Christine RobaloChristine Robalo, Le jeudi 16 juillet 2026
Hôtels du mois

Notre avis sur le Château de Valmer anti-bling, de génération en génération

À quelques encablures des paillettes de Saint-Tropez, le Château de Valmer oppose la douceur d'une maison de famille trigénérationnelle aux standards du luxe azuréen. Entre vignobles biologiques et plage privée face aux îles d'Or, cette bastide Relais & Châteaux cultive l'art de la déconnexion sous la houlette d'un nouveau chef étoilé.
  • Notre avis sur le Château de Valmer © Château de Valmer
    Notre avis sur le Château de Valmer © Château de Valmer
Ce n'est pas un hasard si près de 60 % de la clientèle plie bagage en réservant déjà pour l’été suivant

Le pitch | Un secret de famille bien gardé

Soyons réalistes : le domaine a l'élégance de se faire désirer. Quitter Paris exige d'enchaîner un TGV jusqu'à Toulon, puis de négocier près d'une heure en TER au rythme chaotique ou d'une navette serpentant dans l'arrière-pays. Une transition un brin éprouvante, mais presque salutaire, qui rappelle aux urbains pressés que la vraie déconnexion se mérite encore un peu. Mais dès que l'on passe les grilles du Château de Valmer, le rythme cardiaque descend instantanément d'un cran. Les rumeurs de Saint-Tropez s'éteignent derrière la barrière des palmiers Phoenix, remplacées par le craquement familier du gravier et le chant des cigales. Il y a une vibration singulière dans cette ancienne pension de famille, quelque chose que les palaces construits ex nihilo ne parviendront jamais à s'acheter : une âme. Depuis 1948, la famille Rocchietta-Montloin maintient cette même idée de l'accueil, chaleureux, presque informel, loin des courbettes guindées de la Côte d’Azur.

Ce n'est pas un hasard si près de 60 % de la clientèle plie bagage en réservant déjà pour l’été suivant. Les salons ont vu courir des générations d'enfants qui, aujourd'hui, passent la porte avec leurs propres nourrissons dans les bras. Pour ces habitués, le domaine fait office de maison de campagne ultime. On y retrouve ses meubles, ses habitudes, son maître d'hôtel et son carré de pelouse, les désavantages des impôts fonciers en moins.

 

Comment est l’hôtel ? L'élégance du grand domaine

L'architecture évite heureusement le piège du pastiche provençal pour afficher la patine rassurante d'une grande demeure qui a traversé les époques. L'hôtel 5 étoiles près de Saint-Tropez s'articule autour d'une bastide de pierres sèches qui porte en elle l'empreinte de trois générations de la même lignée. Entre cette bâtisse et la mer s’étirent les rangs alignés d'un vignoble maison. Ces parcelles produisent une poignée de bouteilles confidentielles, à peine assez pour alimenter les tables du domaine, mais suffisantes pour offrir le luxe ultime de boire le vin du lieu, né sous les fenêtres de sa propre chambre.

  • Le Château de Valmer sur la Côte d’Azur © Château de Valmer
    Le Château de Valmer sur la Côte d’Azur © Château de Valmer


L'expérience se vit au rythme des ombres qui s'allongent sur le gravier, des après-midis qui s'étirent sans fin autour de la grande piscine extérieure chauffée de l'hôtel-spa près de Saint-Tropez et du tintement métallique des boules de pétanque sur le terrain en fin de journée. Les pas mènent naturellement vers le Spa by Clarins, un espace de 500 m² qui affiche des poutres maîtresses. La piscine intérieure y est sagement réservée aux adultes. Un luxe salvateur pour s'épargner les éclaboussures et les cris - de joie - de la progéniture des habitués mentionnés plus haut et pour contempler le parc à travers de larges baies vitrées dans un silence presque monacal.  

  • La piscine intérieure de l’hôtel © Château de Valmer

    La piscine intérieure de l’hôtel © Château de Valmer

Tout ici s'articule en réalité autour d'une obsession bien plus ancienne : le rapport viscéral à la terre. Bien avant que la responsabilité écologique ne devienne la béquille marketing de l'hôtellerie de luxe, le domaine cultivait son autonomie. Ici le potager fournit la cuisine en herbes et légumes selon un cahier des charges d'une rigueur absolue. Cet hôtel écoresponsable avant l'heure affiche son Écolabel européen sans arrogance, comme une évidence héritée du bon sens paysan plutôt que d'une stratégie de communication.

Comment sont les chambres ? Atmosphère de maison de campagne

Les amateurs de cubes en béton brut, de domotique dernier cri à commande vocale et d'ambiances minimalistes façon clinique suisse passeront leur chemin. Ici, l'espace préfère le charme d’une maison de famille bourgeoise qui assume sa patine et ses petits rituels de villégiature. Le décor s'installe dans un registre feutré et résolument classique : les murs grège ou amande s'effacent derrière de lourds rideaux fleuris en cotonnade, tandis qu'un vaporeux ciel de lit, suspendu à sa structure en fer forgé, apporte ce qu'il faut de romantisme sans sombrer dans le cliché guimauve. Au sol, les tomettes rousses qui gardent une fraîcheur salvatrice sous les pieds nus, rappellent qu'on est bien en Provence.

  • La triple chambre famille © Château de Valmer

    La triple chambre famille © Château de Valmer

Pour ceux qui trouveraient la bastide encore trop conventionnelle, le domaine cache deux cabanes en bois perchées dans des chênes centenaires. Observer le réveil des écureuils juste au-dessus des alignements de vignes, un café brûlant à la main, possède un petit côté Robinson Crusoé de luxe qui surclasse facilement les suites avec jacuzzi privé les plus opulentes. C’est l’option idéale pour fuir le reste des mortels, tout comme la villa indépendante à louer sur la Côte d'Azur baptisée Le Cabanon. Planqué au milieu de la verdure, ce refuge permet de s'isoler en parfaite autonomie, avec le sentiment grisant d'être le seul maître à bord d'un domaine de six hectares.

  • La cabane dans les bois de l’hôtel 5 étoiles © Château de Valmer

    La cabane dans les bois de l’hôtel 5 étoiles © Château de Valmer

Les jardiniers s'activent dans le potager biologique du domaine et la cuisine se plie au vivant

Comment est le restaurant ? Une table terre-mer récompensée

Oubliez les démonstrations techniques stériles et les assiettes géométriques où l'on cherche la nourriture au microscope : le restaurant gastronomique La Palmeraie (une étoile Michelin) préfère jouer une partition bien plus vibrante. Sous l'ombre d'un pin brésilien majestueux et de palmiers Phoenix centenaires, l'expérience commence bien avant que les plats n'arrivent. On s'en aperçoit dès que l'on effleure la vaisselle : des assiettes en céramique blanche aux bords ondulés comme des corolles, façonnées sur mesure par l'artisan aixois Sylvie Gelis. Ce contenant brut et imparfait forme un duo immédiat avec la philosophie du chef Thomas Pezeril. Les saisons dictent brutalement le rythme, les jardiniers s'activent dans le potager biologique du domaine et la cuisine se plie au vivant, sans artifices.

  • Manger au restaurant de l’hôtel 5 étoiles © Aurelien Studio
    La cuisine étoilée du chef Thomas Pezeril © Aurelien Studio


Le travail du chef s'articule autour de deux menus en six temps : l'un classique axé sur des producteurs locaux triés sur le volet, l'autre entièrement végétarien. C'est ce dernier qui marque les esprits. L'assiette végétale se dévore d'abord avec les yeux : une constellation graphique de légumes ultra frais. On y picore une fleur de courgette d'un jaune éclatant, des petits pois croquants, de jeunes carottes fondantes, des herbes aromatiques explosives et même une fraise des bois minuscule qui apporte une pointe d'acidité sauvage. C'est vif, c'est texturé, et les condiments qui ponctuent l'assiette bousculent le palais sans jamais dénaturer le produit brut. Une véritable claque maraîchère.

Le midi, l'ambiance change de tempo au restaurant Le Jardin. Installé à deux pas de la piscine, on y déjeune d'une cuisine fraîche et légère, idéale pour accompagner les flacons confidentiels récoltés sur les vignes du domaine.

  • Le restaurant Le Jardin © Château de Valmer
    Le restaurant Le Jardin © Château de Valmer

La Pinède Plage | L’alter ego iodé 

Pour ceux qui estiment qu'un séjour dans le Var n'a de sens que si le ressac de la Méditerranée vient lécher le bord du lit, la maison possède son jumeau marin. Initialement née au milieu du XXe siècle sous la forme de modestes bungalows enfouis sous les pins parasols, La Pinède Plage a suivi la même trajectoire feutrée que le Château. C’est désormais un 4 étoiles à taille humaine, campé sur la plage de Gigaro, où l’on cultive le même art de la simplicité soignée. L'accord parfait réside dans les vases communicants : les résidents des deux hôtels naviguent librement d’un établissement à l’autre, profitant indifféremment des piscines, du spa ou des tables des deux rives.
Pour rejoindre l'hôtel en bord de mer, la navette fait sagement le job en quelques minutes. Mais on ne saurait trop conseiller de bouder le véhicule : la balade à pied, qui descend pendant cinq minutes à travers une allée de gigantesques palmiers centenaires et de ceps de vigne, mérite largement que l'on use un peu ses espadrilles.

  • La chambre double avec vue sur la mer de l’hôtel 4 étoiles © La Pinède Plage

    La chambre double avec vue sur la mer de l’hôtel 4 étoiles © La Pinède Plage

Au bout du chemin, l'expérience se vit littéralement les pieds dans l'eau. Depuis la terrasse en teck qui entoure la piscine, le regard file directement vers l’horizon, sans qu'aucune barrière ne vienne gâcher le spectacle. Le midi comme au dîner, le restaurant s'installe sous une immense pergola ouverte. Thomas Pezeril y décline une partition purement méditerranéenne : les poissons frais grillés capturés au large partagent l'affiche avec les herbes et les légumes bio descendus en droite ligne du potager du Château. On y débouche le rosé biologique du domaine, en regardant les baigneurs s'attarder sur les transats d'une plage de sable fin qui a eu le bon goût de conserver son caractère sauvage. Un farniente authentique, à l'abri des regards indiscrets.

Ce qui fait la différence ? L’engagement pionnier

Bien avant que la durabilité ne devienne un argument marketing pour plaquer de la conscience verte sur les brochures, le domaine s'activait concrètement. Le Château de Valmer affiche fièrement son Écolabel européen, porté par un potager biologique précurseur et des rosiers sentinelles protégeant les vignes de manière naturelle. Cet ancrage se prolonge jusqu’à la mer par des partenariats avec des fondations de protection marine. On ne triche pas avec la terre ici, et cela se ressent dans l'assiette comme dans l'air que l'on respire. 
 

Ce qu’on a aimé au Château de Valmer :

  • L’allée de palmiers Phoenix : une introduction cinématographique dont on ne se lasse pas, que ce soit à pied, à vélo ou à bord de la navette de l’hôtel ;
  • Pouvoir naviguer librement d'un hôtel à l'autre et s'offrir le luxe de choisir entre la quiétude champêtre du Château et le grand bain iodé de l'hôtel vue mer ;
  • La cuisine gastronomique sincère, qui refuse le gaspillage et met le légume au centre de l'assiette ;
  • Le Spa by Clarins : Ses poutres apparentes à l'étage et sa piscine intérieure pour adultes, une véritable bulle de décompression ;
  • L’esprit de famille et l'absence totale de snobisme, un luxe de plus en plus rare sur la Côte d'Azur. 
Pratique

Château de Valmer 
44 clés, prix à partir de 485 euros la nuit
81, boulevard de Gigaro, La Croix-Valmer 

Voir les prix sur booking.com