Pierre GautrandPierre Gautrand, Le jeudi 29 janvier 2026
Hôtels du mois

Dolce Vita Orient Express : le train de luxe qui traverse l'Italie

Après le retour triomphal de l'Orient-Express en 2025, c'est au tour de la Dolce Vita Orient Express d'écrire sa propre légende sur les rails italiens. Même héritage mythique, mais une tout autre ambition : ressusciter l'âge d'or du design transalpin des années 1960. La rédaction a embarqué lors du voyage inaugural à Rom. Récit d'une renaissance ferroviaire.
  • Notre avis sur la Dolce Vita Orient Express
    Notre avis sur la Dolce Vita Orient Express
Depuis le printemps 2025, l'hôtel Orient Express La Minerva occupe un palais du XVIIe siècle sur la Piazza della Minerva, à quelques foulées du Panthéon

Orient-Express. Deux mots qui suffisent à faire naître le rêve. Depuis 1883, ce nom évoque le luxe voyageur, le mystère des compartiments feutrés et cette aura quasi mythique qu'Agatha Christie a immortalisée dans Le Crime de l’Orient-Express - dès 1934 - et qui ne sera adapté au cinéma par Sidney Lumet qu’en 1974. 

À la gare romaine d'Ostiense, sous un ciel pluvieux de novembre, ce n'est pas le retour du train vers Istanbul que l’on célèbre, mais la naissance d’une nouvelle légende : le train de luxe la Dolce Vita Orient Express. Fruit d'une alliance entre Arsenale, Orient Express (première collection de marques de luxe du groupe Accor), Trenitalia, la Fondazione FS et Treni Turistici Italiani, ce projet défie le mythique Venice Simplon-Orient-Express de LVMH en misant sur l'élégance italienne et la renaissance d'un patrimoine ferroviaire injustement oublié. Cette inauguration marque aussi le prélude d'une offensive plus large : en 2026, l'Orient Express Corinthian, premier bateau de croisière de luxe de la collection Sailing Yachts, prendra la mer pour une croisière haut de gamme. 

  • Notre avis sur la Dolce Vita Orient Express © Mr Tripper
    Notre avis sur la Dolce Vita Orient Express © Mr Tripper


Arrivée à Rome : une nuit à la Minerva, antichambre du voyage 

À Rome, l'Orient Express ne se contente pas de passer, il s'installe. Depuis le printemps 2025, l'hôtel Orient Express La Minerva occupe un palais du XVIIe siècle sur la Piazza della Minerva, à quelques foulées du Panthéon. C'est la première adresse « statique » de la marque mythique - une étape obligée avant l'ouverture, en 2026, du Palazzo Donà Giovanelli, hôtel 5 étoiles à Venise.

Pas de quai, ni de sifflet de locomotive. Pourtant, dès le hall, l'illusion opère. Sous une verrière monumentale, l'architecte Hugo Toro a transposé l'ADN ferroviaire dans la pierre romaine. On se croirait dans un film de Visconti : le marbre dialogue avec le bois précieux, la lumière joue avec les ombres portées des colonnes. Stendhal et George Sand ont dormi entre ces murs ; aujourd'hui, c'est l'esprit du voyage qui hante  cet hôtel de Rome, bâti sur sept anciens batiments. Les 93 chambres et 36 suites sont autant de cabines imaginaires. Le mobilier sur mesure réinterprète les codes des voitures-lits : tiroirs façonnés comme des malles anciennes, ventilateurs à pales évoquant le roulis du train, têtes de lit peintes à la main. Dans les salles de bains en marbre, les vasques en forme de coquillage rendent hommage aux fontaines baroques de la Ville Éternelle. Même les draps brodés semblent sortis d'un roman d'Agatha Christie.

  • Façade de la Minerva © Mr Tripper
  • Junior Suite à la Minerva © Alexandre Tabaste

 

Mais l'apogée de cette escale se vit au crépuscule, sur le rooftop. Le restaurant Gigi Rigolatto offre l'une des plus belles vues de Rome. La carte propose les classiques italiens avec une belle générosité - les portions sont franches, loin des assiettes minimalistes habituelles. On recommande les incontournables de la Botte : le vitello tonnato, l’agneau, et bien entendu, le tiramisu. 

Retrouvez notre article complet sur l’Hôtel Orient Express La Minerva et notre top des meilleurs restaurants italiens de Paris.

  • Restaurant Gigi Rigolatto sur le toit de La Minerva, hôtel à Rome © Alexandre Tabaste

    Restaurant Gigi Rigolatto, sur le toit de La Minerva, hôtel à Rome © Alexandre Tabaste

On y vient pour expérimenter une forme de luxe aujourd'hui presque disparue, sans sombrer dans le folklore

Le train : quand l’ingénierie rencontre la nostalgie 

Le lendemain matin, direction la gare de Roma Ostiense. Loin des fastes touristiques de Termini, c'est dans ce nœud ferroviaire industriel que nous attend la Dolce Vita Orient Express. Sur le quai, la couleur brune des wagons tranche avec le gris du béton. 

Vue de l’extérieur, cette renaissance technique a de quoi impressionner. L’histoire du chantier titanesque mené entre Brindisi et Palerme en témoigne. Mais dès la montée à bord, un fait interpelle : tout est plus petit qu'on ne l'imagine. Les années 1970 n'avaient pas les mêmes standards que nos hôtels contemporains. Les cabines simples font 7 m², les suites 11 m² - dimensions qui peuvent surprendre, voire dérouter. Le lavabo ? Moins de 30 centimètres. Les lits ? Compacts. Pour un couple, l'espace se fait rare. L'impératif est clair : voyager léger. Pas question de tricher avec les proportions d'origine. Les douze voitures Z1 ont gardé leur squelette historique, leurs contraintes structurelles. Ce que certains verront comme une limitation technique, d'autres y liront une fidélité radicale à l'esprit d'une époque où le luxe n'était pas affaire de mètres carrés, mais d'un raffinement dans l’exiguïté.

  • Wagon de la Dolce Vita Orient Express © Pierre Gautrand
    Wagon de la Dolce Vita Orient Express © Pierre Gautrand


Dans les couloirs tendus de velours, des photos de stars italiennes et françaises : Sophia Loren, Marcello Mastroianni, Monica Vitti et Alain Delon. On traverse ensuite le wagon-bar, cœur battant du train, où les soirées s’étirent au son du piano et des musiciens. Tout respire les seventies : motifs géométriques, couleurs terracotta et orangées, lignes courbes. L'espace est rétréci, certes, mais chaque recoin est pensé, optimisé. Ceux qui ont déjà volé en jet privé - un FlexJet par exemple - reconnaîtront cette logique : créer du luxe là où il n'y a, objectivement, pas de place.

  • Wagon bar de la Dolce Vita Orient Express © Mr Tripper
    Wagon bar de la Dolce Vita Orient Express © Mr Tripper


Le design intérieur, confié au duo milanais Dimorestudio, refuse le pastiche facile. Plutôt que de singer les années 1960, les architectes ont puisé dans l'héritage de Gio Ponti et Gae Aulenti pour composer un univers texturé, presque tactile. Derrière chaque paroi des 31 cabines, on devine le geste artisanal : le bois poncé à la main, les moquettes et laques ajustées au centimètre, les marbres posés avec minutie. Et c'est justement cette tension - entre contrainte spatiale et ambition esthétique - qui fait l'âme de la Dolce Vita Orient Express. On n'y voyage pas pour s'étaler dans une suite XXL. On y vient pour expérimenter une forme de luxe aujourd'hui presque disparue, sans sombrer dans le folklore. Bon à savoir : l'année prohaine, le train célébrera l'arrivée d'une nouvelle suite de deux fois la taille de celles existantes. 

  • Suite de la Dolce Vita Orient Express © Mr Tripper
    Suite de la Dolce Vita Orient Express © Mr Tripper


À bord, la cuisine signée Heinz Beck (3 étoiles Michelin à La Pergola, à Rome) refuse le spectaculaire pour l'essentiel. Le menu, réussi dans l'ensemble, était encore en rodage lors de notre passage. Seul bémol, et il est de taille : l'absence d'un vrai déjeuner face au paysage défilant. Sur un train mythique qui traverse les plus beaux décors d'Italie, cette lacune surprend.

L’itinéraire ? 

À travers 14 régions et 9 itinéraires thématiques, ce train parcours l’Italie en mode slow travel. On alterne entre le glamour des canaux vénitiens, les criques de Portofino, la verticalité médiévale de Sienne et les pierres dorées de Matera. Les épicuriens viseront les vignes de Montalcino ou les truffes du Piémont, tandis que la Sicile se parcourt de Palerme à Taormina. Lors de notre voyage dédié aux passionnés de golf intitulé « Un Swing Italien »,  le train a tissé un fil rouge entre quatre fairways de la péninsule, du Latium à la Toscane, en passant par les Pouilles

  • Salle à manger de la Dolce Vita Orient Express © Mr Tripper
    Salle à manger de la Dolce Vita Orient Express © Mr Tripper


1. Rome & Marco Simone Golf & Country Club 

Le voyage débute aux portes de la Ville Éternelle, dans la campagne romaine historique. Le Marco Simone Golf & Country Club est entré dans la légende en septembre 2023 en accueillant la Ryder Cup - un événement qui a marqué les esprits et consacré ce parcours comme l'un des plus exigeants d’Europe. Redessiné pour l'occasion, le terrain a été transformé en amphithéâtre naturel : fairways ondulés, greens stratégiquement protégés, bunkers placés avec précision. Par temps clair, depuis certains trous, on aperçoit le dôme de la Basilique Saint-Pierre scintiller au loin. Jouer ici, c'est marcher dans les pas de Rory McIlroy, Jon Rahm et Viktor Hovland. Une mise en jambes royale avant de prendre le train vers le Sud.

2. Les Pouilles & San Domenico Golf

Cap vers le talon de la Botte italienne. Les Pouilles déroulent leurs paysages d'oliviers millénaires, de trulli blancs et de côtes rocheuses battues par les vagues. C'est ici, à Fasano, que se niche le San Domenico Golf, considéré comme l'un des meilleurs parcours de type « links » en Méditerranée. Conçu par Andy Dye, ce terrain longe la mer Adriatique. Le vent marin n'est pas un détail : il devient le co-architecte invisible du jeu, bouleversant les trajectoires, testant la patience et l'humilité des joueurs. Le parcours est plat, mais technique. 

  • Le soleil brille sur le San Domenico Golf © Pierre Gautrand
    Le soleil brille sur le San Domenico Golf © Pierre Gautrand
     

3. Montalcino & Castiglion del Bosco 

Remontée vers le cœur de la Toscane. Le train traverse le Val d'Orcia, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, terre natale du Brunello di Montalcino. C'est dans ce décor de carte postale, collines ondoyantes, cyprès alignés, lumière dorée, que se trouve Castiglion del Bosco, l'un des rares clubs privés d’Italie. Propriété de la famille Ferragamo, ce domaine viticole historique abrite un parcours dessiné par Tom Weiskopf. Les 18 trous suivent les contours naturels du relief toscan, serpentant entre vignobles centenaires et bois de chênes. 

4. Toscane & Argentario Golf Club 

Pour clore ce périple, cap vers la Maremme, cette Toscane sauvage et méconnue, coincée entre la mer Tyrrhénienne et les lagunes salées. L'Argentario Golf Club, situé sur la péninsule du Monte Argentario, bénéficie d'un microclimat unique qui permet de jouer presque toute l’année. Labellisé « PGA National Italy », ce parcours est un modèle d'intégration paysagère. Oliviers et chênes-lièges centenaires bordent des fairways exigeants. Les greens, petits et rapides, demandent une précision redoutable. Mais au-delà de la technique, c'est l'engagement écologique du club qui impressionne : certifié BioAgricert, il n'utilise que des produits naturels pour l'entretien du gazon.

3 questions sur la Dolce Vita Orient Express

Y a-t-il un dress code ?

Oui, et il est clairement assumé. La tenue chic est de mise tout au long du voyage, mais le soir, pour le dîner, le costume est de rigueur pour les hommes, tandis que les femmes sont invitées à opter pour une robe élégante. Les jeans sont interdits à table.

Y a-t-il une salle de sport ?

Non. Contrairement aux grands paquebots de luxe ou à certains trains ultra-modernes, la Dolce Vita Orient Express n'embarque pas d'équipement sportif.

À quelle allure roule le train ?

À environ cent kilomètres par heure, une vitesse qui peut sembler modeste à l'heure des TGV et des Frecciarossa filant à 300 km/h.

Pratique

Dolce Vita Orient Express 

Stazione Roma Ostiense, 00154 Roma RM, Italie

Téléphone : +39 02 8148 0333

Un Swing Italien, 4 jours - 3 nuits, à partir de 12 360 euros 

Site internet