Villa Florentine : notre avis sur la renaissance de cette institution lyonnaise
Vue d’ensemble | Hauteur de vue
Avoir Lyon à ses pieds… Chose aisée pour qui connaît la topographie de la ville arrosée par deux fleuves - Rhône et Saône y confluent - et dominée par deux collines : la Croix-Rousse (“celle qui travaille“) et Fourvière (“celle qui prie“). N’en déplaise aux canuts, la seconde offre davantage de recul et englobe le panorama de la cité dans son entier ; par beau temps, on distingue les sommets des Alpes… jusqu’au Mont Blanc. Voilà qui rappelle combien Lyon, depuis l’Antiquité, s’inscrit à la croisée des chemins : Lugdunum fut d’ailleurs fondé à Fourvière et devint capitale des “Trois Gaules“. À la Renaissance, la ville bénéficia de l’influence de riches familles de banquiers transalpins installés sur les bords de Saône (l’actuel Vieux-Lyon). Milanais, Génois mais surtout Florentins modelèrent la physionomie de la cité en lui conférant cette âme et cette lumière italiennes qu’elle a su conserver.
L’influence italienne se propagera sur les hauteurs de Fourvière, où un couvent sera bâti au XVIIe siècle, dans le sillage du mariage de Henri IV et Marie de Médicis à Lyon. Quatre siècles et de nombreuses vies plus tard, l’édifice sera reconverti en hôtel 5 étoiles à Lyon - ce n’est que justice lorsque l’on côtoie d’aussi près le firmament. Longeant incognito la Montée Saint-Barthélemy, la Villa Florentine ne se révèle que si l’on prend le temps de s’en approcher. Ou de s’attarder en aval sur le belvédère pour contempler ce panorama lyonnais dont on ne lassera jamais.
Comment est l’hôtel ? | La Villa Florentine ou Beauvallon à domicile
L’acquisition fin 2025 de la Villa Florentine par Beauvallon Collection est venue rectifier un singulier paradoxe : bien que basé dans la Capitale des Gaules, le groupe hôtelier n’opérait aucun établissement entre Rhône et Saône alors qu’il était déjà présent en Bourgogne avec un hôtel de luxe à Beaune (l'Hostellerie Cèdre), Vinay (l'Hostellerie Briquetterie) ou Oyat ! Tout venant à point à qui sait attendre, sa patience aura été récompensée de la plus parfaite des manières : la Villa Florentine pouvant en effet se considérer comme la cristallisation de l’esprit lyonnais. Juchée sur les flancs de la “colline où l’on prie”, d’où elle embrasse la ville d’un regard amoureux, elle est tout à la fois un trésor patrimonial, un temple pour l’art de vivre et la gastronomie ainsi qu’un havre de quiétude cultivant la discrétion.
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La vue de la piscine extérieure © Villa Florentine
Nulle ostentation en ces lieux jadis sacralisés ; pas plus d’austérité. En charge de la direction artistique pour cette rénovation, Joséphine Fossey a joué la carte de la sobriété et surtout de l’unité - qui faisait sans doute défaut à l’ancienne décoration. Passée l’entrée, désormais protégée par de monumentaux vantaux à pointe-de-diamant, l’immensité (et la majesté) des volumes s’impose d’autant mieux que les murs ont retrouvé un blanc-crème virginal. Parfait contraste avec les boiseries sombres du desk, des huisseries et des rambardes. Cette dualité chromatique beige-grège-champagne/brun-cuir-châtaigne sera déclinée avec bonheur au gré des différents niveaux et corps de bâtiments composant l’hôtel de luxe à Lyon, avec suffisamment de nuances et de variété pour éviter la redondance. On salue au passage la prouesse d’avoir bouclé cette résurrection en quatre mois - d’autant qu’il aura fallu composer avec les Bâtiments de France et les Monuments historiques : la Villa Florentine ayant le redoutable privilège d’être classée.
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Le lobby © Vincent Raymond
Poursuivons notre aperçu d’ensemble : en laissant filer le regard vers les hauts plafonds voûtés, l’œil est captivé par la fresque peinte en surplomb de la mezzanine, reprenant d’antiques cartographies stellaires. Elle semble veiller sur ce salon anglais avec billard et globe terrestre, d’où l’on voit sans être vu.
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La Mezzanine © Vincent Raymond
En-dessous, le lobby se prolonge en un cocon baigné d’une lumière dorée : le salon de thé. Ouvert à la clientèle extérieure, ce refuge ouaté dispose d’une sélection de thés raffinés Lydia Gautier agrémentée de pâtisseries fines signées par Hippolyte Fedry, ancien de chez Monsieur Paul (Auberge du Pont de Collonges) et aujourd’hui chef pâtissier de la Villa. Sa pavlova est divine.
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Le salon de thé © Villa Florentine
Les chambres | Lyon comme horizon
Parler ici de renaissance n’est pas un vain mot ! La Villa Florentine a profité de ses travaux pour opérer davantage qu’un embellissement en conférant à ses chambres et suites (désormais 36 contre 34 auparavant, en onze catégories de 23 à 128 m2) une identité plus adéquate à l’âme des lieux. Prolongeant la réflexion engagée dès l’entrée, Joséphine Fossey valorise ici les volumes en suivant l’adage less is more. La moindre pièce de mobilier a ainsi été dessinée par son agence, en s’inspirant de l’esprit monacal - l’austérité en moins, bien entendu. L’épure le dispute donc à l’élégance d’une décoration discrète mais de bon aloi : ici, une gravure ancienne, là deux volumes des œuvres complètes d’Aragon et Elsa Triolet ; ailleurs une sculpture en marbre… Un butin éclectique, amoureusement chiné par l’ensemblière.
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La Suite Junior Signature © Villa Florentine
En faisant ainsi œuvre d’humilité, Joséphine Fossey laisse s’exprimer la beauté naturelle des matériaux nobles (la Pierre de Bourgogne, le chêne massif…), les soieries empruntées aux archives de la Maison Prelle comme les mosaïques de Fabio Bordi. Surtout, elle flèche le regard en direction de ce qui rend chaque chambre ou suite unique : sa vue sur Lyon, sur Fourvière, sur les jardins intérieurs de la Villa Florentine.
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La Suite Junior Signature © Villa Florentine
Pour notre séjour, nous avons bénéficié du confort feutré d’une Suite Deux Chambres - permettant d’accueillir jusqu’à quatre hôtes, dotées de salles de bains privatives, dont une équipée de douche et baignoire.
Un vaste salon séparé, faisant office de sas, permet de se retrouver autour du plateau d’accueil et de grignoter quelques douceurs. Derrière les rideaux, la vue sur Lyon tient ses promesses, les toits des tours se saupoudrant d’or au crépuscule. En cette soirée d’été caniculaire, la climatisation aisément modulable aura été appréciable, tout autant que la double douche, garante d’une bouffée de fraîcheur - les produits Apoticari y contribuent. Ultimes raisons d’avoir un sommeil réparateur ? Le lit King Size, irréprochable, et la tisane Angelus du soir des frères Chartreux qui nous attend à notre chevet. Histoire de rester dans la double thématique régionale et monastique…
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La suite Deux Chambres © Villa Florentine
Les tables | L’art de sublimer le terroir local
Deux restaurants à Lyon accueillent les convives : un gastronomique (La Table de la Villa Florentine) et un bistronomique (Le Comptoir), tous deux dirigés par Henri Carlier. Arrivé de la région parisienne où il a notamment œuvré auprès de Christian Le Squer (Le Cinq) ou Hugo Bournis (Lucas Carton) ; passé par Saint-Tropez chez Arnaud Donckele (La Vague d’or), le nouveau chef résident a trouvé à la Villa Florentine la maison idéale pour déployer, à la tête d’une brigade constituée pour l’occasion, sa philosophie gastronomique empreinte d’authenticité, d’une curiosité communicative et de générosité.
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Le Comptoir de la Villa Florentine © Villa Florentine
La carte de La Table s’ouvre sur deux mots dont l’alliance vaut manifeste : “transmission” et “territoire”. Revendiquer l’héritage des apprentissages, valoriser le terroir régional et innover, toujours pour surprendre voire (se) surprendre. À l’affût des meilleurs produits et donc des producteurs, Henri Carlier a mené en un temps record un exemplaire travail de sourcing : truites et ombles de la Maison iséroise Charles Murat à Beaufort (qu’on avait déjà pu apprécier à la table de La Veyrie de Bernin lors d'un week-end à Grenoble), fromages affinés du Ligérien Mons, fleurs et pousses du Drômois Jean-Luc Raillon… sans oublier le pain à la drêche confectionné par la boulangerie Saint-Paul sise en contrebas. Une recette spéciale imaginée après que le chef eut pris goût aux réalisations de cet artisan réputé du quartier durant les travaux.
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La vue panoramique du restaurant La Table © Villa Florentine
Le dîner à la Table
Lors de notre passage, nous avons dîné dans l'une des meilleures adresses de Lyon, La Table - ouverte du mardi au samedi soir ainsi que le samedi au déjeuner, accessible à la clientèle extérieure. Trois menus sont proposés - deux en 4 services (“Découverte végétale“ et “Traversée“), un en 6 services (“Échappée”) - et l’on recommande de laisser le chef composer l’enchaînement parmi ses créations à la carte ; tout risque d'allergie ou d’aversion étant écarté au moment de la prise de commande. Côté cave, la carte comblera par son exhaustivité, ses propositions d’accords mets et vins mais aussi par la proposition de boissons sans alcool préparées par le chef et le sommelier. Une initiative qui mériterait de faire davantage école.
Nous avons opté pour la “Traversée” qui s’engage fort logiquement côté mer avec une sériole de Méditerranée subtilement travaillée à la flamme escortée d’une sauce velours et relevée de concombre frais et fermenté.
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La Sériole © Vincent Raymond
Lui succède une truite arc-en-ciel nacrée à cœur, suavement fondante (quelle maîtrise de la cuisson !) convolant sans fausse note avec les saveurs doucement terriennes d’une purée de céleri et celles, plus aériennes, d’un bouillon au yuzu. La Traversée se poursuit vers des paysages gustatifs plus vallonnés avec la volaille d’Isère rôtie sur le coffre, titillée par une sauce verjus, une gelée à la Chartreuse ainsi que des bourgeons de sapin, l’ensemble joliment escorté par des haricots verts passés au barbecue japonais, croquants à souhait.
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La volaille © Vincent Raymond
Après une gourmandise amaretto/abricot confit-rôti défiant les lois de la thermodynamique, un dessert autour de la fraise s’annonce. Faussement régressive - elle reconstitue la barquette de notre enfance -, cette déclinaison de textures et de saveurs sublime le fruit de saison de l’état brut à la glace en passant par la vinaigrette.
On souscrit ensuite volontiers à la proposition d’aller grignoter les mignardises sur la terrasse : avec l’appoint de la pleine lune, Lyon by night déploie de nouveaux charmes - parfait pour un ultime rafraîchissement dans une ambiance contemplative. Si toutefois vous recherchez une ambiance plus feutrée, les fauteuils du Segreto (le speakeasy de la Villa) vous tendent leurs accoudoirs et le mixologue sa carte. Ambiance velours, entre carmin profond et brun mordoré, lumière tamisée. Sans oublier le piano live les jeudis et vendredis soirs…
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La vue sur la ville de Lyon dans la nuit © Vincent Raymond
Ajoutons que le repas matinal se savoure dans le décor de La Table, face au lever de soleil. Un petit-déjeuner continental en version 5 étoiles est servi à table - où l’on a évidemment succombé à l’œuf florentine et ses pousses d’épinard ! Avis aux gourmets lyonnais : le brunch florentin du dimanche matin (entre 11h et 13h30) permet de s’en faire une idée concrète.
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Oeuf Florentine © Vincent Raymond
Côté bien-être ?
Pour son spa entièrement repensé (hammam, sauna, cabines de soin, tisanerie), l'hôtel-spa à Lyon a noué un partenariat fécond avec une toute jeune maison de soins botaniques naturels : Apoticari.
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Les soins Apoticari © Villa Florentine
Basée au Puy-en-Velay, elle tire la quintessence aromatique et bienfaisante des vertus de son terroir auvergnat - on peut par ailleurs profiter dans les chambres de sa ligne de produits pour le bain, ode à la fraîcheur délicate de la verveine. Un espace fitness (rameur à eau, tapis de course, vélo, etc.) vient compléter l’offre. Si l’ensemble demeure accessible aux hôtes de la Villa comme à la clientèle extérieure (une réservation au préalable est recommandée), une exception demeure : sa fameuse piscine extérieure. Située en terrasse, elle promet - aux résidents exclusivement - une vue enviable sur la skyline lyonnaise entre deux longueurs.
Ce qu'on a aimé à la Villa Florentine :
- L’élégance raffinée de ce 5*, seul Relais & Châteaux lyonnais ;
- L’une des vues les plus splendides sur Lyon qui soit, loin de l’agitation de la Presqu’île ;
- La philosophie humaniste du chef Henri Carlier (attention, talent !) ; sa valorisation du terroir et sa créativité relayées par un service aussi avenant que chaleureux ;
- La piscine aux beaux jours et la cheminée massive pour l’hiver, promesse d’instants cocooning ;
- Un désir d’ouverture, métamorphosant une belle endormie en adresse incontournable.
S’y rendre
Depuis Paris Gare de Lyon vers Lyon Part-Dieu ou Lyon Perrache par TGV (2h). Aux beaux jours, on ne saurait trop recommander aux voyageurs disposant de peu de bagages d’effectuer le transit de la gare à la Villa Florentine en métro : ils pourront ainsi emprunter la “Ficelle“, l’un des plus vieux funiculaires urbains d’Europe grimpant jusqu’à Fourvière. De cette station (ou de la station “Minimes“) comptez une petite dizaine de minutes de plaisante promenade en descente, avec vue plongeante sur Lyon.
Que faire autour de la Villa Florentine ?
Voilà une question à laquelle il y a sans doute trop de réponses ! La Villa Florentine jouit d’une situation géographique idéale pour qui veut découvrir le cœur historique de la Cité pendant un week-end à Lyon : à quelques pas des théâtres antiques de Fourvière (et du musée gallo-romain Lugdunum, riche en vestiges), elle se situe en léger contrebas de la basilique Notre-Dame de Fourvière…
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La basilique Notre-Dame de Fourvière © Vincent Raymond
tout en dominant le Vieux-Lyon - le quartier ancien de la ville inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses merveilles architecturales de la Renaissance, sa Primatiale Saint-Jean, ses rues pavées, ses façades ocre et terracotta et ses célèbres traboules. On y accède aisément en dévalant les nombreux escaliers sinuant dans la colline. Tel celui de la montée du Garillan, littéralement au pied de la Villa Florentine, qui mène à l’iconique musée Gadagne dédié à l’histoire de la ville ainsi qu’aux arts de la marionnette - après tout, nous sommes dans le quartier de naissance de Guignol !
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Le Musée de Gadagne © Vincent Raymond
Non loin de là, blotti dans l'ancienne Maison des Avocats, le Musée miniature et cinéma stupéfiera les amateurs de 7e Art par l’étendue de ses collections. Traversez ensuite la Saône, faites une halte quai de la Pêcherie pour fouiller dans les casiers des bouquinistes, puis descendez la Presqu’île par ses rues haussmanniennes (parfaites pour le shopping) en direction de la place Bellecour, réputée pour être la plus grande place piétonne d’Europe. Surtout, ne manquez pas de faire étape dans un authentique bouchon lyonnais tel que le Café du Jura ou La Tête de Lard pour déguster la cuisine locale traditionnelle. Et pour remonter, pas d’inquiétude : il y aura toujours la “Ficelle“…
Villa Florentine, Relais & Châteaux
36 clés, prix à partir de 400 euros la nuit
25, montée Saint-Barthélémy, Lyon



