salvaing
    Notre avis sur le Bus Palladium © Mathieu Salvaing
  • Notre avis sur le Bus Palladium © Mathieu Salvaing
    Notre avis sur le Bus Palladium © Mathieu Salvaing
La rédaction Yonder vous donne son avis, sans avoir besoin d’être abonné pour pouvoir lire tout l’article

Tout le monde en piaffe, tout ce qui reste de la presse l’annonce, le Bus Palladium fait son grand retour à Pigalle. Derrière la nouvelle façade de béton brut du 6 rue Pierre Fontaine, l’institution des nuits parisiennes renaît sous une forme qu’on attendait impatiemment : un hôtel 5 étoiles hybride, mi-boutique, mi-lieu de vie, mi-resto gastro, mi resto-branché, mi-scène, mi-club… une chose est sûre, l’esprit Rock and roll all nite est encore là, bien vivace. 

Un monument ressuscité

Ouvert en 1965 par un certain James Arch, le Bus Palladium a fait danser des générations. Au fil du temps, l’adresse a vu défiler Salvador Dalí, Bernard Pivot, Gainsbourg, Mick Jagger… Les Insus, les Beatles, Johnny, Catherine Ringer ou les Stones y ont produit des concerts mythiques. Fermé en 2022 pour travaux, le lieu vient de réouvrir. La rédaction Yonder y a passé une soirée, un dîner, une nuit et vous donne son avis, sans avoir besoin d’être abonné pour pouvoir lire tout l’article.

  • Archives du Bus Palladium © James Arch
  • Archives du Bus Palladium © James Arch

 

D’abord il y a une rencontre, un deal passé entre le propriétaire historique Christian Casmèze et Nicolas Saltiel, le boss de la collection de (top) hôtels Chapitre Six (Cap d’Antibes Beach hotel, le Hana, le Monsieur George ou le Monsieur Aristide à Paris, la Folie Barbizon…) L’ambition se fait simple : conserver l’âme rock du club en l’amplifiant de nouveaux services. Bienvenue à un resto, à des étages, à un hôtel… qui garderont la musique, la fête, l’électricité, les lunettes noires, les tatouages et les perfecto en guise de colonne vertébrale.

Une architecture stylée signée Studio KO

Le choc débute dès l’extérieur par une immense désillusion. Comment a-t-on pu imaginer façade si fade, si lisse, si nihiliste… voire brutaliste ? Même Tadao Ando, le spécialiste nippon de la plaque de béton gris, n’aurait pas osé. L’intervention du Studio KO, radicale, tranche carrément avec l’haussmannien des Grands boulevards parisiens. On se demande si on ne s’est pas arrêté, sans faire gaffe, devant la rigueur hilarante d’un Temple protestant ou encore la façade d’habitude si gaie d’un crématorium. Est-ce que c’est bien là ? Mais par où on rentre ? On aperçoit deux portes de garage… alors on en emprunte une, on pénètre un couloir insipide.

  • La façade du Bus Palladium © Mathieu Salvaing
    La façade du Bus Palladium © Mathieu Salvaing
     

Et la lumière fut.

Wahou, deuxième choc. Impression diamétralement opposée. L’adrénaline monte, le cœur s’emballe. Une voix chuchote : « Mais comme c’est beau… » Afin de décrire l’ensemble, une phrase surgit à partir d’un prompt débile dicté à ChatGPT5 : « À l’intérieur, le vocabulaire esthétique joue les contrastes. Rideaux de velours rouge profond, métal apparent, moquettes épaisses, béton, marbre et éclairages tamisés composent un décor théâtral, dense et sensuel ». Chers lecteurs, je suis sincèrement désolé si par moments l’IA me prend pour une plume du Figaro.

Ma version maintenant. Le rock remplit l’espace, sature les oreilles. On s’exclame : « Yeeeees... écoute… c’est les Strokes ! » J’adore ce morceau, « Reptilia ». La musique joue son rôle, envoûte l’âme, enrobe tout. Le corps part en voyage, se calme. On se retrouve un peu chez nous, avec cette bande-son si proche des grands souvenirs de festivals, de bringues, de soirées, les sourires des amis, les cuba libre au vieux rhum et les jack and coke. On écarquille les yeux, on palpe immédiatement cette tension singulière de tous les espaces, entre sophistication et rugosité. Comme si David Lynch himself avait supervisé la rénovation, les jeux de lumières, le mur d’ampoules derrière la réception, la cheminée, les fauteuils design. On se retrouve projeté dans une scène de Sailor et Lula. Il règne une atmosphère vraiment stylée, aboutie. Rock is dead ? A première vue, pas tant que ça.

Au Bus, c’est open rock et open bar, de la Chambre Supérieure à la Suite Dali. Unique

35 chambres et suites, version rock 

« Le Bus Palladium compte 35 chambres et suites seulement, ce qui lui donne davantage des airs de maison confidentielle que de grand hôtel» C’est en lisant cet arrangement de mots insipide que l’on réalise que ChatGPT nous bullshite totalement. L’IA affiche ses limites, avec ses phrases bateau, cet oubli permanent du sentiment, cette chaleur toute logicielle de serveur climatisé. ChatGPT, c’est un peu comme si ton frigo tentait d’écrire une poésie. Loin d’être Yonder compatible, cette phrase ne s’avère aucunement représentative du lieu. Peut-être est-elle néanmoins sourcée chez nos confrères un brin out of time des médias traditionnels, dans leurs tentatives de déclinaison online ? Mais quel article pourri a pu nourrir les IA pour qu’elle recrache un tel contenu ?

Les chambres, du coup : directement inspirées des motels US, d’un bord de Route 66. La Cadillac rose poudré décapotable se serait garée en dérapant, dans le fracas des graviers. Des teintes pastel, une touche seventies avec, encapsulée dans chaque table de nuit, une œuvre d’art à vendre. Mais quelle idée ? La possession du monde est-elle une priorité ? 

  • La Suite Dali © Mathieu Salvaing
  • © Mathieu Salvaing

 

Au-dessus, la tête de lit et un mur en liège, un plafond brut version garage, une moquette épaisse et enfin, en plein centre, les pièces maîtresses : l’ampli et les enceintes, gigantesques, omniprésentes, comme pour notifier clairement qu’on ne s’est pas rendu jusque dans un hôtel à Montmartre juste pour dormir. Quatre playlists au choix. Cela faisait bien 10 ans que je n’avais pas écouté ce son des Beach Boys, Forever. Jouissifs quand même les surfeurs blonds californiens ! Il faut que je les remette en bonne place dans mes playlists. C’est parti pour un shazam automatique qui va durer tout le temps passé dans cette piaule. Il faut venir ici, rien que pour shazamer, toute la nuit.

Car au Bus, les nuits sont étudiées pour être longues. Bien sûr il y a la musique, signée Caroline de Maigret, ses quatre listes jouissives qui donnent envie de s’allonger, d’attendre, de s’ennuyer, de faire l’amour ou de simplement regarder le temps passer. Je scrute ce lit. Il me fait penser à Iggy Pop. I wanna be your dog. J’ai envie d’être ton chien, ça pourrait bien être la prochaine chanson… mais comment le protopunk newyorkais a-t-il pu avoir l’idée d’un tel titre ? 

  • La Suite Terrasse Prestige © Mathieu Salvaing
    La Suite Terrasse Prestige © Mathieu Salvaing
     

En face du lit, le bar, qu’il est interdit d’appeler « minibar », tout simplement parce qu’il s’agit d’un bar d’hôtel, un vrai, qui n’a rien de « mini », organisé au sein de chaque chambre, avec des bouteilles d’alcool entières, un shaker et des soft sélectionnés. Les chambres en synthèse = le meilleur du bar d’hôtel + le meilleur du rock en liberté, à disposition, pour tous. Jolie vocation altruiste, communiste même. I wanna be sedated, je veux être sous sédatif. Joey Ramone tombe à pic parce qu’au Bus, c’est open rock et open bar, de la Chambre Supérieure à la Suite Dali. Unique. 

  • Suite Dali © Mathieu Salvaing
    Suite Dali © Mathieu Salvaing
Un mur de vinyles exhibe une bonne partie de la collection du fondateur du Bus, James Arch

Un restaurant signé Valentin Raffali, ouvert à toute heure

Aux commandes de la restauration : le chef Valentin Raffali, jeune talent marseillais remarqué dans Top Chef pour sa cuisine instinctive, ses boucles d’oreilles et ses bras tatoués. Disons-le franchement : l’assiette ne nous a pas franchement transportés. Une galette de pied de cochon baignée d’une sauce thaï archi forte, vraiment pimentée à l’extrême du mangeable. Des langoustines un peu trop cuites recouvertes d’un garum XO surconcentré, abondamment salé. C’était sympa, original, exotique, mais pas vraiment gastro. D’un autre côté, nous assistions aux premiers services du restaurant Bus Palladium et la partition s’améliorera probablement avec le temps. Et puis, avouons-le franchement, on ne s’attendait pas à dîner dans un restaurant étoilé Michelin. On souhaitait juste expérimenter ce nouveau lieu, juger s’il vibrait encore, tâter l’ambiance.

  • Le restaurant © Bus Palladium
    Le restaurant © Bus Palladium
     

Et de ce côté-là, on a surkiffé. La déco d’abord, avec, ouvert au milieu de la pièce, cet impressionnant bar brillant multicolore qui appelle les cocktails. A l’opposé, un mur de vinyles exhibe une bonne partie de la collection du fondateur du Bus, James Arch. Inutile de préciser, dès lors, que la magie opère. 

Finies les musiques d’ascenseur vaguement branchouilles avec des voies aussi tamisées que la lumière

Le DJ du restaurant joue du Stevie Wonder, alterne le meilleur de Lenny Kravitz ou des Stones. Ca fait du bien, ça nettoie les écoutilles. Finies les musiques d’ascenseur vaguement branchouilles avec des voies aussi tamisées que la lumière. Ici on vibre, on choppe la chair de poule. On se revoit aux Eurockéennes 1994, alors qu’on pogotait, insouciant, sur I will go my way. On se rembobine les vidéo Youtube et les solos de Prince… jusqu’à ce qu’on commence à tchatcher avec ses voisins de table. L’un arbore une boucle d’oreille si longue qu’elle pourrait tremper dans sa soupe. L’autre est tatoué du menton au sourcil, cou et joues incluses. A deux mètres, Guillaume Canet partage une assiette avec des gens du showbiz un poil pâlots et, on se doit de le signaler, un peu ébouriffés. Un garçon, debout, a mis sa casquette à l’envers. Il porte lunettes noires et barbe touffue. On dirait Sébastien Tellier, mais pas non plus trop quand même.

  • Le bar © Bus Palladium
    Le bar © Bus Palladium
     

La discussion avance, on sympathise, nos décidément très gentils voisins nous font goûter leur vin, un rouge du Rhône net, structuré, gourmand. Ils se régalent d’une côte de bœuf saignante qui a l’air dantesque. J’aurais dû commander ça. On échange des frites franchement très bonnes et on passe une super soirée. S’il n’y avait eu l’appel de la nicotine, on aurait pu rester 3 heures de plus à table, à écouter des hymnes rock, discuter avec cet échantillon des mecs les plus cool de la planète. Des Bohemian like you, comme nous, aussi, parce qu’ici, on se sent clairement en voyage.

Dans ces conditions, Never mind the bollocks. 

Tout le reste, la bonne marche du monde, de la situation en Iran aux prix de l’essence à la pompe, on s’en contrefout. Ce qui compte ce soir, c’est cette électricité dans l’air, doublée d’un côté chill indicible, cette atmosphère naturelle, évidente, étudiée et décontractée à la fois. 

En deux mots, l’ambiance, au Bus, tient du génie.
 

Un rooftop et le retour du club

Alors que la scène club, au sous-sol, reprend progressivement du service, un rooftop intime permet de gagner de la hauteur. On s’offre une dernière clope doublée d’une vue sur les toits de Pigalle. 

  • Le Club de l’hôtel © Matthieu Salvaing
    Le Club de l’hôtel © Matthieu Salvaing
     

Le Bus Palladium, pour qui ?

Les rockeurs affirmés ou en devenir,
Les amateurs d’hôtels de caractère qui se lassent des boutiques-hôtels de Paris chiants et policés, 
Ceux qui veulent vivre la ville autrement,
Et tous les autres.
 

Ce qu’il faut retenir

Avec sa renaissance, le Bus Palladium réussit un exercice périlleux : transformer une légende nocturne en hôtel lifestyle, sans la vider de sa substance. Plus qu’une conversion, l’adresse réactive un mythe en version mélomane, brute et infiniment désirable. Le genre d’hôtel qui n’oublie jamais qu’avant d’offrir des nuits d’ivresse, il a d’abord une âme.

« Tout ce que journalistes policés et périmés auraient dû écrire - et n’ont jamais écrit - sur le Bus Palladium »
Les Inrocks

« J’aurais voulu l’écrire moi-même, mais j’ai pas fait assez d’études »
Telerama

« Le meilleur article jamais publié sur le Bus Palladium »
Le Monde

« Un papier incompréhensible, vulgaire et rédigé en mauvais français »
Le Figaro

« Il est vrai que c’est un lieu de gauche »
Libération

« L’auteur avait sûrement trop bu »
La Revue du vin de France

« Pas à notre goût »
Radio Classique

Pratique

Bus Palladium
6 rue Pierre Fontaine, Paris 9
35 chambres et suites
Restaurant, bar, rooftop, club
Prix à partir d’environ 350 euros la nuit

Jusqu'à -25% sur cet hôtel avec le Club Yonder

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