Florence ValencourtFlorence Valencourt, Le mardi 17 mars 2026
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Guide Michelin 2026 : ce qu'il faut retenir de cette édition
Guide Michelin 2026 : ce qu'il faut retenir de cette édition
Comme chaque année, la cérémonie des étoiles Michelin comporte son lot de rumeurs, surprises, déceptions, joies, moments drôles et/ou gênants. Le petit monde de la gastronomie en goguette s'est retrouvé cette fois-ci à Monaco, pour deux jours riches en émotions.

24h après l'annonce du palmarès Michelin 2026, Yonder revient sur ces deux jours dans la principauté, ses pronostics à l'arrivée (ou pas), les moments forts, ce qu'on a aimé et un peu moins. Et surtout, ce qu'il faut retenir de cette édition annuelle du Guide Rouge. À savoir : un seul 3 étoiles (un vrai outsider), 7 deux étoiles et 54 premières étoiles. Sans compter les prix spéciaux, dont un Prix du Mentor des plus mérités à Pierre Gagnaire et des prix de la gastronomie engagée (ersatz de l’étoile verte ?) auxquels on n'a rien compris. Mais aussi : un dîner des chefs grandiose, une expérience immersive dans les caves mythiques de l'Hôtel de Paris, un cocktail post-cérémonie des plus sympathiques et un dîner au Louis XV Monaco, triplement étoilé, pour conclure en beauté ce séjour à Monaco. On vous le dit, malgré la fatigue, il est bien difficile de quitter le Rocher...

Monaco, 126 ans après : l'excellence et le faste

Si le Guide Michelin a sans aucun doute voulu rendre hommage à Monaco, liée à l'histoire de la gastronomie et du guide depuis la toute première édition en 1900 avec déjà trois établissements distingués à l'époque, il a surtout tenu à saluer la vitalité de celle-ci dans la principauté. Monte-Carlo compte en effet le plus grand nombre de restaurants étoilés au mètre carré : 13 en tout, dont 10 pour les seuls établissements appartenant à la Monte-Carlo Société des Bains de Mer. Impressionnant. Tout comme l'accueil prodigué qui nous a été réservé au sein des hôtels luxueux de la ville.

Ceci dit, ce qui restera longtemps gravé dans nos mémoires de gastronomes professionnels est sans conteste le Dîner des Chefs (qui rassemble traditionnellement tous les deux et trois étoiles la veille du palmarès), orchestré cette année dans le décor munificent de la salle à manger de l'Hôtel de Paris, par Alain Ducasse, le chef maison trois étoiles Emmanuel Pilon et le directeur de salle Giovanni Piton. Un repas gastronomique des plus aboutis, non dénué d'audace (un civet végétal, quelle riche idée), et accompagné des cuvées les plus prestigieuses de Dom Pérignon.

Le tout pour 350 convives, dont 110 chefs, en présence de SAS Albert II de Monaco, servi à un rythme parfait et d'une grande fluidité. Seuls de grands talents comme eux pouvaient relever un tel défi. Chapeau bas.

Le lendemain matin, la découverte de la cave de l'Hôtel de Paris et des trésors qu'elle renferme nous a laissés ébahis, mais avouons que nous avions déjà tous un peu la tête au palmarès de l'après-midi. Nos conversations bruissaient des dernières rumeurs comme des confidences de ceux qui sont toujours au courant avant tout le monde. Et nous nous apprêtions, sans le savoir, à être pris de court par ce nouveau palmarès, révélé en grande pompe au Grimaldi Forum en ce 16 mars 2026. Peut-être était-ce là le but recherché.

Trois étoiles : celui qu'on n'attendait pas

Même si, comme aux César, le grand gagnant n'est annoncé qu'à la fin, commençons par lui. Inconnu hier, il est devenu une star du jour au lendemain. Le seul trois étoiles de 2026 est donc Michaël Arnoult, disciple d'Emmanuel Renaut, pour Les Morainières, à Jongieux en Savoie, dont il est chef-propriétaire depuis 2005.

Une nouvelle notoriété qui n'est sans doute pas pour lui déplaire, tant ce chef humble, évoluant en dehors du food business, n'est pas taillé pour la lumière. Sa cuisine, en revanche, l'est bel et bien selon le Michelin, qui salue une ascension régulière (première étoile en 2007, la seconde en 2012) et une maison qui redonne ses lettres de noblesse à la haute cuisine alpine, dans une forme de pastoralisme qui donne envie d'aller découvrir ce qui s'y joue.

Un retournement de situation dont le Michelin a le secret. Pourquoi pas. Mais pourquoi s'arrêter là ? C'est un peu court. Et aujourd'hui, au lieu de se réjouir pleinement, on ne peut s'empêcher d'avoir une pensée pour Alexandre Gauthier, dont cela aurait pu être l'année. Une situation frustrante pour tous, disons-le.

Les autres moments forts de la cérémonie

La surprise et l'émotion sincère de Quentin Pellestor-Veyrier, véritable révélation de l'année : Prix du Jeune Chef, première étoile et prix Passion Dessert pour son pâtissier. Carton plein. Le jeune espoir du pays toulousain met en lumière l'Occitanie, longtemps délaissée, et donne envie d'aller s'attabler chez celui qui incarne, selon le guide, l'avenir de la gastronomie.

Pour les une et deux étoiles, rien à redire : les prédictions étaient globalement justes, et l'on se réjouit pour le restaurant japonais Hakuba, Geolia et Zostera, deux restaurants de Paris 16

Surprise également face à l'insistance de Gwendal Poullennec à souligner les trois étoiles conservées par Alain Passard, dont le virage 100 % végétal est peut-être un signal.

Enfin, Pierre Gagnaire récompensé comme chef mentor : une évidence. Une standing ovation sincère pour celui qui a apporté tant de poésie à la cuisine, et dont le discours a touché juste.

Toujours les mêmes bémols

Vous nous voyez venir ? Nous aussi, mais on continue quand même.

Où sont les femmes ? Hormis Cybèle Idelot, Manon Fleury, les pâtissières Coline Douissin et Tessa Ponzo, sans oublier Coline Faulquier que l'on adore, peu de femmes sur la photo finale. Et cet empressement à les faire parler dès qu'elles montent sur scène... passons.

Quant au flou autour de l'étoile verte, discrètement disparue puis réapparue sous le nom de prix de la gastronomie engagée, personne n'y a vraiment compris grand-chose, pas même les chefs récompensés.

Si l'on s'habitue à être surpris chaque année, on ne s'attendait pas à un palmarès aussi retenu. Goût du contraste ? Volonté d'affirmer son autorité, sans doute. Le Guide Michelin rappelle ainsi son indépendance et son propre tempo. Ce qui est, après tout, son rôle.

Le palmarès complet ici